Le Naufrage du bateau ivre.

Mon gouffre s’emplit de silence, de chagrins, de mots retenus, de bruits sans écho.
Je ne veux pas que l’on prenne du temps, pour m’expliquer, je ne veux pas qu’on perde quelque chose pour tenter de me sauver, je ne veux plus rien prendre. A personne. Je fais partie de ces gens à qui il faut toujours prendre sur soi pour dire ces choses là. Pourtant, moi, je n’ai jamais eu à les dire (cela ne s’est jamais révélé utile). Je fais partie de cette masse d’individus sans clairvoyance, à qui il faut toujours dire des vérités (violentes à dire et à entendre) qu’ils sont incapables de saisir par eux-mêmes. Ou d’accepter…
Mais je veux aller au bout de ces peines, et les laisser me gangrener. Regarder en face, et la peine et les pierres, trouver ma place dans l’inconfort. Une espèce de survivance indestructible, même semi-cadavérique, est l’horizon de cet affrontement solitaire.
Je suis ma propre tempête, verbale et charnelle, j’en fais une ultime expérience, je l’éprouve et elle m’éprouve. J’ai quelquefois l’idée qu’une certaine paix se dessine dans ce chaos. La paix du naufragé, accroché à une méduse.

Chavirer.

Oui, c’est plutôt facile, de chavirer, de se laisser toucher, puis couler. De se faire sombrer. Les eaux profondes sont tellement enivrantes… Ecoeurement de la surface, de ses vagues, de cette nausée. Ici, aux ténèbres musicales, j’entends la vie, je la touche. Je n’en suis pas (je coule), mais je l’effleure. Se satisfaire du spectacle.

Commentaires

1. Le jeudi 8 novembre 2007, 13:13 par Jk

Je suis bien obligée d'ajouter quelque chose, puisque je viens de comprendre (je suis candide, aussi, malgré tout), qu'aimer était saisir, prendre.
Il n'y a là, pourtant, aucune contradiction : je dois dédaigner ce qu'on me "laisse", ce qu'on me "lâche" par compassion (je n'ose dire par pitié).
Ce n'est pas cela "prendre". Ca, c'est ronger les os.
Seul le meilleur, le plus fin, le plus précieux peut être dérobé. Le reste n'est qu'une consolation répugnante.

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