« Il y a dans cette urgence à réévaluer le problème social une façon pour Musil de rendre publique une prise de conscience personnelle : l’apolitisme est le luxe des élites sociales et le désintérêt pour le politique est motivé par l’aversion à l’égard de l’homme ordinaire et du commun. Or, Musil ne souhaite pas assumer un tel élitisme, mais bien faire comprendre l’apolitisme comme un pis-aller transitoire, comme une position de circonstances fondée sur l’aversion envers la société réelle et les institutions qui la gouvernent. Dans le même temps, Musil élabore une éthique axée sur la réalisation de soi, l’authenticité, la fidélité et l’accord avec soi-même, la conversion désintéressée du regard, l’amour et la réalisation d’un moi meilleur. Cette éthique, que l’on peut désigner comme le perfectionnisme moral de Musil, suppose un certain individualisme, matérialisé dans le roman par la fuite d’Ulrich hors du monde ordinaire, le retranchement à l’écart de la société. »

Robert Musil, un apolitisme de l’aversion

Qui n’a toujours pas lu Musil ?