Selon Latouche, le « pari de la décroissance (…) consiste à penser que l’attrait de l’utopie conviviale combiné au poids des contraintes au changement est susceptible de favoriser une ‘‘ décolonisation de l’imaginaire ’’ et de susciter suffisamment de ‘‘ comportement vertueux ’’ en faveur d’une solution raisonnable : la démocratie écologique » (Le Pari de la décroissance). Si, en fait de « contraintes au changement », on voit bien à quoi peuvent servir les décroissants – à relayer par leurs appels à l’autodiscipline la propagande pour le rationnement, afin que, par exemple, l’agriculture industrielle ne manque pas d’eau pour l’irrigation -, on discerne en revanche assez mal quel attrait pourrait exercer une « utopie » dont le « programme quasi électoral » fait une place au bonheur et au plaisir en proposant d’ « impulser la ‘‘ production ’’ de biens relationnels ». Certes on se méfierait de trop lyriques envolées sur les lendemains qui décroissent. On n’y est guère exposé lorsque ces besogneux, coiffés de leur bonnet de nuit, exposent avec un entrain d’animateur socioculturel leurs promesses de « joie de vivre » et de sérénité conviviale. Leurs pitoyables tentatives de mettre un peu de fantaisie dans leur austérité sont aussi inspirées que celles de Besset chantant les beautés du surréalisme à la manière d’un sous-préfet inaugurant une médiathèque René-Char à Lamotte-Beuvron. Le bonheur semble une idée si neuve pour ces gens, l’idée qu’ils s’en font paraît tellement conforme aux joies promises par un festin macrobiotique, qu’on ne peut que supposer qu’ils se font eux-mêmes mourir d’ennui ou que quelque casseur de pub leur en a fait la remarque. Ils s’emploient désormais, notamment dans leur revue « théorique » Entropia, à montrer qu’ils raffolent de l’art et de la poésie. On voit déjà l’affichette et les flyers (« Dimanche après-midi à la Maison des associations de Moulins-sur-Allier, de 15h30 à 17 heures, le club des poètes locaux et l’association des sculpteurs bretons se livreront à une amusante performance, suivie d’un goûter bio »).

(Source : La décroissance ? C'est l'administration du désastre et la soumission durable !)