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16 janvier 2010

Brentano, un philosophe méconnu

La réédition de la Psychologie du point de vue empirique de Brentano signe-t-elle le renouveau des études brentaniennes en France ? Voilà une recension qui nous donne l’occasion de relire Exactitude et bavardage (fichier PDF) de Kevin Mulligan.

Psychologie du point de vue empirique« Parmi le groupe des “Autrichiens adoptifs volontaires” dont j’ai dessiné les contours, et qui est très majoritairement d’obédience analytique, c’est sans doute sous la plume et dans la langue acérées de Mulligan, dans le registre de la polémique froide, que se sont trouvées le mieux exposées les raisons de la restauration contemporaine de l’ascendant de Brentano. Mulligan et ses compères voient dans le style intellectuel de Brentano les motifs de ce que doit être une philosophie saine, et le remède à la décadence (et au décadentisme) qui affecte à leurs yeux une bonne partie de la philosophie continentale et américaine contemporaine : haine du Geschwätz, du bavardage et de la fioriture, culte de la définition claire, de la rigueur argumentative, de la Gerechtichkeit noétique, pratique systématique de la description, avant que Wittgenstein ne renforce cet exigence en philosophie, recours à une méthode inductive conforme à celle des sciences de la nature, parcimonie formelle et goût pour les “méthodes de pensée abrégées” (c’est une expression et un jugement d’Ehrenfels). Le combat frontal que mena Brentano dans sa jeunesse contre l’hégémonie schellingienne, le courage intellectuel et moral avec lequel il résista au dogme moderne de l’infaillibilité papale, pour des raisons internes à la dogmatique catholique, au risque de la rupture avec sa famille, avec sa mère, et surtout avec son cousin et disciple Georg vont Hertling, prêtre comme lui, et qui finit par devenir Chancelier du Reich, le courage moral et l’honnêteté qu’il montra au cours d’une crise religieuse ensuite marquée par l’abandon du sacerdoce, et dont il s’efforça de protéger son disciple Anton Marty qui s’était engagé comme lui dans le difficile exercice conjoint du sacerdoce catholique et de la philosophie, par le choix du mariage, avec une juive de surcroît, qui greva irrémédiablement et scandaleusement sa carrière (un épisode qui fait anecdotiquement tomber le masque, abusivement enluminé de nos jours, du libéralisme intellectuel de l’Empire des Habsbourg) et qui s’acheva en 1879 par la rupture formelle avec le catholicisme, la cécité qui le contraignit à la dictée au tournant de siècle, complètent le tableau et ont largement donné matière à redorer ou à dorer la légende de Brentano. »

Brentano, “superprofessionel de la philosophie”

22 avril 2008

Sur l'analogie entre théorie et pratique chez Brentano

« Les pages qui suivent sont consacrées à un certain problème qui est au fondement de l’éthique de Franz Brentano. Je tâcherai de clarifier et de problématiser l’idée brentanienne d’une analogie entre logique et éthique, entre correction logique et justice éthique, entre l’existant et le bien. Après en avoir dégager la signification générale, j’en indiquerai les conséquences les plus importantes sur l’éthique brentanienne dans son ensemble. Une première conséquence, que je commenterai en détail, est l’« objectivisme » éthique de Brentano, dont je montrerai qu’il n’est pas forcément synonyme de réalisme. Ensuite, j’expliquerai en quels termes Brentano s’efforce de transposer analogiquement à l’éthique sa théorie de la vérité-correspondance, y compris sa reformulation en termes d’évidence. Enfin, je donnerai quelques brèves indications sur l’influence marquée qu’a eue l’éthique brentanienne sur Husserl, en me limitant à la question de l’analogie logico-éthique.

Denis Seron, Sur l’analogie entre théorie et pratique chez Brentano, Bulletin d’Analyse Phénoménologique, Volume 4 (2008) Numéro 3 : Théorie et pratique (Actes n°1).

1 mars 2008

À l'école de Brentano

Couverture du livre collectif, « À l'école de Brentano ». Sont réunies dans cet ouvrage six études des principaux représentants de ce qu’il est convenu d’appeler « L’école de Brentano ». Les Souvenirs de Franz Brentano de Carl Stumpf et Edmund Husserl décrivent sa vie et son activité philosophique de ses débuts à Würzbourg jusqu’à son couronnement à Vienne. Les quatre autres études sont des contributions importantes des étudiants de Brentano à la philosophie. L’étude d’Ehrenfels, Sur les "qualités de forme", fondatrice de la psychologie de la forme, est aussi une référence incontournable pour Meinong, dont nous traduisons ici Sur les objets d’ordre supérieur et leur rapport à la perception interne, texte où il met en place les idées à la base de sa théorie de l’objet. La cinquième étude, Fonctions et formations de Twardowski, propose une analyse originale de la relation entre les actes (fonctions) et leurs contenus (formations). Enfin, Sur le rapport entre la grammaire et la logique d’Anton Marty, emblématique de la philosophie du langage brentanienne, vient clore cet ouvrage que nous avons introduit par Le legs de Brentano, une étude présentant les grandes lignes du programme philosophique de Brentano, la généalogie de son « école » ainsi que quelques-uns des débats suscités par les textes reproduits ici.

À l'école de Brentano - De Würzburg à Vienne, Vrin.

16 janvier 2007

Le Grand Schisme

pour la petite histoire, j'ai été « virée » de ma revue (je ne cite pas) à cause de « mes options en philo analytique ».

Je ne pensais pas avoir encore à lire ce type de commentaire en 2007, mais comme le précise François

le schisme entre deux traditions philosophiques est hélas un fait

Souvenirs, souvenirs

Je me souviens en 1991, lorsque, fraîchement débarqué de mon lycée, une partie du Morfeaux en tête (coucou Mme Marignac !), j'avais assisté à mon tout premier cours sur l'atomisme logique de Wittgentein et de Russell via une lecture du Tractatus, par Roger Pouivet à l'Université de Rennes 1. C'était la première fois que j'entendais le terme de philosophie analytique.

A l'époque, j'ai l'impression que l'existence de deux traditions philosophiques n'était pas si marquée que cela : il y avait plutôt un petit nombre de cours, qui contrastait avec l'ensemble des cours proposés, dans leurs façons technique (la découverte des p et des q) et exotique (nous allons examiner le traitement extentionnel de la modalité temporelle) d'aborder les textes.

Peut-être était-ce dû à l'inexistence de la littérature gallo-romaine : la Begriffsschrift de Frege ne sera traduite en français que neuf ans plus tard, les ouvrages de Pascal Engel, La norme du vrai, et de Michael Dummett, Les origines de la philosophie analytique, venaient de sortir ; quant aux masses, elles pouvaient se rabattre sur La philosophie analytique publié dans la collection Que sais-je ? par Jean-Gérard Rossi.

Je retrouve cette impression aujourd'hui lorsque je parcours la version francophone de Wikipédia : vous avez d'un côté un portail de philosophie et de l'autre un portail de philosophie analytique, sans que l'on sache très bien pourquoi cette distinction est faite, ni à quoi elle correspond (elle n'existe pas dans la version anglophone).

Joue contre joue

Puisque l'existence de deux sortes de traditions philosophiques semble aujourd'hui bien établie, qu'est-ce qui nous permet de les distinguer ? Je propose les cinq caractéristiques suivantes :

  1. le souci des problèmes
  2. l'importance de l'argumentation
  3. la prise au sérieux de la logique
  4. la sympathie pour la science
  5. l'anti-héroïsme

Je ne pense pas que ce soit là des caractéristiques extraordinaires ; c'est même le minimum que l'on est en droit d'attendre d'un philosophe ou d'une philosophie. À vrai dire, ces critères tracent moins une frontière entre une tradition dite analytique et une tradition dite continentale qu'entre bonne philosophie et mauvaise philosophie ou, pour le dire plus crûment, entre philosophie exacte et bavardage.

Si je devais esquisser un schéma de cette opposition, il ressemblerait à celui-là :

Les trois traditions

On dit que le temps vous emporte

Je me suis souvent défini de manière ironique sur ce carnet comme un phénoménologue tendance canal historique. C'est qu'on a souvent oublié cette troisième tradition autrichienne, on l'a même carrément occulté en France (remember Brentano ?). Ce n'est que très récemment, avec les travaux anglophones de Barry Smith, Kevin Mulligan et Peter Simons ou francophones de Jocelyn Benoist.

Quand Peter Simons réévalue la 3e Recherche logique de Husserl avec les outils de la logique formelle, est-ce de la philosophie analytique ? J'aurai plutôt tendance à penser que non, que cette question n'a peut-être même pas lieu de se poser et qu'il s'agit de philosophie tout simplement. Barry Smith a développé ce point dans son article Israel en expliquant que notre façon de tracer des divisions n'est peut être pas la bonne :

Certains conçoivent la philosophie comme divisée entre philosophie analytique et philosophie continentale. Comme l'a noté John Searle, c'est comme si vous conceviez les États-Unis comme divisés entre le business et l'état du Kansas.

Malheureusement, l'affirmation de Searle n'a pas reçu toute l'attention qu'elle mérite. Sa remarque pointe le fait que nous avons, dans chacun de ces cas, une étrange manière de diviser, en séparant un domaine pré-établi (États-Unis, Philosophie) en une partie définie, jusqu'à un certain degré, en termes spatiaux, tandis que l'autre l'est, toujours jusqu'à un certain degré, en termes de pratiques ou de caractéristiques qui ne sont pas, elles, directement spatiales.

Le texte qui suit est une théorie de telles divisions et une théorie des agglomérats (populations, mouvement, systèmes de croyances) qui sont sujets de ces divisions. Il offre une théorie ontologique générale du nous et des autres, du ici et du là-bas, du Moi, colonisateur hégémonique et de l'Autres, indigène colonisé.

Cette note a été écrite avec beaucoups d'arrières-pensées, en pensant à une amie qui m'est très chère.

Mise à jour du 21 janvier : au moment de mettre en ligne mes souvenirs d'ancien combattant, Julien a remarquablement détaillé dans son billet Analytique versus Continental, une mise au point ces histoires de traditions. Ma note n'en est que plus bancale.

12 mai 2006

Kant et la philosophie autrichienne

A l'occasion du colloque Kant et la philosophie autrichienne, organisé par la Société de Philosophie du Québec, je découvre le site Austrian-Philosophy :

Le but de ce site est de fournir des informations sur les figures et les mouvements intellectuels qui ont émergés de l'Empire austro-hongrois. Ce site s'intéresse particulièrement à la philosophie et à son histoire, mais vise également à fournir des informations à jour sur les événements actuels et à venir concernant la philosophie autrichienne, ainsi qu'à introduire et critiquer les livres plus ou moins récents à ce sujet.

Le site me semble un peu vide pour le moment, même si on y trouve deux portraits de Bolzano et de Brentano.

Pas de connection ce week-end, je suis aux Journées Japon à Languidic.

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