Ce qu’il est impossible d’éluder cependant, c’est que le sarkozysme implique forcément un bras d’honneur adressé au plus grand nombre. Le bras d’honneur est inscrit dans le principe même de la « consommation ostentatoire », nom savant de ce « bling-bling » devenu son emblème. Ce modèle de réussite n’est pas fait pour être extensible ; il n’est pas un modèle. Sa réalisation exige qu’il reste assez de gens, d’une part pour vous jalouser, d’autre part pour vous servir. Il suppose un public à épater, pour ne pas dire à humilier ; et, pour qu’il soit épaté, il faut qu’il soit moins riche. Tout le style de cette présidence, d’ailleurs, est empreint d’un rapport de défi et de défiance à l’égard de la populace, comme en témoigne la fâcheuse propension du chef de l’État à adopter à la première occasion, lors de ses déplacements, l’attitude d’un caïd de sous-préfecture (« Descends si t’es un homme », « Casse-toi »'', etc.).

Mona Chollet, L’art de faire rêver les pauvres.

Conformément au manifeste du Lyber, le dernier ouvrage de Mona Chollet, Rêves de droite. Défaire l'imaginaire sarkoziste est disponible en ligne.