L'ordre du politique
20 novembre 2010
« La sociologie de Marx, au moins sous sa forme prophétique, suppose la réduction de l’ordre politique à l’ordre économique, c’est-à-dire le dépérissement de l’État à partir du moment où s’imposent la propriété collective des instruments de production et la planification. Mais l’ordre de la politique est essentiellement irréductible à l’ordre de l’économie. Quel que soit le régime économique et social, le problème politique subsistera, parce qu’il consiste à déterminer qui gouverne, comment sont recrutés les gouvernants, comment est exercé le pouvoir, quelle est la relation de consentement ou de révolte entre les gouvernants et les gouvernés. L’ordre du politique est aussi essentiel et autonome que l’ordre de l’économie. Ces deux ordres sont en relations réciproques. La manière dont sont organisées la production et la répartition des ressources collectives influence la manière dont est résolu le problème de l’autorité, et inversement la manière dont est résolu le problème de l’autorité influence la manière dont est résolu le problème de la production et de la répartition des ressources. Ce qui est faux, c’est de penser qu’une certaine organisation de la production et de la répartition des ressources résolve automatiquement en le supprimant le problème du commandement. »
Raymond Aron, Karl Marx.

Commentaires
“Réduction de l’ordre politique à l’ordre économique ” ? Le communisme en a rêvé, le capitalisme l’a fait. Autrefois l’Eglise, aujourd’hui l’Entreprise (générique de l’Institution au pouvoir) veille sur nous ; autrefois nous avions à être sauvés, aujourd’hui à être employés. Etre employé, c’est là la nouvelle essence de l’homme, là qu’est aujourd’hui sa - dignité. Aujourd’hui c’est l’Entreprise qui nous éduque, assure l’enseignement où elle peut recruter, etc.
Alors peut-être est-il temps d’exiger un nouveau Concordat, séparation cette fois des pouvoirs de L’Entreprise et de ceux de l’Etat ? Car avec ce qui reste aujourd’hui du pouvoir politique, j’ai plutôt cette double impression : qu’il est à la solde de l’Entreprise et un discours pour masquer la mainmise de celle-ci sur les affaires humaines et son propre dépérissement.