Sont réunies dans cet ouvrage six études des principaux représentants de ce qu’il est convenu d’appeler « L’école de Brentano ». Les Souvenirs de Franz Brentano de Carl Stumpf et Edmund Husserl décrivent sa vie et son activité philosophique de ses débuts à Würzbourg jusqu’à son couronnement à Vienne. Les quatre autres études sont des contributions importantes des étudiants de Brentano à la philosophie. L’étude d’Ehrenfels, Sur les "qualités de forme", fondatrice de la psychologie de la forme, est aussi une référence incontournable pour Meinong, dont nous traduisons ici Sur les objets d’ordre supérieur et leur rapport à la perception interne, texte où il met en place les idées à la base de sa théorie de l’objet. La cinquième étude, Fonctions et formations de Twardowski, propose une analyse originale de la relation entre les actes (fonctions) et leurs contenus (formations). Enfin, Sur le rapport entre la grammaire et la logique d’Anton Marty, emblématique de la philosophie du langage brentanienne, vient clore cet ouvrage que nous avons introduit par Le legs de Brentano, une étude présentant les grandes lignes du programme philosophique de Brentano, la généalogie de son « école » ainsi que quelques-uns des débats suscités par les textes reproduits ici.
Tag - Brentano
1 mars 2008
À l'école de Brentano
Par Mickaël Simon le 1 mars 2008, 13:17 - Phénoménologie
16 janvier 2007
Le Grand Schisme
Par Mickaël Simon le 16 janvier 2007, 19:15 - Philosophie
Je ne pensais pas avoir encore à lire ce type de commentaire en 2007, mais comme le précise François
le schisme entre deux traditions philosophiques est hélas un fait
Souvenirs, souvenirs
Je me souviens en 1991, lorsque, fraîchement débarqué de mon lycée, une partie du Morfeaux en tête (coucou Mme Marignac !), j'avais assisté à mon tout premier cours sur l'atomisme logique de Wittgentein et de Russell via une lecture du Tractatus, par Roger Pouivet à l'Université de Rennes 1. C'était la première fois que j'entendais le terme de philosophie analytique.
A l'époque, j'ai l'impression que l'existence de deux traditions philosophiques n'était pas si marquée que cela : il y avait plutôt un petit nombre de cours, qui contrastait avec l'ensemble des cours proposés, dans leurs façons technique (la découverte des p et des q) et exotique (nous allons examiner le traitement extentionnel de la modalité temporelle) d'aborder les textes.
Peut-être était-ce dû à l'inexistence de la littérature gallo-romaine : la Begriffsschrift de Frege ne sera traduite en français que neuf ans plus tard, les ouvrages de Pascal Engel, La norme du vrai, et de Michael Dummett, Les origines de la philosophie analytique, venaient de sortir ; quant aux masses, elles pouvaient se rabattre sur La philosophie analytique publié dans la collection Que sais-je ? par Jean-Gérard Rossi.
Je retrouve cette impression aujourd'hui lorsque je parcours la version francophone de Wikipédia : vous avez d'un côté un portail de philosophie et de l'autre un portail de philosophie analytique, sans que l'on sache très bien pourquoi cette distinction est faite, ni à quoi elle correspond (elle n'existe pas dans la version anglophone).
Joue contre joue
Puisque l'existence de deux sortes de traditions philosophiques semble aujourd'hui bien établie, qu'est-ce qui nous permet de les distinguer ? Je propose les cinq caractéristiques suivantes :
- le souci des problèmes
- l'importance de l'argumentation
- la prise au sérieux de la logique
- la sympathie pour la science
- l'anti-héroïsme
Je ne pense pas que ce soit là des caractéristiques extraordinaires ; c'est même le minimum que l'on est en droit d'attendre d'un philosophe ou d'une philosophie. À vrai dire, ces critères tracent moins une frontière entre une tradition dite analytique et une tradition dite continentale qu'entre bonne philosophie et mauvaise philosophie ou, pour le dire plus crûment, entre philosophie exacte et bavardage.
Si je devais esquisser un schéma de cette opposition, il ressemblerait à celui-là :

On dit que le temps vous emporte
Je me suis souvent défini de manière ironique sur ce carnet comme un phénoménologue tendance canal historique. C'est qu'on a souvent oublié cette troisième tradition autrichienne, on l'a même carrément occulté en France (remember Brentano ?). Ce n'est que très récemment, avec les travaux anglophones de Barry Smith, Kevin Mulligan et Peter Simons ou francophones de Jocelyn Benoist.
Quand Peter Simons réévalue la 3e Recherche logique de Husserl avec les outils de la logique formelle, est-ce de la philosophie analytique ? J'aurai plutôt tendance à penser que non, que cette question n'a peut-être même pas lieu de se poser et qu'il s'agit de philosophie tout simplement. Barry Smith a développé ce point dans son article Israel en expliquant que notre façon de tracer des divisions n'est peut être pas la bonne :
Certains conçoivent la philosophie comme divisée entre philosophie analytique et philosophie continentale. Comme l'a noté John Searle, c'est comme si vous conceviez les États-Unis comme divisés entre le business et l'état du Kansas.
Malheureusement, l'affirmation de Searle n'a pas reçu toute l'attention qu'elle mérite. Sa remarque pointe le fait que nous avons, dans chacun de ces cas, une étrange manière de diviser, en séparant un domaine pré-établi (États-Unis, Philosophie) en une partie définie, jusqu'à un certain degré, en termes spatiaux, tandis que l'autre l'est, toujours jusqu'à un certain degré, en termes de pratiques ou de caractéristiques qui ne sont pas, elles, directement spatiales.
Le texte qui suit est une théorie de telles divisions et une théorie des agglomérats (populations, mouvement, systèmes de croyances) qui sont sujets de ces divisions. Il offre une théorie ontologique générale du nous et des autres, du ici et du là-bas, du Moi, colonisateur hégémonique et de l'Autres, indigène colonisé.
Cette note a été écrite avec beaucoups d'arrières-pensées, en pensant à une amie qui m'est très chère.
Mise à jour du 21 janvier : au moment de mettre en ligne mes souvenirs d'ancien combattant, Julien a remarquablement détaillé dans son billet Analytique versus Continental, une mise au point ces histoires de traditions. Ma note n'en est que plus bancale.
12 mai 2006
Kant et la philosophie autrichienne
Par Mickaël Simon le 12 mai 2006, 12:59 - Philosophie
A l'occasion du colloque Kant et la philosophie autrichienne, organisé par la Société de Philosophie du Québec, je découvre le site Austrian-Philosophy :
Le but de ce site est de fournir des informations sur les figures et les mouvements intellectuels qui ont émergés de l'Empire austro-hongrois. Ce site s'intéresse particulièrement à la philosophie et à son histoire, mais vise également à fournir des informations à jour sur les événements actuels et à venir concernant la philosophie autrichienne, ainsi qu'à introduire et critiquer les livres plus ou moins récents à ce sujet.
Le site me semble un peu vide pour le moment, même si on y trouve deux portraits de Bolzano et de Brentano.
Pas de connection ce week-end, je suis aux Journées Japon à Languidic.
18 février 2006
Husserl et l'intentionnalité : une introduction à la phénoménologie
Par Mickaël Simon le 18 février 2006, 22:16 - Phénoménologie
La série sur la phénoménologie s'est achevée samedi dernier. Elle reste disponible en ligne sous forme hypertexte :
Introduction
Première partie : l'inexistence intentionnelle
Chapitre 1 : les trois concepts de conscience
- 1.1 La conscience comme flux de vécus
- 1.2 La conscience comme perception interne
- 1.3 La conscience comme vécu intentionnel
Chapitre 2 : la relation intentionnelle
- 2.1 La question de l'objet mental
- 2.2 Les précisions terminologiques
- 2.3 Critique contre l'unité des vécus
Chapitre 3 : les concepts de contenu intentionnel
- 3.1 Le contenu intentionnel comme objet intentionnel
- 3.2 Le contenu comme dissociation de la matière et de la qualité
- 3.3 Le contenu comme essence intentionnelle
Deuxième partie : les actes comme représentations ou fondés sur des représentations
Chapitre 4. Matière et qualité
- 4.1 L'origine de la différenciation des modalités intentionnelles
- 4.2 L'intention de représentation
- 4.3 La simple représentation
Chapitre 5 : les représentations fondatrices
Chapitre 6 : les actes objectivants
Conclusion
mais aussi en un seul fichier
- au format poscript
- ou au format PDF
Cette série est disponible sous licence Creative Commons.
J'ai maintenant besoin de faire le point.
12 février 2006
Husserl et l'intentionnalité : une introduction à la phénoménologie (20)
Par Mickaël Simon le 12 février 2006, 23:14 - Phénoménologie
Conclusion
Les analyses de la Cinquième Recherche logique, consacrées aux vécus intentionnels et à leurs « contenus », courent le long de deux axes dont la direction est donnée par la réécriture et la réinterprétation de deux thèses de Brentano : l'inexistence intentionnelle et la présence objective.
Il y a ainsi tout d'abord un apparaître global partagé entre du vécu et du non-vécu. Si nous appelons conscience le lieu du vécu, nous constatons que certains vécus ont la propriété de se rapporter à quelque chose d'extérieur à eux et que d'autres vécus n'ont pas cette propriété : cette propriété partage les vécus en vécus intentionnels et non intentionnels. Elle fonde la distinction des actes et des non-actes. Si nous examinons maintenant le contenu de ces actes, il faudrait distinguer entre les contenus réels de la conscience et les contenus intentionnels. Ces derniers constituent l'essence de la conscience, parce que, sans eux, cela n'aurait pas de sens de parler de conscience. Les contenus réels de la conscience (les non-actes) sont donc fondés par les contenus intentionnels.
Mais ces contenus intentionnels sont eux-mêmes compliqués : le terme normal des vécus intentionnels est de se rapporter à un objet intentionnel. Or, dans celui-ci, qui n'est rien dans les actes, il faudrait encore distinguer l'objet visé de l'objet tel qu'il est visé : Husserl intercale entre les vécus intentionnels et les objets intentionnels, un nouveau sens de contenus intentionnels, et distingue, en tout acte, entre la matière de l'acte (l'objet visé) et la qualité de l'acte (l'objet tel qu'il est visé).
Un troisième sens apparaît avec le contenu intentionnel comme essence intentionnelle de l'acte, essence composée des deux moments que sont les qualités et les matières. L'essence intentionnelle ne forme pas l'acte total complet, bien qu'il lui soit essentiel. Quand elle fait office de remplissement de signification, Husserl nomme cette essence intentionnelle essence significative.
Si nous suivons toujours le fil du vécu intentionnel, un problème surgit : puisque l'objet intentionnel n'est rien dans le vécu intentionnel, qu'est-ce qui constitue cet objet ? On pourrait penser à la qualité de l'acte, mais quel que soient les variations que l'on peut lui faire subir, elle n'opère pas la différenciation des objets : deux qualités identiques ou deux qualités différentes peuvent viser deux objets différents ; de la même façon, deux qualités identiques ou deux qualités différentes peuvent viser le même objet. Il faut donc se retourner vers la matière pour trouver la différenciation des objets : deux matières identiques ne peuvent jamais donner deux objets différents ; par contre, deux matières différentes peuvent donner le même objet.
Quels sont alors les rapports qu'entretiennent les qualités et les matières au sein de l'acte ? Sont-ils de genre à espèce ? Répondre à ces questions, c'est chercher à déterminer ce qu'est cette présence de quelque chose à titre d'objet et cette détermination rayonne à partir du concept de représentation.
Parmi les treize équivoques de ce terme dégagées par Husserl, au paragraphe 44, quatre ont été particulièrement examiné :
- La représentation comme matière d'acte, c'est-à-dire
re-présentation (
Repräsentation
). - La représentation comme « simple représentation », c'est-à-dire comme modification qualitative d'une forme quelconque de croyance.
- La représentation comme acte nominal.
- La représentation comme acte objectivant.
Nous avons vus avec quelle rigueur Husserl opère avec ce terme
historiquement lourdement chargé et le sort qu'il lui fait subir en
disséquant la thèse de Brentano : si tout acte est une
représentation ou repose sur une représentation, c'est bien parce qu'il y
a lieu de distinguer entre la représentation comme un acte, là où des
actes de représentation nous mettent en présence d'un objet, et la
représentation comme ce sur quoi tous les actes reposent, même l'acte de
représentation, tout en n'étant pas elle-même un acte, mais une matière
d'acte qui présente l'objet tout en s'y substituant. Et puisque l'objet
n'est rien dans les actes de Vorstellung
, la fonction
des Repräsentationen
est d'assurer cette présence
objective. Réciproquement, les Repräsentationen
ne
peuvent remplir leur office que si elles se combinent dans des actes de
Vorstellungen
, n'étant pas, en elles-même,
autonomes.
La variation continue avec un troisième sens de représentation, comme acte nominal, là où des signes linguistiques s'objectivent pour nous. Si Husserl part de la catégorie grammaticale du nom pour montrer qu'il y a des noms qui confèrent à ce qui est nommé la valeur d'un existant, tandis que d'autres noms ne le font pas, cette distinction entre des actes positionnels et des actes non-positionnels n'est pas pourtant pas une différence grammaticale : le passage des uns vers les autres s'appuie sur le modèle de la nomination, mais cette modification n'entraîne aucun changement de matière du point de vue des actes. Cette distinction s'étend à toutes les représentations et donc aussi aux actes propositionnels, entre actes thétiques et actes non-thétiques, à la différence que le passage d'actes nominaux positionnels à des actes propositionnels thétiques implique, lui, un changement de matière.
Si les actes nominaux (noms) et les actes propositionnels (jugements) sont différents par essence, ils ont tout de même une certaine communauté de genre : ils appartiennent à la classe plus vaste des actes objectivants. À partir des actes objectivants, nous pouvons distinguer : par une différenciation qualitative, entre les actes qui posent l'être et les actes qui ne le posent pas ; par une différenciation de la matière, le passage de qualités à qualités, comme celui des actes nominaux aux actes propositionnels ; enfin et surtout, les actes thétiques à un seul rayon et les actes synthétiques à rayons multiples. C'est à l'intérieur de ces actes objectivants que prend place également la discussion des modifications ou des modalisations de la conscience : il faudra ainsi distinguer entre les objectivations représentatives et les modifications qualitatives, et au sein de ces dernières, entre modalisation perceptive et modalisation imaginative.
Voilà esquissé bien rapidement le chemin parcouru. Même si nous avons eu
nous-même l'impression parfois de nous être perdu dans des questions
lointaines de la psychologie descriptive
, Husserl a ainsi
progressivement dégagé, en zig-zag, la structure générale de la
conscience, constituée essentiellement de vécus intentionnels, et la
structure interne de ces même vécus intentionnels, dans une certaine
neutralité. Il est alors possible de parcourir cette structure, en
fonction du but final des Recherches logiques, celle d'une
élucidation phénoménologique de la connaissance, en suivant ainsi
pas-à-pas, les différents degrés des actes dans lesquels cette
connaissance s'édifie.
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