Varia

Il ne faut pas faire semblant de philosopher, mais philosopher effectivement. Car ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de paraître en bonne santé, mais d'être vraiment en bonne santé.

Épicure

29 juillet 2010

Jacques Bouveresse refuse la Légion d’honneur

« Madame la ministre,

Je viens d’apprendre avec étonnement par la rumeur publique et par la presse une nouvelle que m’a confirmée la lecture du Journal officiel du 14 juillet, à savoir que je figurais dans la liste des promus de la Légion d’honneur, sous la rubrique de votre ministère, avec le grade de chevalier.

Or non seulement je n’ai jamais sollicité de quelque façon que ce soit une distinction de cette sorte, mais j’ai au contraire fait savoir clairement, la première fois que la question s’est posée, il y a bien des années, et à nouveau peu de temps après avoir été élu au Collège de France, en 1995, que je ne souhaitais en aucun cas recevoir de distinctions de ce genre. Si j’avais été informé de vos intentions, j’aurais pu aisément vous préciser que je n’ai pas changé d’attitude sur ce point et que je souhaite plus que jamais que ma volonté soit respectée.

Il ne peut, dans ces conditions, être question en aucun cas pour moi d’accepter la distinction qui m’est proposée et – vous me pardonnerez, je l’espère, de vous le dire avec franchise – certainement encore moins d’un gouvernement comme celui auquel vous appartenez, dont tout me sépare radicalement et dont la politique adoptée à l’égard de l’Éducation nationale et de la question des services publics en général me semble particulièrement inacceptable.

J’ose espérer, par conséquent, que vous voudrez bien considérer cette lettre comme l’expression de mon refus ferme et définitif d’accepter l’honneur supposé qui m’est fait en l’occurrence et prendre les mesures nécessaires pour qu’il en soit tenu compte.

En vous remerciant d’avance, je vous prie, Madame la ministre, d’agréer l’expression de mes sentiments les plus respectueux. »

Jacques Bouveresse, lettre transmise à son éditeur Agone

Et oui, tout le monde n’est pas obligé d’avoir une mentalité de valet.

5 juillet 2010

Les intellectuels et les responsabilités de la vie publique

« Là encore, j’ai le sentiment de ne pas avoir grand chose à en dire au-delà de banalités d’ordre moral. Imaginons que je rencontre un enfant affamé dans la rue, et que j’aie la possibilité de lui offrir quelque chose à manger. Suis-je moralement coupable si je refuse de le faire ? Suis-je moralement coupable si je choisis de ne pas faire quelque chose que je pourrais faire facilement, sachant que selon l’Unicef mille enfants meurent chaque heure de maladies qu’on sait prévenir ? Ou sachant que le gouvernement de ma propre « société libre et ouverte » est engagé dans des crimes monstrueux qu’on pourrait aisément minimiser ou interrompre ? Est-il seulement envisageable de débattre de telles questions ? Les propos que vous citez n’impliquent rien de plus.

L’idée que les responsabilités morales sont accrues d’autant que les personnes concernées « ont les ressources, l’habitude, les commodités et les occasions de parler et d’agir efficacement » semble au-delà de toute controverse. Cela n’est propre en rien au milieu universitaire, excepté que ceux qui y évoluent tendent à être singulièrement privilégiés dans les domaines que nous venons d’évoquer. Et les responsabilités de ceux qui vivent dans une société plus libre et plus ouverte sont, de manière évidente, plus importantes que pour ceux qui doivent payer de leur personne leur honnêteté et leur intégrité. Si les commissaires politiques de la Russie soviétique ont accepté de se soumettre au pouvoir étatique, ils purent au moins plaider les circonstances atténuantes pour tenter de justifier leur comportement. Leurs homologues des sociétés plus libres et plus ouvertes ne peuvent plaider que la lâcheté. »

Entretien avec Noam Chomsky

15 mai 2010

Le critère de la vie philosophique

« L’époque philosophique est souvent dans la duplication de la vulgate deleuzienne qui fait du philosophe l’inventeur de nouveaux concepts ou de personnages conceptuels. Ce prurit conduit à multiplier les néologismes afin de donner l’impression d’une réelle profondeur et d’une pensée véritable. La publication d’un 789 néologismes de Jacques Lacan montre qu’à cette aune on finit par prendre la glossolalie pour de la philosophie.

Où sont les concepts de Montaigne ? Nulle part. On ne trouve dans les Essais que des méditations sur l’amour et la mort, le rire et les larmes, l’amitié et la souffrance, le père et l’enfance, les cannibales et le pouce, la sagesse et les jardins, les femmes et l’amour, les passions et la religion, le vin et les huîtres, la santé et le sommeil, la musique et la lecture, le cheval et le voyage - autrement dit, la vie… Avec le professeur Deleuze, l’élève Montaigne aurait eu une très mauvaise note !

Michel Onfray, Le critère de la vie philosophique.

28 mars 2010

Foucault, longévité d'une imposture

« L’auteur rappelle fort justement combien la théorie des épistémès, qui s’appuie sur une idée floue de l’époque et de la période, est obligée de faire violence à l’histoire et aux faits. Cette théorie qui fit la gloire de Foucault dans Les mots et les choses fut péniblement corrigée dans L’archéologie du savoir avant d’être abandonnée par son auteur. L’auteur ne fait qu’indiquer les réfutations par les historiens de ces analyses alors même qu’on fait mérite à Foucault d’avoir fait entrer l’histoire et les archives au cœur même de la pensée philosophique. De la deuxième grande phase de la pensée de Foucault, celle qui s’articule sur les notions de « biopouvoir » et de « gouvernementalité », l’auteur ne fait qu’en souligner quelques confusions et banalités, mais manque évidemment une critique méthodique qui reste (peut-être) à faire. L’auteur fait un rapprochement intéressant : il faudrait poursuivre avec Foucault le travail déjà commencé par Sokal et Bricmont à propos de quelques spécimens de la « french theory » - il faudrait d’ailleurs y ajouter l’utilisation extravagante des mathématiques et de la théorie des ensembles par Badiou. »

Longévité d’une imposture

26 février 2010

Une lettre inédite de Descartes retrouvée

« Extrait d'une lettre inédite de DescartesThe philosopher wrote the letter on May 27, 1641 at Endegeest castle, close to Leiden, the Netherlands. It is part of an intensive exchange between Descartes and his friend Marin Mersenne concerning the publication of Descartes’ Meditations on Metaphysics, which, together with a series of Objections and Replies by other philosophers and theologians, would be published in Paris later that year, August 1641.

The letter provides insight into the manner in which that work was printed and sheds light on certain key elements of Descartes’ philosophy. It also shows that in their original form the Meditations were organized differently. The letter consists of four pages of fine laid paper densely written in iron gall ink. The signature and the handwriting are unmistakably those of Descartes. »

“Missing” Descartes Letter Discovered in Haverford Archives, Will Be Returned To French Owner

(via Leiter Reports)

- page 1 de 50