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1 décembre 2008

Wildproject, une revue culturelle d'écologie

En proposant de revoir à la base notre conception de la nature et les fins ultimes de la civilisation, l’éthique environnementale et l’écologie profonde constituent, depuis trente ans, un petit laboratoire intellectuel pour le moins ambitieux.

Sous le coup de tonnerre des faits, les authentiques événements historiques arrivent parfois « à pas de colombes », disait Nietzsche. 2008 restera sans doute comme l’année de la plus grande crise économique depuis 1929, mais il est plaisant de rappeler que ce fut aussi l’année où la philosophie de l’écologie a fait son entrée dans l’un des pays les plus réfractaires à ce courant de pensée : la France.

Wildproject, Édito

Dans le prolongement du livre Éthique de l’environnement paru dans l’excellente collection Textes clés chez Vrin (merci pour cette collection !), on pourra lire dans la revue Wildproject un entretien avec Hacim, anthologiste de l’ouvrage précité ou un numéro sur Arne Næss.

16 novembre 2008

Relocalisation

Ce n’est pas en changeant nos consommations que nous pouvons construire une alternative, ni en faisant de la morale, mais en changeant notre mode de production qui détermine nos modes de consommation. L’alternative à la globalisation financière n’est pas une globalisation politique immédiate mais une reterritorialisation du tissus économique et de la démocratie. S’il faut améliorer les régulations internationales, l’alternative à la globalisation est ici et maintenant la relocalisation de l’économie, ce que j’appelle le développement local et humain mais qu’on peut appeler aussi le développement rural, ce qui n’est pas exclure les villes mais vouloir les déconcentrer, les décongestionner en s’écartant du modèle industriel.

Il faut bien comprendre qu’on ne peut attendre une alternative globale, un changement par le haut, non seulement parce que les conditions politiques en sont introuvables mais surtout parce qu’il faut changer de mode de production et pas seulement l’améliorer à la marge. La construction d’un nouveau mode de production ne peut être immédiat, réalisé sur ordre politique, mais doit être inévitablement lente et progressive, croissant et se développant au sein de l’ancien mode de production à partir d’initiatives locales. Ce n’est pas la seule raison. Si notre but est bien de réinsérer l’économie dans le social, ne pas dépendre de marchés financiers lointains mais pouvoir organiser sa vie, c’est une économie territorialisée qu’il faut reconstituer, municipalisée ou régionalisée comme autrefois on nationalisait. L’économie plurielle doit refaire coexister économie publique et privée. La nation n’est plus le niveau pertinent d’organisation économique, un même pays abrite des régions défavorisées et des “régions qui gagnent”. Pour éviter une “délocalisation” d’une région à l’autre il faut s’ancrer dans un territoire régional. Loin d’être une utopie le développement local est déjà la source principale de richesses. Il faut en faire une véritable alternative à la globalisation marchande et au capitalisme qui commence pour Braudel avec l’éloignement des financiers, leur déterritorialisation. Ce que nous devons construire, c’est une économie insérée dans son environnement, à taille humaine et constituée de rapports de face à face, une économie du territoire et donc une économie rurale. Ces alternatives locales ne viendront pas d’ailleurs, c’est à nous de les inventer maintenant. Les difficultés à vaincre sont locales.

Jean Zin, Alternatives locales à la globalisation marchande

11 novembre 2008

Irréversibilité

Honnêtement, je suis très pessimiste… Sur les CFC, on voit bien que l’arrêt de leur utilisation a permis de réduire le trou dans la couche d’ozone, mais en ce qui concerne la crise climatique, on sait que même si on stabilisait aujourd’hui les émissions de CO2, ce gaz à effet de serre ne disparaîtrait pas pour autant. Il est là pour un moment…

Il est difficile de dire si on a dépassé les limites, mais il est évident qu’on va subir un réchauffement : on prévoit d’ici la fin du siècle un bond climatique qui pourrait être équivalent à celui que la planète a franchi en dix mille ans pour passer de l’âge glaciaire à l’holocène ! Et je ne vois pas que l’homme ait actuellement les moyens d’inverser la tendance.

Entretien avec Claude Lorius

Un pessimisme qui rejoint le dernier livre de Riesel & Semprun.

1 avril 2008

La philosophie écologique

L’habile slogan de la LCR – « nos vies valent plus que leurs profits » – est tout-à-fait symptomatique de cette confusion. Par une classique manœuvre d’attrape-tout, reposant qui plus est sur une ambiguïté sémantique (la vie de l’individu, la vie au sens large et biologique du terme), on met dans le même paquet lutte contre le capitalisme accapareur au nom du droit à consommer, et lutte contre le capitalisme destructeur au nom de la sauvegarde de la planète – confere les déclarations de Besancenot sur son parti qui serait à la fois anticapitaliste, altermondialiste, féministe et écologiste. Mais au-delà de ces beaux mots, on peine à comprendre au nom de quoi le travailleur, frappé avant tout par la désespérance sociale, aurait à se sacrifier pour éviter des conséquences à long terme dont il ne sera peut-être même pas témoin, ou qui ne changeront pas grand-chose à la misère dans laquelle il se démène, et à laquelle le discours d’extrême gauche le ramène principalement.

Romain Pigenel, Pour une république environnementale

L'auteur fait allusion dans la suite de ce texte à un article du philosophe norvégien Arne Naess, « Le mouvement d'écologie superficielle et le mouvement d'écologie profonde de longue portée. Une présentation. »[1] qui pose les fondations de l'écologie profonde (deep ecology) par opposition à l'écologie superficielle. Cet article est disponible dans l'excellente anthologie Vrin consacrée à l'Éthique de l'environnement.

Notes

[1] Inquiry, 16 (1973), pp.95-100.

1 mars 2008

Éthique de l'environnement

Couverture du livre « Éthique de l'environnement ». Y a-t-il un sens à vouloir étendre le champ de considération morale aux êtres vivants, aux plantes, voire à l’ensemble des écosystèmes qui composent notre environnement naturel ? Peut-on rendre responsable de la crise écologique actuelle le système de valeur anthropocentriste selon lequel l’homme est la mesure de toute chose ? Sur le fondement de quelles normes morales convient-il de restreindre la classe des actions permises à l’égard de la nature ? Telles sont les questions auxquelles les acteurs de l’éthique environnementale s’efforcent de répondre depuis une trentaine d’années. Ce volume entreprend de donner un accès à quelques-uns des travaux les plus importants accomplis dans ce domaine, en proposant tout d’abord une sélection des textes fondateurs, puis en livrant les pièces du débat qui a opposé les partisans du biocentrisme à ceux de l’écocentrisme, et enfin en présentant les arguments du pragmatisme écologique, du pluralisme moral, ainsi que la question de la préservation de la nature, sauvegardée, restaurée ou incarcérée.

Éthique de l'environnement, Vrin.

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