Varia

Nous ne devenons pas sains en apprenant à connaître les choses qui produisent la santé, mais bien en appliquant celles-ci à nos corps. De même, nous ne devenons pas riches en connaissant la richesse, mais bien en acquérant une grande fortune. Et ce qui est le plus important de tout : nous ne menons pas une vie bonne en connaissant certains êtres, mais en agissant bien.

Aristote

8 avril 2010

Le saint moral

La revue Implications philosophiques nous offre une traduction de l’article « Moral Saint » de Susan Wolf :

« Des saints moraux, je ne suis pas sûr qu’il en existe. Mais si tel est le cas, je suis heureuse que ni moi, ni ceux dont je me soucie le plus, n’en soyons. Par saint moral, j’entends une personne dont l’action est aussi moralement bonne que possible, c’est-à-dire une personne qui possède le maximum de valeur morale possible. Bien que dans un instant je m’en aille dresser le portrait varié des types de personnes que l’on pourrait convoquer pour satisfaire à cette description, il me semble qu’aucun de ces types puisse fournir, sans équivoque, un modèle personnel irrésistible. En d’autres termes, je crois que la perfection morale, dans le sens de sainteté morale, ne constitue pas un modèle de bien-être personnel vers lequel il serait particulièrement rationnel ni même bon ou souhaitable de tendre pour un être humain. »

Susan Wolf, Le saint moral.

1 avril 2010

Une non-introduction à l'éthique

Sentiment mitigé également après lecture de l’Introduction à l’éthique : le déséquilibre de l’ouvrage est frappant.

« Comme l’auteur le reconnaît, la structure de l’ouvrage est inattendue : au lieu de se diviser en trois parties, une pour chaque grand courant, l’ouvrage se compose de deux parties. La première est entièrement consacrée au conséquentialisme, et principalement à sa variante la plus connue : l’utilitarisme, tandis que la seconde est supposée présenter les deux « autres », la déontologie et l’éthique des vertus, en les opposant au conséquentialisme. C’est là, déjà, l’un des points faibles de cette introduction : sur 240 pages, 164 sont consacrées au conséquentialisme et aux arguments anti-utilitaristes, 54 à la déontologie et seulement… 22 à l’éthique des vertus. Pour le coup, l’ouvrage aurait presque pu s’intituler « Introduction au Conséquentialisme ». »

Une non-introduction à l’éthique

29 mars 2010

Cohérentisme

« Pour le cohérentisme, au contraire, nous ne disposons pas de connaissances de base qui jouiraient d’un privilège épistémique en étant indubitables ou évidentes. Nous nageons dans un océan de croyances plus ou moins assurées, plus ou moins faillibles. Dans cette optique, la connaissance est atteinte quand nous parvenons à rendre cohérentes entre elles le plus de croyances possible. Bien sûr, cela rend nécessaire l’abandon de certaines d’entre elles, qui « ne faisaient pas le poids » contre les autres. Le cohérentisme nous propose donc de partir des croyances dont nous disposons déjà, quand bien même chacune d’elle serait en elle-même douteuse, pour parvenir à un état épistémique supérieure en les confrontant les unes aux autres. »

Une philosophie morale analytique ?

1 mars 2010

Éthique du Care

Une bonne introduction à l’éthique du care :

« L’enjeu, par-delà les débats féministes et politiques ou peut-être à leur pointe, est le rapport entre général et particulier. Le care propose de ramener l’éthique au niveau du « sol raboteux de l’ordinaire » (Wittgenstein), de la vie quotidienne. Il est réponse pratique à des besoins spécifiques qui sont toujours ceux d’autres singuliers (qu’ils soient proches ou non), travail accompli tout autant dans la sphère privée que dans le public, engagement à ne pas traiter quiconque comme partie négligeable, sensibilité aux détails qui importent dans les situations vécues. Quelle est la pertinence, l’importance du particulier, de la sensibilité individuelle ? Qu’est-ce que le singulier peut revendiquer ? C’est en redonnant sa voix (différente) au sensible individuel, à l’intime, que l’on peut assurer l’entretien (conversation/conservation) d’un monde humain. Le sujet du care est un sujet sensible en tant qu’il est affecté, pris dans un contexte de relations, dans une forme de vie – qu’il est attentif, attentionné, que certaines choses, situations, moments ou personnes comptent pour lui. Le centre de gravité de l’éthique est déplacé, du « juste » à l’ « important ».»

Le care : enjeux politiques d’une éthique féministe

30 janvier 2010

Du droit des animaux

Utilitarisme un nouveau carnet à propos de philosophie morale :

« Qu’est-ce qu’un droit ? À quoi sert-il d’avoir un droit ?

Tant que nos amis écologistes n’auront pas répondu à ces questions simples, ils pourront continuer à débiter leurs fadaises sur les droits des écureuils, des lapins, des limaces, des pommes de pin ou que sais-je encore.

Rappelons donc à toute fin utile qu’un droit est une liberté accordée par une société disposant d’institutions politiques plus ou moins formelles à tout membre de cette société à condition que l’exercice dudit droit ne nuise pas à un autre membre de ladite société. Le but du droit est la commodité commune car il appert que l’on vit plus commodément en commun, dans la société, que seul dans la nature.

De même c’est par un abus de langage que l’on parle de « droit des animaux » car il s’agit en fait de droits accordés aux seuls hommes de vivre dans un environnement agréable et récréatif et dont le caractère plaisant est intimement lié à la variété des paysages, de la flore et de la faune qu’on y rencontre. Pour être volontairement provocateur, je dirai simplement que les soi-disant « droits des animaux et des plantes » ne sont en fait que le droit du randonneur à effectuer une belle randonnée « dans une nature préservée». »

L’écologie profonde, un anti-humanisme radical

Cela peut-il s’appliquer aux générations futures ?

En contrepoint et parce que jamais signalé encore ici, les Cahiers antispécistes sont disponibles en ligne.

« Une autre notion fondamentale de cette tradition se trouve au coeur de l’attaque de Tom Regan contre l’anthropocentrisme : le concept de droits. À la différence de Singer, qui approfondit une perspective déjà présente dans l’utilitarisme, Regan doit défier le cadre même au sein duquel il travaille, étant donné que la théorie des droits a été depuis sa naissance même marquée par l‘« humanisme ».

Ce défi s’articule en deux phases. Dans la première, qui pourrait être définie comme phase « hypothétique », Regan soutient que si tous les humains ont des droits, alors certains animaux aussi ont des droits. La seconde, qu’on pourrait qualifier de version « catégorique », pose le fondement des droits humains et animaux (des droits animaux, au sens large). Au centre de ces deux phases se trouve l’idée de l’incohérence d’une position qui attribue des droits moraux (interprétés, dans le sillage de Feinberg, comme prétentions valides à quelque chose et à l’encontre de quelqu’un) à tous les humains sans les attribuer aussi à certains animaux.

Cette incohérence se cristallise en particulier autour d’une situation-test : celle de ceux que l’on appelle « humains marginaux », c’est-à-dire de ceux qui, en raison par exemple de lésions cérébrales graves, ne possèdent pas les caractéristiques paradigmatiques de notre espèce. Dans la première phase, soulignant que pour éviter l’incohérence la moralité courante recourt à l’arbitraire basé sur la préférence d’espèce, Regan demande, sur la base du principe formel de justice, que soient attribués des droits moraux aussi à certains animaux. L’argument des cas marginaux se rencontre aussi chez d’autres auteurs (nous l’avons déjà vu chez Singer) : mais dans l’approche de Regan, il assume un rôle clef, un rôle si important qu’il détermine la transition à la seconde phase. »

Combien les animaux comptent-ils ?

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