Brève réponse à une question portant sur la tripartition et
l'opposition des activités humaines chez Arendt publiée sur le forum fr.sci.philo.
Bon, sans mon exemplaire et d'après mes notes et mes souvenirs, il me
semble que ce qui rend possible cette catégorisation des métiers, ce n'est
pas l'opposition privé-public, mais la vita activa. Ce terme
désigne — et ici Arendt reprend une distinction aristotélicienne en
la remaniant — les trois activités humaines fondamentales : le
travail, l'œuvre et l'action (notez que cette distinction n'empêche pas que
ces activités soient intimement liées).
Elle prend ensuite appui sur cette tripartition en montrant que le
travail et l'œuvre font partie de la sphère privée dans le monde antique
grec et qu'il est impensable qu'il puisse faire partie de la sphère
publique :
À la base de la conscience politique grecque, on trouve
cette distinction exprimée avec une clarté, une précision sans égales.
Aucune activité n'ayant d'autre but que le gain ou le simple entretien de la
vie n'était admise dans le domaine politique.
Arendt, Condition de l'homme moderne, 75.
S'il y a bien une opposition entre travail et œuvre, elle n'est pas
seulement contemporaine mais également antique. Travail et œuvre
correspondent à ce qu'Aristote appelle poiésis et celle-ci relève
du domaine privé tandis que la praxis relève, elle, du domaine
public.
Il vaudrait d'ailleurs mieux parler d'activité plutôt que de métier.
En examinant l'opposition travail-œuvre (poiésis) déjà à l'œuvre
dans l'antiquité, elle veut montrer qu'une telle opposition, toujours en
cours dans le monde moderne, redéfinit l'idée même de vie privée en
l'enrichissant (privée au sens de privation chez les grecs mais au sens
d'intimité chez les modernes).
Ce lien c'est l'émergence du social :
L'apparition de la société — l'avènement du ménage,
de ses activités, de ses problèmes, de ses procédés d'organisation —
sortant de la pénombre du foyer pour s'installer au grand jour du domaine
public, n'a pas seulement effacé l'antique frontière entre le politique et
le privé ; elle a si bien changé les termes, leur signification pour la
vie de l'individu et du citoyen, qu'on ne les reconnait presque plus.
Arendt, Condition de l'homme moderne, 76.
Derniers commentaires
21 septembre 2008,00:12
21 septembre 2008,00:11
21 septembre 2008,00:08
6 septembre 2008,08:51
5 septembre 2008,09:39
30 août 2008,10:41
14 mai 2008,13:30
11 mai 2008,23:02
11 mai 2008,22:16
8 mai 2008,23:22