Varia

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22 juillet 2007

Citation

Il est donc établie par tout cela que nous ne nous efforçons à rien, ne voulons, n'appétons ni ne désirons aucune chose, parce que nous la jugeons bonne ; mais au contraire, nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons.

Spinoza, Éthique, Troisième partie, Proposition IX, Scolie.

12 juin 2006

Sujets de philosophie du baccalauréat 2006

Séries générales

Série L

  • N'avons-nous de devoirs qu'envers autrui ?
  • Cela a-t-il un sens de vouloir échapper au temps ?
  • Expliquer le texte suivant :

    Celui qui se nourrit des glands qu'il a ramassés sous un chêne, ou des pommes qu'il a cueillies aux arbres d'un bois, se les est certainement appropriés. Personne ne peut nier que ces aliments soient à lui. Je demande donc : Quand est-ce que ces choses commencent à être à lui ? Lorsqu'il les a digérées, ou lorsqu'il les a mangées, ou lorsqu'il les a fait bouillir, ou lorsqu'il les a rapportées chez lui, ou lorsqu'il les a ramassées ? Il est clair que si le fait, qui vient le premier, de les avoir cueillies ne les a pas rendues siennes, rien d'autre ne le pourrait. Ce travail a établi une distinction entre ces choses et ce qui est commun ; il leur a ajouté quelque chose de plus que ce que la nature, la mère commune de tous, y a mis ; et, par là, ils sont devenus sa propriété privée. Quelqu'un dira-t-il qu'il n'avait aucun droit sur ces glands et sur ces pommes qu'il s'est appropriés de la sorte, parce qu'il n'avait pas le consentement de toute l'humanité pour les faire siens ? Était-ce un vol, de prendre ainsi pour soi ce qui appartenait à tous en commun ? Si un consentement de ce genre avait été nécessaire, les hommes seraient morts de faim en dépit de l'abondance des choses […]. Nous voyons que sur les terres communes, qui le demeurent par convention, c'est le fait de prendre une partie de ce qui est commun et de l'arracher à l'état où la laisse la nature qui est au commencement de la propriété, sans laquelle ces terres communes ne servent à rien. Et le fait qu'on se saisisse de ceci ou de cela ne dépend pas du consentement explicite de tous. Ainsi, l'herbe que mon cheval a mangée, la tourbe qu'a coupée mon serviteur et le minerai que j'ai déterré, dans tous les lieux où j'y ai un droit en commun avec d'autres, deviennent ma propriété, sans que soit nécessaire la cession ou le consentement de qui que ce soit. Le travail, qui était le mien, d'arracher ces choses de l'état de possessions communes où elles étaient, y a fixé ma propriété.

    John Locke, Second traité du gouvernement civil.

Série ES

  • Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?
  • Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ?
  • Expliquer le texte suivant :

    On serait tenté d'expliquer toute l'organisation sociale par le besoin de manger et de se vêtir, l'Économique dominant et expliquant alors tout le reste ; seulement il est probable que le besoin d'organisation est antérieur au besoin de manger. On connaît des peuplades heureuses qui n'ont point besoin de vêtements et cueillent leur nourriture en étendant la main ; or elles ont des rois, des prêtres, des institutions, des lois, une police ; j'en conclus que l'homme est citoyen par nature.

    J'en conclus autre chose, c'est que l'Économique n'est pas le premier des besoins. Le sommeil est bien plus tyrannique que la faim. On conçoit un état où l'homme se nourrirait sans peine ; mais rien ne le dispensera de dormir, si fort et si audacieux qu'il soit, il sera sans perceptions, et par conséquent sans défense, pendant le tiers de sa vie à peu près. Il est donc probable que ses premières inquiétudes lui vinrent de ce besoin-là ; il organisa le sommeil et la veille : les uns montèrent la garde pendant que les autres dormaient ; telle fut la première esquisse de la cité. La cité fut militaire avant d'être économique. Je crois que la Société est fille de la peur, et non pas de la faim. Bien mieux, je dirais que le premier effet de la faim a dû être de disperser les hommes plutôt que de les rassembler, tous allant chercher leur nourriture justement dans les régions les moins explorées. Seulement, tandis que le désir les dispersait, la peur les rassemblait. Le matin, ils sentaient la faim et devenaient anarchistes. Mais le soir ils sentaient la fatigue et la peur, et ils aimaient les lois.

    Alain, Propos sur les pouvoirs.

Série S

  • Peut-on juger objectivement la valeur d'une culture ?
  • L'expérience peut-elle démontrer quelque chose ?
  • Expliquez le texte suivant :

    En s'écartant, même sans le vouloir, de la vérité, on contribue beaucoup à diminuer la confiance que peut inspirer la parole humaine, et cette confiance est le fondement principal de notre bien-être social actuel ; disons même qu'il ne peut rien y avoir qui entrave davantage les progrès de la civilisation, de la vertu, de toutes les choses dont le bonheur humain dépend pour la plus large part, que l'insuffisante solidité d'une telle confiance. C'est pourquoi, nous le sentons bien, la violation, en vue d'un avantage présent, d'une règle dont l'intérêt est tellement supérieur n'est pas une solution ; c'est pourquoi celui qui, pour sa commodité personnelle ou celle d'autres individus, accomplit, sans y être forcé, un acte capable d'influer sur la confiance réciproque que les hommes peuvent accorder à leur parole, les privant ainsi du bien que représente l'accroissement de cette confiance, et leur infligeant le mal que représente son affaiblissement, se comporte comme l'un de leurs pires ennemis. Cependant c'est un fait reconnu par tous les moralistes que cette règle même, aussi sacrée qu'elle soit, peut comporter des exceptions : ainsi — et c'est la principale — dans le cas où, pour préserver quelqu'un (et surtout un autre que soi-même) d'un grand malheur immérité, il faudrait dissimuler un fait (par exemple une information à un malfaiteur ou de mauvaises nouvelles à une personne dangereusement malade) et qu'on ne pût le faire qu'en niant le fait. Mais pour que l'exception ne soit pas élargie plus qu'il n'en est besoin et affaiblisse le moins possible la confiance en matière de véracité, il faut savoir la reconnaître et, si possible, en marquer les limites.

    John Stuart Mill, L'Utilitarisme.

Bac technologique

Toutes séries hors STI Arts appliqués

  • Quel besoin avons-nous de chercher la vérité ?
  • L'intérêt de l'histoire, est-ce d'abord de lutter contre l'oubli ?
  • Expliquez le texte suivant :

    Puisque le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun pense être seul à tout savoir et qu'il est impossible que tous donnent la même opinion et parlent d'une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l'individu n'avait renoncé à son droit d'agir suivant le seul décret de sa pensée. C'est donc seulement au droit d'agir par son propre décret qu'il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger ; par suite nul à la vérité ne peut, sans danger pour le droit du souverain (1), agir contre son décret, mais il peut avec une entière liberté donner son opinion et juger et en conséquence aussi parler, pourvu qu'il n'aille pas au delà de la simple parole ou de l'enseignement, et qu'il défende son opinion par la Raison seule, non par la ruse, la colère ou la haine, ni dans l'intention de changer quoi que ce soit dans l'État de l'autorité de son propre décret.

    Spinoza.

    (1) Souverain : autorité individuelle ou collective à qui seule « il appartient de faire des lois » (selon Spinoza).

    Questions :

    1. Dégagez la thèse du texte et précisez les étapes de son raisonnement.
    2. Expliquez :
      • peut avec une entière liberté donner son opinion et juger et en conséquence aussi parler (lignes 7 et 8).
      • ni dans l'intention de changer quoi que ce soit dans l'État de l'autorité de son propre décret (lignes 10 et 11)
    3. La liberté d'expression doit-elle être illimitée ?

Série STI Arts appliqués

  • L'expression c'est ma vérité a-t-elle un sens ?
  • Le sentiment de la justice est-il naturel ?
  • Expliquez le texte suivant :

    Veux-tu vaincre aux Jeux Olympiques ? Moi aussi, par tous les dieux ! car c'est une belle chose. Mais examine bien les tenants et les aboutissants et alors seulement mets-toi à l'œuvre. Il faut t'astreindre à une discipline, à un régime, t'abstenir de friandises, te soumettre à des exercices, à heure fixe, par la chaleur et par le froid, ne pas boire d'eau froide, ni de vin à ta fantaisie, bref, t'abandonner à ton entraîneur comme à un médecin. Au moment des épreuves il faudra te frotter de poussière (1) ; il peut aussi t'arriver d'avoir le bras démis, le pied tordu, d'avaler beaucoup de poussière, parfois même de recevoir le fouet, et après tout cela, d'être vaincu.

    Avoir avoir tout envisagé, si tu es encore décidé, travaille à devenir athlète. Sinon tu feras comme les enfants qui changent constamment, jouent tantôt au lutteur, tantôt au gladiateur, puis sonnent de la trompette, puis jouent la tragédie. Et toi aussi, tour à tour athlète, gladiateur, orateur, philosophe, tu ne mets ton âme en rien. Comme un singe, tu imites tout ce que tu vois et chaque chose successivement te plaît. C'est que tu es engagé sans réfléchir, tu n'as pas fait le tour de la question, mais tu vas au hasard, sans ardeur dans ton choix.

    Épictète.

    (1) après s'être frottés d'huile, les lutteurs se jetaient de la poussière pour faciliter les prises.

    Questions :

    1. Comment le texte est-il construit ? Dégagez sa thèse.
      • En quoi l'exemple du premier paragraphe éclaire-t-il ce que c'est que vouloir ?
      • Expliquez : tu ne mets ton âme en rien.
      • Expliquez : C'est que tu t'es engagé sans réfléchir, […] tu vas au hasard, sans ardeur dans ton choix
    2. S'engager, est-ce renoncer à sa liberté ?

16 décembre 2005

Commentaires de Spinoza

Spinoza selon le coeur (fichier Real Audio), fin d'une série de trois émissions.

5 octobre 2005

Multitudes N°22

Le numéro 22 de la revue Multitudes est disponible en librairie :

Pour sa 22ème livraison, la revue Multitudes trace une diagonale entre les mouvements de fond qui travaillent nos gestes et nos devenirs politiques en ce début de troisième millénaire. Ce numéro entre ainsi en dialogue avec les auteurs, les pensées et les concepts qui contribuent le mieux à définir notre présent : Foucault, Spinoza, Rancière, Negri, Althusser, Peter Weibel, la French Theory, le pragmatisme de l’expérimentation, la démocratie radicale, la résistance à la logique de guerre de la croisade anti-terroriste, la créolisation de nos êtres et de nos expériences.

Multitudes 22, Automne 2005

4 juin 2005

Agrégation de philosophie 2006

Le programme des concours de l'agrégation externe et interne de philosophie a été publié au Bulletin officiel n° 5 du 19 mai 2005.

Lire la suite...

1 janvier 2005

Au lit avec Spinoza...,

malade, à se répéter cette phrase de l'Éthique :

L'amour n'est autre chose qu'une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure.

Spinoza, Éthique.

Je m'étais trompé il y un an, il faut se laisser aller aux passions joyeuses.

Bonne année 2005.

3 novembre 2003

Grammaire de la multitude

Notes sur l'avant-propos du livre de Paolo Virno, Grammaire de la multitude, sous-titré Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Les expressions grammaire et formes de vies semblent faire référence aux jeux de langage de Wittgenstein.

Je partage la thèse de l'auteur selon laquelle

la catégorie de la multitude [...] aide à comprendre un certain nombre de comportements sociaux contemporains.

thèse que j'admettrais sans avancer des raisons pour la justifier (cela fera l'objet d'une autre entrée). On peut préciser cette thèse :

Toute une gamme de phénomènes importants — jeux de langage, formes de vie, propensions éthiques, caractères saillants de la production matérielle actuelle — s'avère peu compréhensible, voire complètement incompréhensible, si ce n'est à partir de la manière d'être du Nombre.

Il existe toutefois des manières plus simples et surtout plus compréhensibles que de renvoyer à une manière d'être du Nombre (avec une majuscule, excusez du peu).

On retiendra que le concept de multitude est un concept politique qui s'est constitué par rapport à et contre le concept de peuple. On trouvera chez Hobbes et chez Spinoza des analyses concernant cette constitution. Grossièrement, on peut dire que la multitude est une collection d'individus qui ne forme pas — et ne formera jamais — une unité : il s'agit d'un tas ou d'un agrégat d'individus.

Virno examine ensuite rapidement ce concept de la multitude dans la pensée libérale et dans la pensée démocratico-socialiste (il faut que je précise les caractéristiques de ces deux traditions, Virno ne le faisant pas). La première utilise le terme de multitude comme synonyme de privé qu'elle oppose au public :

« Privé », cela ne veut pas dire seulement quelque chose de personnel, qui appartient à l'intériorité d'un tel ou un tel ; privé signifie aussi dépourvu : dépourvu de voix, dépourvu de présence publique. Dans la pensée libérale, la multitude survit comme dimension privée.

La seconde utilise, elle, le couple collectif-individuel, ce dernier étant synonyme de multitude. Pour Virno, ces distinctions sont aujourd'hui brouillées et elles ne conviennent plus : il devient de plus en plus difficile de tracer des frontières entre des expériences publiques (ou collectives) et des expériences privées (ou individuelles). Mais il n'explique pas pourquoi c'est le cas, c'est-à-dire que je ne trouve pas d'arguments sur ce que je pressens de façon si vague. Malgré cela, je ne peux que partager son constat

qu'une réflexion actuelle sur la catégorie de multitude ne souffre ni simplifications effrénées ni raccourcis désinvoltes, mais doit affronter des problèmes ardus : en particulier le problème logique (qui est à reformuler et non à déliter) de la relation Un/Multiple

bien que le passage entre parenthèse n'ait aucun sens : qu'est-ce qu'un problème logique qu'il ne faut pas déliter ? Comprenne qui pourra. C'est dommage parce que l'ouvrage semble tracer un certains nombres de pistes intéressantes, mais elles sont rapidement gommées par ces façons de parler.

L'auteur va développer ses analyses autour de trois thèmes :

  1. la peur et la recherche de la sécurité ;
  2. la tripartition aristotélicienne de l'expérience humaine en travail, politique et pensée, reprise par Arendt ;
  3. la subjectivité de la multitude à travers le principe d'individuation et l'analyse de la vie quotidienne (en passant par Heidegger ! alors que la critique d'une telle vie doit nécessairement tenir compte des analyses de Lefebvre et de Debord).

22 avril 2003

Nouvelles d'un jour normal

En février, j'ai participé au sixième séminaire interacadémique de Paimpont. C'est la première fois où l'on nous considérait comme des producteurs de philosophie et non comme des consommateurs. Trois jours d'exposés (on dormait sur place) autour du thème Normes et expérience.

Bruno Gnassounou a fait un exposé sur La règle et la coutume dans le débat Hart-Dworkin très intéressant. Un autre exposé que j'ai trouvé lumineux est celui d'Aurélien Berlan intitulé Critique sociale et critique culturelle, dans lequel il distingue deux choses :

  1. la critique sociale : elle concerne la justice et entend dénoncer les injustices (gagnant-perdant). Elle traite de mes rapports à l'autre et des restrictions que sa présence implique pour mes actions (point de vue moral).
  2. la critique culturelle : elle concerne le bien et entend dénoncer les pathologies, c'est-à-dire que c'est une dénonciation de maux comme déviance par rapport à une vie normale. Elle porte un diagnostic sur le monde vécu et traite de mes rapports à moi-même et à ma réalisation (point de vue éthique).

Bon, je schématise (il y a 11 pages, j'ai récupéré l'article), on pourrait dire que la distinction éthique - morale est artificielle (mais on a le même problème avec métaphysique et ontologie), ou si cette séparation est indispensable (comment concilier les deux ensuite ?), comment penser le rapport à la politique (entendue au sens large : « comment vivre ensemble ? »), etc.

Mais il me semble que le point le plus important est que les formes de pouvoir jouent sur la confusion de ces deux niveaux pour maintenir la peur, la honte et la culpabilité : je n'ai pas le droit d'être malheureux parce qu'il y a des gens, dans le monde, qui sont plus malheureux que moi, ou, si vous n'êtes pas content, il y a trente personnes qui sont prêtes à prendre votre place, etc. Je suis en train de creuser cela.

J'ai également eu cette année des conférences sur les sentiments et les émotions, et notamment un exposé de Pouivet Pourquoi pleure-t-on au cinéma ? qui m'a soufflé lorsqu'il a posé le problème philosophique : comment peut-on être ému en face de quelque chose qui n'existe pas ? Comment peut-on éprouver un sentiment pour une fiction, alors que nous savons très bien que c'est une fiction ? Je suis en train de creuser cela.

C'est en revenant de Rennes que j'ai pété ma boite de vitesse et perdu l'huile de la boîte sur la route. Le gros panache de fumée blanche, consécutif au suintement de l'huile sur le pot d'échappement, m'a permi d'avoir de nombreuses relations sociales avec mes congénères automobilistes (aux nombreux gestes simulants une cigarette fumée, je répondais par un petit geste amical).

Mon disque dur m'a laché il y a deux semaines : j'ai réussi à récupérer une partie de ce que j'avais écris, mais pas tout. Le mémoire est plutôt mal parti. Je travaille sur la théorie des touts et des parties, c'est-à-dire la méréologie (du grec méros, partie). C'est un truc de Husserl qui a été abandonné par tous les phénoménologues (sauf English), mais qui a été repris par la philosophie analytique.

La méréologie entend répondre à des questions ontologiques essentielles comme : ma jambe droite fait-elle partie de la Phrance ? Suis-je identique à mon histoire ? Du point de vue politique, ce n'est que très récemment que j'ai fait le lien avec la revue Multitudes, qui entend substituer au concept de peuple (Hobbes) celui de multitude (Spinoza) : elle correspond, en fait, à la distinction logique entre classe collective et classe distributive. C'est une revue influencée par la théorie de l'Empire développée par Hart et Négri (encore un vieux situationniste).

Depuis que je lis l'Éthique à Nicomaque, je vais beaucoup mieux.