Varia

Il ne faut pas faire semblant de philosopher, mais philosopher effectivement. Car ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de paraître en bonne santé, mais d'être vraiment en bonne santé.

Épicure

Les intellectuels et les responsabilités de la vie publique

5 juillet 2010

« Là encore, j’ai le sentiment de ne pas avoir grand chose à en dire au-delà de banalités d’ordre moral. Imaginons que je rencontre un enfant affamé dans la rue, et que j’aie la possibilité de lui offrir quelque chose à manger. Suis-je moralement coupable si je refuse de le faire ? Suis-je moralement coupable si je choisis de ne pas faire quelque chose que je pourrais faire facilement, sachant que selon l’Unicef mille enfants meurent chaque heure de maladies qu’on sait prévenir ? Ou sachant que le gouvernement de ma propre « société libre et ouverte » est engagé dans des crimes monstrueux qu’on pourrait aisément minimiser ou interrompre ? Est-il seulement envisageable de débattre de telles questions ? Les propos que vous citez n’impliquent rien de plus.

L’idée que les responsabilités morales sont accrues d’autant que les personnes concernées « ont les ressources, l’habitude, les commodités et les occasions de parler et d’agir efficacement » semble au-delà de toute controverse. Cela n’est propre en rien au milieu universitaire, excepté que ceux qui y évoluent tendent à être singulièrement privilégiés dans les domaines que nous venons d’évoquer. Et les responsabilités de ceux qui vivent dans une société plus libre et plus ouverte sont, de manière évidente, plus importantes que pour ceux qui doivent payer de leur personne leur honnêteté et leur intégrité. Si les commissaires politiques de la Russie soviétique ont accepté de se soumettre au pouvoir étatique, ils purent au moins plaider les circonstances atténuantes pour tenter de justifier leur comportement. Leurs homologues des sociétés plus libres et plus ouvertes ne peuvent plaider que la lâcheté. »

Entretien avec Noam Chomsky

J’espère être mort en 2020

20 juin 2010

« Je suis séropositif depuis 1987, ce qui veut dire que j’ai tout de suite pensé que je ne vivrai pas très longtemps. Mes ennemis pensent vraiment que j’aurais dû crever et d’autres auraient dû survivre, ça aurait été plus juste. Manque de bol. Je trouve ridicule de réaliser que j’ai passé presque la moitié de ma vie à anticiper ma mort. Si on ajoute qu’à 5 ans, je pensais déjà me sacrifier pour que ma mère revienne à la maison et que j’ai tenté de me suicider à 17 ans parce que c’était décidément trop difficile d’être gay dans le Lot et Garonne, j’ai passé toute ma vie à m’habituer à l’idée de quitter ce monde. Je ne prétends pas dire que le passage sera facile, mais ce que je veux dire, c’est que malgré cette persistance de la mort dans ma vie, le concept de mort, chez moi, c’est quelque chose qui est pratiquement domestiqué. Je m’en branle totalement quand des gens célèbres crèvent. Je ne suis pas triste quand des personnes de ma famille décèdent. Je trouve normal que mes amis sidéens disparaissent après des années de souffrance. Le seul truc qui m’effondre, c’est de voir mes amis séronégas se suicider. »

Je te vois

Le critère de la vie philosophique

15 mai 2010

« L’époque philosophique est souvent dans la duplication de la vulgate deleuzienne qui fait du philosophe l’inventeur de nouveaux concepts ou de personnages conceptuels. Ce prurit conduit à multiplier les néologismes afin de donner l’impression d’une réelle profondeur et d’une pensée véritable. La publication d’un 789 néologismes de Jacques Lacan montre qu’à cette aune on finit par prendre la glossolalie pour de la philosophie.

Où sont les concepts de Montaigne ? Nulle part. On ne trouve dans les Essais que des méditations sur l’amour et la mort, le rire et les larmes, l’amitié et la souffrance, le père et l’enfance, les cannibales et le pouce, la sagesse et les jardins, les femmes et l’amour, les passions et la religion, le vin et les huîtres, la santé et le sommeil, la musique et la lecture, le cheval et le voyage - autrement dit, la vie… Avec le professeur Deleuze, l’élève Montaigne aurait eu une très mauvaise note !

Michel Onfray, Le critère de la vie philosophique.

À l'attention de nos lecteurs et abonnés

13 mai 2010

Une triste nouvelle pour une revue de belle facture :

« La dix-septième livraison de la RiLi ne paraîtra pas, du moins dans l’immédiat. Nous ne disposons pas aujourd’hui de la trésorerie nécessaire à l’impression et à la diffusion de notre revue. Nous subissons comme beaucoup de nos confrères les effets de la crise économique qui perdure. Les solutions à court terme que nous avons envisagées ces derniers jours pour passer ce mauvais cap se sont révélées impraticables. Il nous faut réorganiser notre activité plus radicalement. »

À l’attention de nos lecteurs et abonnés

Le saint moral

8 avril 2010

La revue Implications philosophiques nous offre une traduction de l’article « Moral Saint » de Susan Wolf :

« Des saints moraux, je ne suis pas sûr qu’il en existe. Mais si tel est le cas, je suis heureuse que ni moi, ni ceux dont je me soucie le plus, n’en soyons. Par saint moral, j’entends une personne dont l’action est aussi moralement bonne que possible, c’est-à-dire une personne qui possède le maximum de valeur morale possible. Bien que dans un instant je m’en aille dresser le portrait varié des types de personnes que l’on pourrait convoquer pour satisfaire à cette description, il me semble qu’aucun de ces types puisse fournir, sans équivoque, un modèle personnel irrésistible. En d’autres termes, je crois que la perfection morale, dans le sens de sainteté morale, ne constitue pas un modèle de bien-être personnel vers lequel il serait particulièrement rationnel ni même bon ou souhaitable de tendre pour un être humain. »

Susan Wolf, Le saint moral.

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