Compte-rendu de Technologie de l’orgasme :

« Cependant Rachel Maines soutient que la production savante de l’orgasme n’est pas seulement la stimulation des femmes par les médecins, mais la définition de la sexualité féminine par les hommes : sous le regard médical elle lit le point de vue du groupe des hommes sur les femmes, en montrant comment cette pratique doit être mise en rapport avec les pathologies féminines, mais aussi avec le « modèle androcentrique de la sexualité » (p. 45) : la promotion de la pénétration vaginale, la valorisation de la jouissance partagée, la pathologisation d’une sexualité féminine qui ne trouverait pas de plaisir dans ce cadre. De ce point de vue, l’enjeu n’est pas tant la sexualité féminine que l’hétérosexualité : si les femmes se retrouvent dans le cabinet du médecin, ce n’est pas seulement qu’elles sont malades, c’est que leurs conjoints peinent à leur donner entière satisfaction. L’ouvrage montre bien que la dimension thérapeutique et l’émergence de l’hystérie signe la détermination d’une pathologie, mais aussi l’échec d’une érotique hétérosexuelle : le geste des médecins est bien une pratique érotique qui ne dit pas son nom, au risque de faire apparaître sa véritable fonction – suppléer à la sexualité conjugale. L’histoire des technologies de l’orgasme est celle d’une dénégation, qu’on peut lire dans le traité cité plus haut : celle de ce que Rachel Maines appelle la « mystique de la pénétration ». Le vibromasseur est un objet qui voile et qui dévoile les contradictions du modèle androcentrique de la sexualité en venant suppléer de manière implicite à l’impuissance masculine, par la prise en charge dans un cadre médical des ratés du cadre conjugal : la pathologisation de la sexualité féminine laisse ce dernier au dessus de tout soupçon. »