Un savoir sur la vie quotidienne est-il possible ? Un élément de
réponse est fourni par le séminaire dirigé par Pierre Macherey intitulé La philosophie au sens
large. La première conférence datée du 29 septembre, Le quotidien,
objet philosophique ?, a été mis en ligne. Si je passe sur les
choses fausses comme la fin de la métaphysique ou de l'histoire ou de la
philosophie (il faut vraiment être français —ou lillois — pour y
croire encore) et les références obligées mais convenues (Heidegger et sa
vie quotidienne passionnante sous le Troisième Reich) ou surprenantes mais
agréable (Lefebvre et Debord), je retiens cette référence au livre d'un
auteur que je ne connais pas, Guillaume Le Blanc
qui a publié Les maladies de l'homme normal dont Macherey parle
en ces termes :
Par maladies (au pluriel) de l'homme normal, Guillaume Le
Blanc entend, non les ratés ou les accidents de la normalité, qui viennent
abruptement en rompre le cours usuel, mais l'ensemble des frustrations qui,
sur fond de mauvaise conscience, conditionnent en permanence une existence
d'homme normal, c'est-à-dire la masse des possibles qui ont dû être
sacrifiés pour que cette fin soit atteinte : devenir normal au
sens d'une existence socialement acceptée et reconnue ; car
l'absence de ces possibles hante de façon obsédante, quoique sous forme
diffuse, la constitution psychique de tout homme réputé normal, qui du reste
pourrait à tout moment cesser de l'être et ne peut manquer d'être d'une
manière ou d'une autre hanté par cette inévacuable éventualité.
Ce rapprochement avec Musil me frappe énormément. Je me retrouve
entièrement dans cette description de quelqu'un hanté par la masse des
possibles sacrifiés. Il va falloir que je me penche sur le cas de ce Le
Blanc.