18 août 2009
Par Mickaël Simon le 18 août 2009, 23:58
Compte-rendu de Technologie de l’orgasme :
« Cependant Rachel Maines soutient que la production savante de l’orgasme n’est pas seulement la stimulation des femmes par les médecins, mais la définition de la sexualité féminine par les hommes : sous le regard médical elle lit le point de vue du groupe des hommes sur les femmes, en montrant comment cette pratique doit être mise en rapport avec les pathologies féminines, mais aussi avec le « modèle androcentrique de la sexualité » (p. 45) : la promotion de la pénétration vaginale, la valorisation de la jouissance partagée, la pathologisation d’une sexualité féminine qui ne trouverait pas de plaisir dans ce cadre. De ce point de vue, l’enjeu n’est pas tant la sexualité féminine que l’hétérosexualité : si les femmes se retrouvent dans le cabinet du médecin, ce n’est pas seulement qu’elles sont malades, c’est que leurs conjoints peinent à leur donner entière satisfaction. L’ouvrage montre bien que la dimension thérapeutique et l’émergence de l’hystérie signe la détermination d’une pathologie, mais aussi l’échec d’une érotique hétérosexuelle : le geste des médecins est bien une pratique érotique qui ne dit pas son nom, au risque de faire apparaître sa véritable fonction – suppléer à la sexualité conjugale. L’histoire des technologies de l’orgasme est celle d’une dénégation, qu’on peut lire dans le traité cité plus haut : celle de ce que Rachel Maines appelle la « mystique de la pénétration ». Le vibromasseur est un objet qui voile et qui dévoile les contradictions du modèle androcentrique de la sexualité en venant suppléer de manière implicite à l’impuissance masculine, par la prise en charge dans un cadre médical des ratés du cadre conjugal : la pathologisation de la sexualité féminine laisse ce dernier au dessus de tout soupçon. »
20 mai 2009
Par Mickaël Simon le 20 mai 2009, 11:55
2009 :
« Une des phrases du XXe siècle aux conséquences les plus déplorables : “On ne naît pas femme, on le devient”. Non certes parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle suggère que l’homme, lui, serait créé et non façonné. Idée aberrante que véhiculent mille autres perles beauvoiriennes moins souvent citées, ainsi : “La dispute durera tant que les hommes et les femmes ne se reconnaîtront pas comme des semblables, c’est-à-dire tant que se perpétuera la féminité en tant que telle”. »
Nancy Huston, On ne naît pas homme
1972 :
« « On ne naît pas femme, on le devient » : je reprends à mon compte cette formule qui exprime une des idées directrices du Deuxième Sexe. Certes, il existe entre la femelle humaine et le mâle des différences génétiques, endocriniennes, anatomiques : elles ne suffisent pas à définir la féminité ; celle-ci est une construction culturelle et non une donnée naturelle : le scientisme fumeux de Mme Lilar n’a pas entamé cette conviction. Elle est au contraire fortifiée par les études de plus en plus poussées qui ont été consacrées à l’enfance pendant ces derniers années ; toutes prouvent que ma thèse est exacte et demanderait seulement à être complétée : « On ne naît pas mâle, on le devient ». La virilité non plus n’est pas donnée au départ. »
Simone de Beauvoir, Tout compte fait.
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4 septembre 2008
Par Mickaël Simon le 4 septembre 2008, 22:53
On ne peut trouver d’exemple plus révélateur de la pédagogie du roman de gare. Tout y est. Ce qui éblouit et en même temps indigne Fern, c’est la prescience de ce regard pénétrant capable de transpercer son apparence pour découvrir en elle son essence profonde. Homme véritable, il ramène la femme à sa nature d’enfant ayant besoin d’être protégée par l’adulte responsable. Cette prise de conscience donne au héros un sentiment de supériorité, qu’il exprime par le biais de l’ironie. Il ne peut apparaître devant elle sans poser sur son visage un masque moqueur, un air « amusé », voire « apitoyé ».
Michelle Coquillat, Romans roses pour femmes modernes.
(Via Mauvaise Herbe)
20 avril 2008
Par Mickaël Simon le 20 avril 2008, 14:43
« Dans The subjection of women, Mill se lance dans une entreprise d’exploration et de déconstruction de tous les clichés véhiculés par les hommes à propos de la nature féminine :
- les femmes auraient un cerveau moins performant que celui des hommes, parce que moins gros ;
- si elles avaient pu parvenir au génie, elles l’auraient déjà fait, et on disposerait déjà d’un Shakespeare ou un Michel-Ange féminin : elles sont donc condamnées à un “plafond de verre” de médiocrité artistique ;
- la grandeur de la femme est dans son abnégation, sa douceur, son sens du sacrifice, et elle se doit de nourrir ces vertus, qui lui sont spécifiques, sans se préoccuper de qualités intellectuelles (raisonnement qu’on retrouve peut-être en partie - c’est à voir - chez les théoriciennes de l’éthique du care) ;
- les femmes sont inaptes à gouverner car, trop préoccupées d’intérêts individuels, elles demeurent imperméables aux questions politiques…»
C O L L A G E S
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2 mars 2008
Par Mickaël Simon le 2 mars 2008, 15:19
Afin de nous permettre de réaliser cette étude, il nous était nécessaire d'identifier les courants de pensée féministes pouvant le plus alimenter notre réflexion. Étant donné le caractère varié et multiple des courants, un courant unique ne nous offrait pas de grilles d'analyse complètes nous permettant d'analyser de façon appropriée le désir sexuel des femmes. Nous utiliserons trois d'entre eux afin de soutenir notre réflexion et de nous permettre de dégager une conception féministe du désir sexuel féminin.
Les trois courants de pensée féministes utilisés afin d'alimenter notre étude se retrouvent à l'intérieur de l'essai de typologie réalisé par Déscarries-Bélanger et Roy. Le courant de pensée féministe de la fémelléité, le courant de pensée du féminisme radical matérialiste et celui du féminisme radical de la spécificité ont retenu notre attention par leurs concepts se rattachant l'une à l'identité féminine, l'autre au contrôle social et à l'appropriation du corps de la femme et la dernière au rapport au corps.
Ces trois courants de pensée sont ceux qui semblent nous permettre d'aller le plus loin quant à l'étude de l'oppression des femmes par les aspects de leur sexualité et de leur corps. Le courant de pensée du féminisme de la fémelléité aurait comme revendication principale la réappropriation par les femmes de leur maternité et de leur sexualité. Ce courant de pensée voudrait développer une théorie de la féminité et du féminin du point de vue de l'expérience particulière des femmes. Le courant de pensée du féminisme radical de la spécificité, quant à lui, rejetterait le rapport au corps qui serait défini par les hommes, c'est-à-dire corps objet, et questionnerait le rapport des femmes à la maternité, à la sexualité et à l'amour. Pour sa part, le courant de pensée du féminisme radical matérialiste aurait comme fondement que le corps de la femme serait le lieu du rapport de l'appropriation physique de l'homme sur la femme. Moins axé de prime abord sur la sexualité des femmes, il chercherait à démontrer les manifestations tangibles de contrôle social à l'égard des femmes et comment l'oppression créerait le sexe.
Nathalie Tremblay, Exploration du désir sexuel chez quatre femmes dans une perspective féministe.
5 janvier 2008
Par Mickaël Simon le 5 janvier 2008, 18:11
Comment prendre son plaisir « comme il faut » ? À quel type principe se référer pour modérer, limiter, régler cette activité ? Quel type de validité reconnaître à ces principes, qui puisse justifier qu'on ait à s'y plier ? Ou, en d'autres termes, quel est le mode d'assujettissement qui est impliqué dans cette problématisation morale de la conduite sexuelle ?
La réflexion morale sur les aphrodisia tend beaucoup moins à établir un code systématique qui fixerait la forme canonique des actes sexuels, tracerait la frontière des interdits et distribuerait les pratiques de part et d'autre d'une ligne de partage qu'à élaborer les conditions et les modalités d'un « usage » : le style de ce que les Grecs appelaient la chrēsis aphrodisiōn, l'usage des plaisirs. L'expression courante chrēsis aphrodisiōn se rapporte, d'une façon générale, à l'activité sexuelle (...). Mais le terme se rapporte aussi à la manière dont un individu mène son activité sexuelle, sa façon de se conduire dans cet ordre de choses, le régime qu'il se permet ou s'impose, les conditions dans lesquelles il effectue les actes sexuels, la part qu'il leur fait dans sa vie.
Foucault, Histoire de la sexualité, volume 2, L'usage des plaisirs.
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4 janvier 2008
Par Mickaël Simon le 4 janvier 2008, 00:30
À partir de 1986, l’épidémie du sida va bouleverser l’approche et les représentations de la sexualité de notre société. Quoique, là encore, un cadre institutionnel diversifié ait permis d’organiser de multiples actions de prévention, celles-ci restaient principalement axées sur l’information, ou la prophylaxie et reposaient toujours sur la libre initiative.
(...)
La principale évolution marquée par ces dispositions législatives est la généralisation de l’éducation à la sexualité rendue obligatoire aux trois niveaux de scolarité, qui se sont traduites par la circulaire d’application du 17 février 2003.
Les difficultés rencontrées par l’institution pour passer d’une information scientifique à une éducation à la sexualité en milieu scolaire sont liées aussi bien à l’évolution du concept même de sexualité, qu’au caractère privé de la sexualité et aux valeurs familiales et culturelles qui la sous-tendent, et qui posent la question de la légitimité et des limites du rôle de l’école dans ce domaine.
L’éducation à la sexualité au collège et au lycée. Guide du formateur, pp. 22-23 (fichier PDF)
Voir aussi :
28 décembre 2007
Par Mickaël Simon le 28 décembre 2007, 19:18
La loi Neuwirth du 28 décembre 1967, relative à la régulation des naissances, a été adoptée afin de réduire le nombre des avortements clandestins et de faciliter l’accès aux objets et médicaments contraceptifs. Cette loi définit les conditions dans lesquelles sont fabriqués et vendus les produits, médicaments et objets contraceptifs, autrement dit les « pilules », les « stérilets » – appelés dispositifs intra-utérins ou DIU –, les diaphragmes et les gelées spermicides ; elle soumet à une réglementation le fonctionnement des établissements de conseil familial ; elle interdit la propagande antinataliste et réserve la publicité pour les médicaments, produits et objets contraceptifs aux seuls médecins et pharmaciens. Mythe fondateur de la légalisation de la contraception, ce texte est encore largement perçu comme emblématique de la « libération des mœurs », car il aurait permis aux femmes d’accéder aisément à la « pilule » en particulier. Cette vision doit cependant être remise en question avec l’analyse des débats autour de la libéralisation de la contraception dans l’administration de la santé et dans les milieux médicaux et pharmaceutiques.
Sophie Chauveau, Les espoirs déçus de la loi Neuwirth, Clio, 18/2003.
25 décembre 2007
Par Mickaël Simon le 25 décembre 2007, 19:37
Bienvenue sur The-Clitoris.com. Un site Web dédié au plaisir sexuel, à la santé et au bonheur des femmes. Le clitoris détient le secret du plaisir sexuel de la majorité des femmes. Seules les femmes sont dotées d'un organe qui n'a d'autre objectif que de leur donner un intense plaisir sexuel. Une bonne compréhension du clitoris est essentielle à la santé sexuelle et au bonheur émotionnel des femmes. Ce site web tente ainsi de créer un forum de discussion sain et ouvert pour diffuser des informations à propos du clitoris et de la sexualité féminine en général.
18 décembre 2007
Par Mickaël Simon le 18 décembre 2007, 22:06
Depuis le tournant des années 90, un nouveau concept, utilisé pour analyser et interpréter l'histoire des femmes et l'histoire du féminisme, connaît une grande popularité: il s'agit du « maternalisme », cette pierre angulaire de la philosophie qui sous-tendrait l'action du féminisme dit maternel (appelé aussi féminisme domestique, social, relationnel, de la différence, etc.). C'est un article paru dans l'American Historical Review en 1990, sous la signature de Seth Koven et de Sonya Michel, un historien et une historienne des États-Unis, qui semble avoir déclenché cette popularité. Qu'est-ce que le maternalisme ?
Louise Toupin, Des « usages » de la maternité en histoire du féminisme (fichier PDF), Recherches féministes, Volume 9, numéro 2, 1996. « Les âges de la vie ».
La dernière étape, 1976 / 1980, est celle de la maternitude. À partir de 1976, c'est un tout autre discours qui émerge et prend résolument à contre-pied le précédent. Finies les descriptions pesantes des dommages corporels causés par la grossesse. Finies les analyses qui ne voient dans l'enfant que la disponibilité qu'il exige de sa mère. Finies aussi celles qui ne parlent de la maternité que sous le registre du travail domestique non rémunéré. Voici venu le temps de l'éloge et du changement d'approche : désormais les textes évoquent centralement tout ce qui touche au sensible, au corporel / charnel, au relationnel et... au plaisir. Sans compter que la place accordée à ce thème dans les publications du mouvement devient tout à fait considérable.
Sabine Fortino, De filles en mères. La seconde vague du féminisme et la maternité, Clio, 5/1997.
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