Signalons la parution de l’ouvrage de Gerald Cohen, Si tu es pour l’égalité, pourquoi es-tu si riche ? aux Éditions Hermann dans la collection l’Avocat du Diable. C’est la traduction des Gifford Lectures données en 1995-1996.

« Je suis profondément reconnaissant pour l’opportunité que m’offrent ces conférences de réfléchir à ma croyance en l’égalité, et aux diverses manières par lesquelles d’autres philosophes ont conçu à la fois la nature de l’égalité et le moyen de son avènement. Le contenu de ces conférences a été influencé par trois courants de pensée pour lesquels l’égalité sociale est, d’une certaine manière, en un sens moralement impérative : d’abord le marxisme classique, ensuite le libéralisme égalitaire tel qu’il se présente dans l’œuvre de John Rawls, et enfin la composante égalitaire du christianisme. Ces trois doctrines considèrent que l’égalité, sous une forme ou sous une autre, est la réponse à la question de la justice distributive – à savoir quelle distribution des coûts et des bénéfices dans la société est juste. Cependant, les compréhensions qu’elles ont de l’égalité se distinguent par les moyens envisagés pour y parvenir.

Pour les marxistes classiques (…) l’égalité est obtenue par l’histoire, et comme une conséquence de l’histoire. Les marxistes vivent dans la profonde conviction qu’il est nécessaire de mettre fin à des siècles d’exploitation et de lutte de classes pour parvenir à l’abondance matérielle qui fournira à chaque être humain l’entière possibilité de la réalisation de soi, dans une société où le libre développement de chacun sera la condition du libre développement de tous. Pour les rawlsiens, l’égalité ne s’obtient pas par la lutte de classes (couronnée par une future abondance) mais par la voie constitutionnelle. Des politiques démocratiques doivent établir des principes de nature égalitaire ou, plus précisément, des principes qui autorisent l’égalité, à moins que l’inégalité ne profite aux plus défavorisés de la société. Pour les chrétiens, les conceptions marxiste et rawlsienne sont erronées, dans la mesure où l’égalité ne requiert pas simplement l’histoire et l’abondance à laquelle elle conduit, ni simplement la politique, mais une révolution morale, une révolution dans l’âme humaine. »

Gerald Cohen, Si tu es pour l’égalité, pourquoi es-tu si riche ?, pp. 15-16.