Philosophie Magazine n°1, un compte-rendu
23 mai 2006
C'est demain que sort le nouveau numéro de Philosophie Magazine et c'est seulement aujourd'hui que je parle du premier numéro.
Comme le précise l'édito, cette revue a pour but concilier philosophie et journalisme
, c'est-à-dire faire découvrir la richesse et la profondeur du travail des philosophes
et montrer que le savoir n'est pas, pour le philosophe, un stock de références au passé, mais qu'il est en prise avec avec les enjeux contemporains
. Elle s'articule autour de quatre parties, de qualités inégales. Bref passage en revue.
L'époque
C'est sans doute la partie la plus mauvaise de la revue.
Elle commence par un débat entre Sylviane Agacinski et Marcela Iacub, l'une pensant que l'on est sorti du patriarcat mais pas de l'androcentrisme, l'autre estimant qu'il n'y a jamais eu de patriarcat et que nous vivons aujourd'hui sous la coupe de l'utérocentrisme.
J'avoue avoir eu beaucoup de mal à m'intéresser à ce qui a l'air si important aux yeux de ces deux personnes : je n'ai pas réussi à identifier les pays, les femmes et les époques dont elles parlaient et je n'ai pas du tout saisi les enjeux d'une telle discussion (même si j'ai le pressentiment que cela a un rapport avec le patriarcat).
Nous avons ensuite le droit à un peu de tout, d'un reportage sur la catastrophe de Tchernobyl à des commentaires d'images sur la politique de la peur
, en passant par une nouvelle commentée, etc. Je passe, plus par pitié que par charité, sur la bus attitude et sur le tourisme équitable. Seul l'article Tempête dans un urinoir
pourrait intéresser les métaphysiciens : l'histoire de Pinoncelli qui, en urinant dans la fontaine de Duchamp, prétend donner un nouveau statut à l'oeuvre d'art.
Je ne connaissais pas cet Onfray (n'ayant jamais lu aucun de ses livres), ni cette Garcia (n'ayant jamais vu aucun de ses films), qui s'affrontent dans une espèce de conversation à bâton rompu, l'une tenant absolument à vivre avec les traumatismes de son enfance, tandis que l'autre nous explique dogmatiquement que le narcissisme des femmes (lesquelles ?) n'est pas le même que celui des hommes (lesquels ?).
Signalons toutefois aux amis du charabia, l'article Le visage retrouvé
, d'où j'extrais ces phrases :
Quand on n'est capable que d'un signe, on ne signifie plus rien, et le visage est mort
le visage est déjà hors de lui-même, ensemble de possibilités expressives, surface sociale
Je n'invente rien, c'est écrit noir sur blanc pages 10 et 11.
Le dossier
Le dossier est consacré aux monde possibles, mais dans un tel désordre, qu'il est bien difficile, pour quelqu'un comme moi, d'y voir clair. Ainsi, le premier article passe en revue, sur quatre pages, Platon, Aristote, Augustin, Machiavel, Hobbes, Leibniz, Rousseau, Kant, Strauss. Le second traite de l'utopie, le troisième retrace les origines de la pensée française altermondialiste, le quatrième nous parle de Jonas et l'utopie technicienne, et le dernier ira même jusqu'à mentionner David K. Lewis et citer Frédéric Nef.
Au bout de tous ces articles, il est apparement possible qu'un autre monde soit possible.
Les philosophes
La partie la plus sobre du magazine, comme si, tout d'un coup, on avait pris son temps pour l'écrire :
- un entretien avec Marcel Conche,
- l'analyse d'une phrase de Nietzsche,
- une introduction à Spinoza plutôt bien faite,
- un article sur la notion de justice.
L'oeil et l'esprit
Je n'ajouterai rien de plus sur cette partie, parce que je l'ai rapidement parcouru et que mon train arrivait enfin à destination.
Bilan
- J'aurais voulu tempéré le commentaire, heu, assez virulent, de Janik, mais je ne peux pas m'y résoudre.
- si la revue déborde bien de ce stock de références au passé, elle n'arrive pourtant pas à l'écouler sur le marché de l'actualité : ce qui est finalement assez frappant après lecture, c'est l'absence totale de problèmes ou d'enjeux. Tout est mélangé avec tout.
- Peut-être que j'en attendais un peu trop : après tout, il ne s'agit que du premier numéro, il faut lui laisser le temps de s'installer pour arriver à une qualité comparable aux hors-série de Science et Avenir par exemple. Elle reste pour l'instant à l'image du site web de la revue.
