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1 novembre 2010

Martha Nussbaum : émotions privées, espace public

La revue Raison Publique consacre son numéro 13 à Martha Nussbaum.

« Choisir d’aborder le travail de Martha Nussbaum par la question de l’articulation du public, du privé et des émotions est d’abord une manière de mettre en lumière l’originalité d’une œuvre qui s’inscrit à l’articulation de la philosophie politique et de la philosophie morale.

Les deux champs sont souvent abordés de manière distincte. Et il y a à cela une justification à la fois historique et philosophique : la philosophie politique s’est constituée, à partir des guerres de religion et de la naissance de la philosophie politique libérale, en réaction au fait du pluralisme des conceptions du bien. Pour maintenir un espace commun pacifié, l’effort s’est porté sur la constitution d’un consensus sur les principes politiques en dépit de la diversité des conceptions morales. D’un côté, on aurait donc le citoyen et une raison publique et politique, de l’autre, l’individu dont les convictions relèveraient du domaine privé et dépendraient de conceptions morales substantielles. Or, s’il y a effectivement de bonnes raisons de penser cette distinction entre l’homme et le citoyen, il est également problématique de considérer la distinction entre philosophie politique et philosophie morale de manière trop rigide. Si elle est conçue de manière trop stricte, cette distinction a pour effet de mettre hors champ des problèmes pourtant cruciaux. Comment mettre en place, par exemple, une critique sociale et un examen attentif des conditions de vie permises par une société, si l’on ne dispose pas d’une conception minimale de la vie bonne : autrement dit, si on ne laisse pas une place à une discussion de type moral ? Pour que les exigences politiques de justice aient du sens et une portée, il faut bien permettre que s’engage une discussion ayant pour objet de déterminer ce que sont l’aliénation ou l’épanouissement humains, une vie bonne et les conditions de sa possibilité. Le travail de Martha Nussbaum, notamment à travers la mise en place du concept de « capabilité », travaille précisément à comprendre quelle conception de l’homme et de la vie bonne doit appuyer la réflexion politique sur la justice. »

16 octobre 2010

Notae #4

Un seul article cette semaine.

Amartya Sen, Martha Nussbaum et l’idée de justice

« Pour contrecarrer cette conséquence qui n’est pas sans revêtir un aspect sacrificiel vis-à-vis de diverses catégories d’individus et en particulier à l’égard des handicapés ou des personnes fortement dépendantes – le paradoxe est que Rawls présente pourtant sa conception de la justice comme une alternative à l’utilitarisme dont le trait premier, et inacceptable, est précisément d’être de nature sacrificielle – les individus, selon Sen et Nussbaum, doivent être envisagés à partir de leurs « capacités » à mener une existence digne de ce nom ; capacités qui ne sont pas soumises à la condition d’être des sujets actifs et efficients de la coopération sociale.

Ce présupposé revêt une importance décisive dans leur critique de la conception de Rawls (et, en arrière plan, de la vision kantienne de l’homme, comme sujet autonome et rationnel, à laquelle celle-ci se rapporte explicitement). La capacité (capability) ou capabilité, selon l’anglicisme retenu en français (mais non dans les traductions espagnole et italienne), désigne « notre aptitude à réaliser diverses combinaisons de fonctionnements que nous pouvons comparer et juger les unes par rapport aux autres au regard de ce que nous avons des raisons de valoriser ». La capacité doit être distinguée autant de l’utilité que de l’avantage mutuel (i.e l’avantage de chacun en situation d’incertitude et de dépendance). Il convient cependant de noter que sur ce point les choses ne sont pas toujours très claires, car Sen introduit dans le même temps le critère de la comparaison publique des avantages ou des préférences. Un point sans doute technique mais décisif auquel sont consacrées de longues analyses, principalement en vu de surmonter le défi posé par le paradoxe d’Arrow (autrement appelé « l’impossibilité du libéral parétien »). »

De Martha Nussbaum, on ne trouvera que 2 livres traduits en français :

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