Varia

Nous ne devenons pas sains en apprenant à connaître les choses qui produisent la santé, mais bien en appliquant celles-ci à nos corps. De même, nous ne devenons pas riches en connaissant la richesse, mais bien en acquérant une grande fortune. Et ce qui est le plus important de tout : nous ne menons pas une vie bonne en connaissant certains êtres, mais en agissant bien.

Aristote

21 juillet 2009

Big Brother surveille le contenu de votre Kindle

À nouvelles pratiques de lectures, nouvelles pratiques commerciales : la société Amazon a effacé honteusement des ebooks directement sur le Kindle de ses clients, après s’être rendue compte que l’éditeur ne disposait pas des droits pour vendre ces fichiers numériques.

La morale est sauve : avec le remboursement, les clients ont découvert qu’ils louaient des fichiers numériques. 1984 et La ferme des animaux de George Orwell font partis des fichiers concernés par l’effacement.

La route vers Tycho est encore longue.

19 juillet 2009

Indépendance numérique

Pour répondre aux interrogations passablement embrouillées d’Anthony, il est bon de rappeler quelques évidences à propos des données que vous mettez en ligne.

La première mouture de Data Independence And Survival Best Practices rédigée par Karl Dubost est éclairante à ce sujet. Ce document de travail défini tout d’abord ce qu’il faut entendre par donnée et par service (l’une n’allant pas sans l’autre) :

  • n’importe quel type de contenu (comme des photographies, des dessins, du textes, etc.) que vous produisez constituent vos données ;
  • un service, c’est ce qui vous permet de mettre vos données en ligne. Cela peut être un blog, un réseau social, un forum, etc. Certains de ces services sont accessibles par un navigateur, d’autres par un logiciel spécifique, etc.

Il préconise ensuite des bonnes pratiques concernant vos données et les services :

  • Faites des sauvegardes : et plutôt deux fois qu’une, en variant les supports. J’ai perdu le source Tex/Latex de mon mémoire de philosophie sur Husserl, j’en possède bien sûr un exemplaire papier et une copie sur ce carnet : mais j’ai quand même perdu mon fichier source et c’est quelque chose de très contrariant ;
  • Faites des sauvegardes : relisez le paragraphe précédent ;
  • Faites des sauvegardes : je ne le répéterai jamais assez.

Du côté des services que vous êtes ou serez amenés à utiliser, les points suivant méritent d’être vérifiés :

  • le service DOIT fournir la possibilité d’exporter ses données : ForumActif, service de création de forum, en est le contre-exemple en interdisant à ses utilisateurs l’accès à leurs base de données ;
  • L’exportation des données DOIT se faire dans un format décrit publiquement : à quoi pourrait bien vous servir l’exportation de vos données si vous ne pourriez les réutiliser par la suite ? Lisez la mésaventure arrivée à Fadhila Brahimi. Préférez des formats ouverts ;
  • L’exportation des données DEVRAIT exporter les données et les données enrichies.

Du même auteur, je vous invite à lire It’s all about You et Esclavage 2.0

Enfin derniers conseils :

  • Lisez vos conditions d’utilisation : un conseil qui semble aller de soi, mais qui n’est pas toujours suivi. Les conditions d’utilisations de Facebook sont inacceptables, parce qu’elles accordent à ce service une utilisation beaucoup trop large à l’exploitation des données. Cela ne m’a pas empêché d’y recréer un compte, mais vous n’y trouverez aucune données importantes. Autre exemple, celui de Julien, qui a vu son hébergeur supprimer d’autorité la table des commentaires de son carnet l’année dernière.
  • L’auto-hébergement : les plus radicaux d’entres vous envisagerons une solution d’auto-hébergement.

17 juin 2009

La bande dessinée sans éditeurs

« Pourtant tout va bien, me dira-t-on. Cette production en masse est certainement la preuve que la « bédé » est encore un média de masse. Plus que jamais de belles traductions, plus que jamais de splendides rééditions et plus que jamais l’émergence de jeunes dessinateurs/dessinatrices à la virtuosité évidente. C’est merveilleux, tout va bien, on en pleure de joie.

Mais ce bonheur au rose bonbon parfait est aussi le signe que derrière l’éditeur il n’y a plus d’éditeurs, qu’il n’y a plus ces primo lecteurs, ces curieux, ces maïeuticiens d’auteurs et de livres originaux. Car toute cette belle production qui peut faire illusion reste principalement de l’ordre du « clé en main » et de la minimalisation maximale de tout risque. On traduit les livres qui ont marché ailleurs ou qui incarnent une forme à succès (les mangas). On fait des intégrales pour officiellement rendre disponibles un patrimoine mais surtout en se souvenant du succès passé de séries qu’il serait bon de faire fructifier pendant qu’on a encore les droits, et qu’il sera plus facile de gérer sous cette forme plutôt que sous celle de l’album.Enfin, on édite de jeunes auteurs surtout s’ils ont le style « dont on parle », « qui ressemble à » ou parce que leur blogue est visité.

Chez ces éditeurs, l’éditeur est un directeur de collection au sens basique, un cochon truffier de la tendance, où la forme prime sur le fond, quitte à faire rentrer ce dernier au chausse-pieds dans la sacro-sainte collection maison. »

La bande dessinée sans éditeurs

7 avril 2009

Script Frenzy

Script Frenzy is an international writing event in which participants take on the challenge of writing 100 pages of scripted material in the month of April.

What is Script Frenzy?

26 décembre 2008

Google nous rend-il stupide ?

Moi aussi, je le sens. Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n’irai pas jusque là, mais il est en train de changer. Je ne pense plus de la même façon qu’avant. C’est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. Mon esprit était happé par la narration ou par la construction de l’argumentation, et je passais des heures à me laisser porter par de longs morceaux de prose. Ce n’est plus que rarement le cas. Désormais, ma concentration commence à s’effilocher au bout de deux ou trois pages. Je m’agite, je perds le fil, je cherche autre chose à faire. J’ai l’impression d’être toujours en train de forcer mon cerveau rétif à revenir au texte. La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte.

Nicholas Carr, Is Google Making Us Stupid?, article traduit sur le Framablog

28 novembre 2008

Livre numérique : la révolution attendra encore un peu

Portable, léger, de lecture confortable, ressemblant au livre à s’y méprendre, la liseuse constituerait la solution de l’édition face à la révolution numérique. Et pourtant, le compte n’y est pas.

Livre numérique : la révolution attendra encore un peu

18 novembre 2008

Conséquences économiques du piratage sur l'édition : une falsification

Via pcinpact, une curieuse étude publiée par Tera Consultants et Equancy&Co, intitulée « Impact économique de la copie illégale des biens numérisés en France » et sobrement sous-titré « Quand le chaos économique s’immisce dans la révolution technologique » prétend chiffrer les pertes économiques et sociales du téléchargement en mélangeant allègrement rétrospective et prospective.

Il y a en effet une contradiction entre l’introduction qui indique que (je graisse)

Quatre domaines ont été étudiés : la musique, le cinéma, la télévision, le livre. Il ressort que la copie illégale a un impact direct négatif de l’ordre de 1,2 milliard d’euros au cours de la seule dernière année (2007) sur l’activité des quatre domaines d’activité couverts, cela a induit une destruction nette de 5000 emplois directs.

et la section 6 consacrée à l’édition :

Le but de cette section n’est pas de chiffrer les effets actuels de la copie illégale dans ce domaine, mais de faire l’exercice prospectif dans la perspective d’émergence d’un phénomène de masse, à l’image de celui observé dans le domaine de la musique et de la vidéo.

De fait, les chiffres avancés ne concernent que trois domaines, ceux de l’édition étant que prospectifs.

Comment calculer ce chiffre pour l’édition ? Très simplement :

Le chiffrage de la copie illégale du livre nécessite en premier lieu l’estimation du nombre de livres numériques téléchargés illégalement et se substituant à l’achat (de livre numérique)

La conjonction est importante ici. Calculons ensemble :

  1. chaque français a acheté 7,29 livres en moyenne en 2006 ;
  2. hypothèse 1 : chaque téléchargeur potentiel de livre achètera lui aussi 7,29 livres numériques ;
  3. nombre d’internautes français : 31,57 millions ;
  4. nombre d’internautes français utilisant un réseau pair à pair : 30%, soit 9,5 millions (alors que 31,57 / 3 = 10,5) ;
  5. hypothèse 2 : 50% des internautes français utilisant un réseau pair à pair sont des téléchargeurs potentiels de livres, soit un peu moins de 5 millions. On remarquera la précision du pourcentage avancé ici qui ne repose sur aucune justification (pourquoi 50% ? Pourquoi pas 49% ou 51% ?) ;
  6. nombre de livres numériques achetés France : 5 millions de téléchargeurs potentiels de livres que multiplie une moyenne de 7,29 livres, nous donne 34,5 millions de livres
  7. hypothèse 3 : le taux de substitution est 50% (remarquons encore une fois la précision du chiffre !), ce qui veut dire que 50% de ces téléchargements se substitueront à l’achat d’un livre numérique ;
  8. Conclusion : une perte potentielle de vente de 17,25 millions exemplaires !

Pour calculer le chiffre d’affaire, il suffit de fixer le prix moyen d’un fichier numérique, en s’appuyant sur Amazon et le marché nord-américain (puisque ce marché est balbutiant en France), soit $9,99 par fichier numérique, -15% ce qui nous fait un prix moyen de 8,5 euros en France. Perte total : 17,25 millions d’exemplaires x 8,50 euros = 147 millions d’euros.

Consultant, un beau métier.

Mise à jour du 30.XI.2008 :

Voir aussi :

13 novembre 2008

Gallica2

Retour sur la quatrième cinquième remarque de Michel Valensi : 2 exemplaires numériques vendus en l’espace de 9 mois de l’Éthique de Spinoza.

Je viens de faire le test à partir du site de Gallica2 et les chiffres de vente sont à la hauteur de l’indigence de l’interface. En passant commande[1] de l’ouvrage en question, on est renvoyé sur une page de Tite-live : un extrait de l’ouvrage (au format PDF) est proposé au téléchargement. Ensuite, un choix vous est proposé : soit acheter le livre via la Place des libraires, soit acheter le fichier numérique à partir d’une liste de libraires [2]. Je retrouve dans cette liste Vent d’Ouest, l’un de mes librairies nantaises préférées, et c’est naturellement chez eux que je décide de passer commande. Malheureusement, après cette décision, et bien, heu, on ne sait pas ce que l’on achète, comme le montre cette capture d’écran :

Capture d'écran interface Vent d'Ouest

Acheter une quantité pour zéro euros, c’est faire une affaire ; c’est aussi le genre de bogue qui ne donne pas envie de continuer plus loin.

Plus ennuyeux, le fichier numérique acheté ne peux pas être lu ailleurs que sur l’ordinateur sur lequel il est téléchargé comme le précise les conditions général de vente :

Avertissement : Actuellement l’ensemble des livres numériques que nous proposons sur notre site sont conçus pour être lus exclusivement à l’aide d’Adobe Digital Editions sur l’ordinateur qui les a téléchargé. Ils ne peuvent être lus sur des supports mobiles (PDA, tablettes etc.) et ils ne peuvent être transférés vers un autre ordinateur (voir « Quels droits pour le livre numérique ? » pour en savoir plus)

Nous sommes en 1890, l’édition numérique démarre.

Notes

[1] Sur Gallica2, on n’achète pas un livre, on accède à un document.

[2] dommage que le paquet livre physique+fichier numérique ne soit pas proposé à la vente.

12 novembre 2008

Marchands de bits

Neuf mois après son lancement, Michel Valensi revient (en forme) sur l’expérience en cours menée par Gallica 2[1] :

Les nouvelles technologies du livre numérique ne sont pas plus adaptées à la lecture que n’a pu être naguère l’escroquerie, suivie de faillites retentissantes, du e-book et du cy-book. Elles peuvent accompagner le livre, au titre de l’information ou de la consultation, mais ne sont pas encore en mesure de se substituer à lui. L’éco-système constitué par les auteurs, les éditeurs, les distributeurs, les libraires et les lecteurs est mis en danger par ce nouveau venu, qui n’a pu trouver sa place que parce que l’édition et la librairie n’ont pas su à temps prendre internet à bras le corps et y inventer de nouvelles manières d’éditer qui renforcent leur pratique traditionnelle. De cela, les éditeurs et les libraires sont, certes, en partie responsables. Mais cette prise de conscience tardive commence à porter ses fruits. La librairie indépendante investit la vente en ligne, l’édition met en place ses propres structures pour valoriser ses fonds sur internet.

Marchands de bits

Michel Valensi est l’éditeur, entre autres, de Libres enfants du savoir numérique et de David Lewis. Il a mis en pratique son petit traité plié en dix sur le lyber avec notamment la mise en ligne de la Philosophie du langage de Diego Marconi.

Mise à jour du 23.XI.2008

Notes

[1] Je reviendrai demain sur cette expérience du point de vue de l’utilisateur

Droit d'auteur et mondialisation à l'âge des réseaux informatiques

Examinons par exemple le cas des livres électroniques. C’est un thème tellement à la mode qu’il est difficile d’y échapper. J’ai pris l’avion pour le Brésil et le magazine de bord contenait un article annonçant que d’ici 10 ou 20 ans, nous passerions tous aux livres électroniques. Voilà clairement une campagne financée par quelqu’un. Dans quel but ? Je crois que j’ai deviné. Les livres électroniques sont l’occasion de retirer aux lecteurs des livres imprimés certaines des libertés qu’ils ont réussi à conserver — telles que la liberté de prêter un livre à un ami, de l’emprunter dans une bibliothèque publique, d’en vendre un exemplaire à un magasin de livres d’occasion, d’en acheter un exemplaire de manière anonyme, sans laisser de trace dans une quelconque base de données. Et, qui sait, le droit de le lire deux fois.

Voilà des libertés que les éditeurs souhaiteraient nous retirer, mais qui dans le cas des livres imprimés provoquerait une levée de boucliers car ce serait une prise de pouvoir trop voyante. La stratégie indirecte qu’ils ont trouvée est donc la suivante : tout d’abord, on obtient de la loi qu’elle retire ces libertés aux livres électroniques à une époque où ils n’existent pas encore, ne provoquant ainsi aucune controverse. Il n’existe pas d’antériorité, d’utilisateurs de livres électroniques habitués à ces libertés et prêts à les défendre. Cette première étape fut atteinte avec le « Digital Millennium Copyright Act » en 1998. Ensuite, on introduit les livres électroniques et peu à peu on incite tout le monde à passer des livres imprimés aux livres électroniques. Finalement, le résultat est que les lecteurs ont perdu ces libertés sans qu’à aucun moment, ils ne s’en soient vu priver et aient donc eu l’occasion de se battre pour les conserver.

Droit d’auteur et mondialisation à l’âge des réseaux informatiques

L’April lance une nouvelle campagne d’adhésion.

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