Notes sur l'avant-propos du livre de Paolo
Virno, Grammaire de la
multitude, sous-titré Pour une analyse des
formes de vies contemporaines
. Les expressions grammaire
et formes de vies
semblent
faire référence aux jeux de langage de Wittgenstein.
Je partage la thèse de l'auteur selon laquelle
la catégorie de la multitude [...] aide à comprendre un
certain nombre de comportements sociaux contemporains.
thèse que j'admettrais sans avancer des raisons pour la justifier (cela
fera l'objet d'une autre entrée). On peut préciser cette thèse :
Toute une gamme de phénomènes importants — jeux de
langage, formes de vie, propensions éthiques, caractères saillants de la
production matérielle actuelle — s'avère peu compréhensible, voire
complètement incompréhensible, si ce n'est à partir de la manière d'être du
Nombre.
Il existe toutefois des manières plus simples et surtout plus
compréhensibles que de renvoyer à une manière d'être du
Nombre
(avec une majuscule, excusez du peu).
On retiendra que le concept de multitude est un concept
politique qui s'est constitué par rapport à et contre le concept de
peuple. On trouvera chez Hobbes et chez
Spinoza des analyses concernant cette constitution. Grossièrement, on peut
dire que la multitude est une collection d'individus qui ne forme pas
— et ne formera jamais — une unité : il s'agit d'un tas ou
d'un agrégat d'individus.
Virno examine ensuite rapidement ce concept de la multitude dans la
pensée libérale et dans la pensée démocratico-socialiste (il faut que je
précise les caractéristiques de ces deux traditions, Virno ne le faisant
pas). La première utilise le terme de multitude comme
synonyme de privé qu'elle oppose au
public :
« Privé », cela ne veut pas dire seulement
quelque chose de personnel, qui appartient à l'intériorité d'un tel ou un
tel ; privé signifie aussi dépourvu : dépourvu de voix, dépourvu
de présence publique. Dans la pensée libérale, la multitude survit comme
dimension privée.
La seconde utilise, elle, le couple
collectif-individuel, ce dernier étant
synonyme de multitude. Pour Virno, ces distinctions sont
aujourd'hui brouillées et elles ne conviennent plus : il devient de
plus en plus difficile de tracer des frontières entre des expériences
publiques (ou collectives) et des expériences privées (ou individuelles).
Mais il n'explique pas pourquoi c'est le cas, c'est-à-dire que je ne trouve
pas d'arguments sur ce que je pressens de façon si vague. Malgré cela, je ne
peux que partager son constat
qu'une réflexion actuelle sur la catégorie de multitude ne
souffre ni simplifications effrénées ni raccourcis désinvoltes, mais doit
affronter des problèmes ardus : en particulier le problème logique (qui
est à reformuler et non à déliter) de la relation Un/Multiple
bien que le passage entre parenthèse n'ait aucun sens : qu'est-ce
qu'un problème logique qu'il ne faut pas déliter ? Comprenne qui
pourra. C'est dommage parce que l'ouvrage semble tracer un certains nombres
de pistes intéressantes, mais elles sont rapidement gommées par
ces façons de parler.
L'auteur va développer ses analyses autour de trois thèmes :
- la peur et la recherche de la sécurité ;
- la tripartition aristotélicienne de l'expérience humaine en travail,
politique et pensée, reprise par Arendt ;
- la subjectivité de la multitude à travers le principe d'individuation et
l'analyse de la vie quotidienne (en passant par Heidegger ! alors que
la critique d'une telle vie doit nécessairement tenir
compte des analyses de Lefebvre et de Debord).