La réaction métaphysique au XXe siècle
21 novembre 2006
Le but de ce colloque est de proposer à la fois un panorama et un bilan des recherches nationales en cours sur la question de la métaphysique contemporaine. Si la grande critique de Kant s’est attaquée au vice de toute « tentative métaphysique », ce n’a pas été toujours sans ambiguïté ni malentendu, ce dont témoigne un retour très net à la métaphysique dans certains milieux intellectuels de la fin du XIXe et le XXe siècle. Qu’il s’agisse d’entreprises de fondation ou simplement de questionnements métaphysiques, une réaction s’est produite au niveau de la pensée. Elle a abouti à des courants devenus incontournables : l’idéalisme, la philosophie de la vie, la phénoménologie, l’herméneutique et l’existentialisme. Telles seront les philosophies qui animeront les interrogations de ce colloque.

Commentaires
Je me demande ce qu'ils entendent par : est-ce que l'existentialisme est incontournable aujourd'hui? Y a-t-il encore des existentialistes aujourd'hui? (Qui?) Ou est-il nécessaire pour chaque philosophe de se mettre au clair sur ce qu'il pense de l'existentialisme (i.e., de savoir pourquoi il ne l'adopte pas)? Ou est-il nécessaire pour chaque livre de philosophie (ou, au moins, de philosophie morale) de discuter l'existentialisme? Ou est-il nécessaire pour chaque philosophe d'avoir été existentialiste une fois dans sa jeunesse? Ou est-il nécessaire pour chaque philosophe aujourd'hui de connaître l'existentialisme? Pour ma part, je serais tenté de répondre à toutes ces questions (ce qui ne veut pas dire jeter Sartre à la poubelle, NB), mais je me demande surtout auxquelles ils répondraient !
Autre chose étonnante: qu'ils ne mentionnent pas les deux meilleurs métaphysiciens du XXe siècle, David K. Lewis et David Armstrong. Pourtant, je sais qu'il y a bien des gens qui les connaissent à Sherbrooke! Plus généralement, il est étrange de ne pas mentionner la philosophie analytique, qui a énormément développé la métaphysique - comme Varia en témoigne. Elle fait de la métaphysique tout comme on la faisait avant Kant (Dieu et ses preuves en moins).
(Non qu'elle "n'ait pas lu" Kant. En fait elle est d'une part issue de discussions de thèses métaphysiques de l'idéalisme absolu hégélien de Bradley (par ex, la réalité est l'absolu, et donc une, nécessaire, etc.), donc dans la filiation de discussions qui remontent à Kant, et d'autre part issue des réflexions de Frege sur l'impossibilité de soutenir l'idéalisme en mathématiques. En fait, les analytiques pensent simplement que les thèses de Kant sur l'impossibilité de la métaphysique sont fausses.)
Mais justement, c'est vrai que lorsqu'on lit des textes de Heidegger des années 20, c'est clairement métaphysique, et pourtant tellement différent de ce qu'on appelle la métaphysique aussi bien chez Aristote que chez Lewis. (La même remarque vaut pour la (les?)métaphysique(s) qui se fait(font) à Paris IV autour de J.L. Marion ou J.F. Courtine par rapport à celle qui se fait à Genève autour de K.Mulligan!)
Je suppose donc que le sujet réel du colloque est: que font ces philosophes qui à la fois considèrent comme un acquis la critique kantienne de la métaphysique, et font qqch qui ressemble très fortement à ce que cette critique interdit de faire?
Je suppose donc que le sujet réel du colloque est : que font ces philosophes qui à la fois considèrent comme un acquis la critique kantienne de la métaphysique, et font quelque chose qui ressemble très fortement à ce que cette critique interdit de faire ?
Joliment résumé ! J'avais d'abord pensé, en lisant le titre, qu'il s'agissait de la réaction de la philosophique analytique, celle que Nef a resitué dans son traité Qu'est-ce que la métaphysique ? (c'est bientôt Noël) et j'ai hurlé de rire avec le paragraphe final et ses courants incontournables, complètement anachroniques.
Comme l’écrit Julien Dutant, il est en effet bien étonnant (au fond cela n’est guère surprenant, le schisme entre deux traditions philosophiques est hélas un fait) que dans un colloque de métaphysique on ne parle ni d’Armstrong et ni de Lewis… Peut-il encore exister des liens entre cette recherche métaphysique qui inscrit la disparition de la métaphysique dans son programme et la métaphysique réelle et bien vivante qui continue de travailler à la caractérisation de la nature de la réalité, à essayer de dire comment les choses sont ? La métaphysique contemporaine vivante (et traditionnelle à la fois, car elle continue le travail initié par Aristote) insiste pour parler des choses comme elles sont réellement et non pas des choses comme elles peuvent seulement figurer dans les histoires que nous racontons à leur sujet. Les "courants incontournables" parleront-ils des choses ? Pour entendre parler des choses, on peut aussi ouvrir le dernier livre de Frédéric Nef "Les propriétés des choses".