Varia

Il ne faut pas faire semblant de philosopher, mais philosopher effectivement. Car ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de paraître en bonne santé, mais d'être vraiment en bonne santé.

Épicure

Philosophie politique

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11 août 2010

Jaime Semprun (1947-2010)

« Jaime Semprun, né le 26 juillet 1947, est mort le 3 août 2010. Il avait soixante-trois ans.

Ses premiers ouvrages – La Guerre sociale au Portugal (1975), Précis de récupération (1976), La Nucléarisation du monde (L’Assommoir, 1980, rééd. 1986) – parurent aux éditions Champ Libre. Il collabora épisodiquement à la revue L’Assommoir (1977-1985).

En 1984, il prend l’initiative de fonder l’Encyclopédie des Nuisances, qui paraît en quinze fascicules jusqu’en 1992. En 1993, il lance les Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances (EdN), où il publie notamment des ouvrages de Baudouin de Bodinat, Theodore Kaczynski, Jean-Marc Mandosio et René Riesel, ainsi que des textes d’auteurs plus anciens, allant de Tchouang Tseu à George Orwell et Günther Anders (en coédition avec les éditions Ivrea pour ces deux derniers). Il y fait également paraître ses propres ouvrages : Dialogues sur l’achèvement des Temps modernes (1993), L’Abîme se repeuple (1997), Apologie pour l’insurrection algérienne (2001), Défense et illustration de la novlangue française (2005), Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable (2008, en collaboration avec René Riesel).

« Nous n’attendons rien d’une prétendue “volonté générale” […], ni d’une “conscience collective des intérêts universels de l’humanité” qui n’a à l’heure actuelle aucun moyen de se former, sans parler de se mettre en pratique. Nous nous adressons donc à des individus d’ores et déjà réfractaires au collectivisme croissant de la société de masse, et qui n’excluraient pas par principe de s’associer pour lutter contre cette sursocialisation. Beaucoup mieux selon nous que si nous en perpétuions ostensiblement la rhétorique ou la mécanique conceptuelle, nous pensons par là être fidèles à ce qu’il y eut de plus véridique dans la critique sociale qui nous a pour notre part formés, il y a déjà quarante ans. » (Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, p. 11.)

« Ainsi ne s’est-il jamais cru meilleur que les combats de son temps, et a-t-il su y participer pour les rendre meilleurs : il est donc forcément très mal vu des impuissants, des moralistes et des esthètes. » (L’Abîme se repeuple, p. .) »

Communiqué des Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 9 août 2010

« Jaime Semprun était de ceux qui disent non. Qui sont contre. Pour qui la critique sociale est une nécessité vitale. De l’aventure situationniste menée dans les années 60 par Guy Debord et sa bande, et dont on sait qu’elle fut alors la seule à conduire une pensée radicale, novatrice, tranchante, « L’Encyclopédie », d’abord revue plus maison d’édition, fût le seul surgeon vivace : là s’entêtèrent quelques esprits libres à mener une critique foudroyante de la société industrielle et de ses mécanismes, et de ses pseudo-évidences. On n’arrête pas le « progrès » ? Jaime et ses amis l’analysaient, perçaient son bluff, s’inscrivaient contre le nucléarisme, contre le TGV et son despotisme de la vitesse, contre la Très Grande Bibliothèque, contre les éoliennes, etc. Et argumentaient. Dans le camp d’en face, rien d’autre qu’une pensée magique (« Le progrès, c’est forcément bien ») et l’increvable mystique de la croissance. Chez eux, l’exercice de la raison, le déboulonnage des idoles, la volonté d’en finir avec la fausse conscience généralisée. »

Jean-Luc Porquet, Quand un ami s’en va, in Le Canard Enchaîné, n° 4685, 11 août 2010.

13 mai 2010

À l'attention de nos lecteurs et abonnés

Une triste nouvelle pour une revue de belle facture :

« La dix-septième livraison de la RiLi ne paraîtra pas, du moins dans l’immédiat. Nous ne disposons pas aujourd’hui de la trésorerie nécessaire à l’impression et à la diffusion de notre revue. Nous subissons comme beaucoup de nos confrères les effets de la crise économique qui perdure. Les solutions à court terme que nous avons envisagées ces derniers jours pour passer ce mauvais cap se sont révélées impraticables. Il nous faut réorganiser notre activité plus radicalement. »

À l’attention de nos lecteurs et abonnés

3 décembre 2009

Désertion

« Comme le plus grand nombre aujourd’hui, nous sommes déchirés par le paradoxe de la situation : d’un côté, nous ne pouvons pas continuer à vivre comme cela, ni laisser le monde courir à sa perte entre les mains d’une oligarchie d’imbéciles, de l’autre, toute forme de perspective plus désirable que le désastre présent, toute idée de chemin praticable pour échapper à ce désastre se sont dérobées. Et nul ne se révolte sans perspective d’une vie meilleure, hormis quelques âmes sympathiquement désespérées. »

Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires

2 novembre 2009

Apolitisme

« Il y a dans cette urgence à réévaluer le problème social une façon pour Musil de rendre publique une prise de conscience personnelle : l’apolitisme est le luxe des élites sociales et le désintérêt pour le politique est motivé par l’aversion à l’égard de l’homme ordinaire et du commun. Or, Musil ne souhaite pas assumer un tel élitisme, mais bien faire comprendre l’apolitisme comme un pis-aller transitoire, comme une position de circonstances fondée sur l’aversion envers la société réelle et les institutions qui la gouvernent. Dans le même temps, Musil élabore une éthique axée sur la réalisation de soi, l’authenticité, la fidélité et l’accord avec soi-même, la conversion désintéressée du regard, l’amour et la réalisation d’un moi meilleur. Cette éthique, que l’on peut désigner comme le perfectionnisme moral de Musil, suppose un certain individualisme, matérialisé dans le roman par la fuite d’Ulrich hors du monde ordinaire, le retranchement à l’écart de la société. »

Robert Musil, un apolitisme de l’aversion

Qui n’a toujours pas lu Musil ?

20 juin 2009

Deux ou trois choses que j'avais à vous dire

« Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des « associations de malfaiteurs », voter des « lois anti-bandes », greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu’individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l’on s’y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n’auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l’impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l’amour et l’amitié. C’est une infirmité constitutive du pouvoir que d’ignorer la joie d’avoir des camarades. Comment un homme dans l’État pourrait-il comprendre qu’il n’y a rien de moins désirable, pour moi, que d’être la femme d’un chef ? »

Yildune Lévy, Deux ou trois choses que j’avais à vous dire

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