Le métier ne se perd pas, mais c'est un métier qui doute profondément de son identité. Il y a aujourd'hui deux manières de l'exercer : on peut faire une édition de l'offre ou une édition de la demande. D'un côté, on trouve des éditeurs généralistes qui choisissent de continuer à privilégier l'offre. Mais aussi de petites maisons de littérature comme POL, Verticales, Minuit ou L'Olivier. Ce sont des éditeurs qui mettent tout au service de l'œuvre, de sa maturation, qui respectent le temps de l'écriture. C'est une édition où le risque est immense puisqu'elle fait le pari qu'il y aura des lecteurs qui se découvriront une fois le livre publié. De l'autre, il y a donc une édition de la demande. Elle a émergé ces dernières années et favorise la production d'ouvrages déjà portés par un public qui existe mais créé par un autre médium, le plus souvent la télévision. L'auteur sera alors choisi pour sa notoriété médiatique, pas pour sa créativité d'écriture. Et le marketing cherchera à vendre le plus vite possible ces ouvrages. L'idéal est que ces deux types de livres puissent coexister dans une même maison. Car un fort succès peut aider à supporter le lent démarrage d'un ouvrage de référence ou d'un roman singulier, lesquels, plus tard, viendront à leur échelle compenser le bouillon pris par les mémoires d'une présentatrice ou d'un patron du CAC 40. Cette péréquation au sein d'un même catalogue est essentielle pour la diversité du livre.

« Mille raisons de croire au métier d'éditeur »