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20 novembre 2006

Philosophie politique

À suivre : deux carnets Web de philosophie politique :

  • EPIcentre - Études politiques internationales :

    Chez Antonio Negri, la critique du contractualisme politique, attaché à une conception transcendante du pouvoir, conduit à une dénonciation des catégories unifiées d’ « État » et de « société civile ». Ces catégories transcendantes sont dénoncées comme les fétiches d’une tentation totalisante de la pensée. Il sont le résultat d’une volonté ordonnatrice et unificatrice de la raison, et ils ne possèdent aucun degré de réalité. À ces catégories transcendantes, Negri oppose l’activité de résistance et d’innovation accomplie par la multitude, qui est la réalité plurielle et matérielle des corps dans le monde.

    Biopolitique (Negri, Foucault)

  • Conatus - Site philosophant

    Évoquer le cas des sociétés sans État risque de nous conduire à en faire une définition négative, ce que ne fait pas Clastres en choisissant délibérément le terme de « sociétés contre l'État ». De ce fait, la question devient autre : on ne qualifie ces sociétés différentes que par notre propre point de vue historiquement construit. Ce serait alors faire comme si ces sociétés avaient un point commun entre elles, or le seul point commun, c'est qu'elles ont longtemps été ignorées par l'occident. On ne devrait alors que se référer pour chacune qu'à une topologie plus qu'à une typologie.

    M1 / La société contre l'État : notes indicatives

1 août 2006

Biopouvoir et sécurité

(Tous les 6 mois, retrouvez sur ce carnet des notes de lectures sur Multitudes, de Hart et Negri).

Après avoir décrit les nouvelles formes de guerre, les auteurs poursuivent leurs analyses sur l'Indiscernabilité de la guerre et de la politique.

  • la guerre est devenue un absolu avec le développement technologique d'armes de destruction de masse et/ou de destruction totale : avec Auschwitz et Hiroshima, nous atteignons les limites de la guerre, la pure production de la mort.
  • Lorsque le génocide et l'arme nucléaire mettent en jeu la vie même, la guerre devient ontologique au sens le plus rigoureux du terme. (p. 34)

    (L'expression guerre ontologique ne veux rien dire : sans doute faut-il comprendre ici l'adjectif ontologique comme synonyme d'absolu ou de fondamental)

  • la guerre semble évoluer dans 2 directions :
    1. elle se réduit à l'action policière
    2. les technologie de destruction la portent à niveau absolu

      Ces 2 directions ne sont pas contradictoires entre elles : le fait que la guerre se réduise au travail de police n'annule pas mais, au contraire, confirme sa dimension ontologique (p.35)

  • Le biopouvoir détient le pouvoir sur la destruction massive de la vie, mais il peut prend aussi la forme de la violence individualisée :

    "Comment un homme s'assure-t-il de son pouvoir sur un autre, Winston ?" Winston réfléchit. "En le faisant souffir", répondit-il. "Exactement. En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas".

    Orwell, 1984.

  • La torture comme technique de contrôle.
  • pourtant, ni l'une ni l'autre ne doivent aboutir à la mort : Le pouvoir souverain ne vit lui-même qu'en préservant la vie de ses sujets, ou tout au moins leur capacité de produire et de consommer (p. 36)
  • passage d'une rhétorique de la défense à la sécurité : cette dernière brouille la distinction entre intérieur et extérieur, entre police et armée.
  • inversion de l'agencement traditionnel du pouvoir :
    1. le pouvoir de faire la guerre
    2. le pouvoir de contrôle politique
    3. le pouvoir administratif et disciplinaire
  • La guerre comme élément premier : La souveraineté impériale produit de l'ordre non pas en mettant un terme à la guerre de tous contre tous mais en proposant un régime d'administration disciplinaire et de contrôle politique directement fondé sur une action guerrière continue.
  • Paradoxe : la guerre en devenant fondement du politique doit toutefois produire de nouvelles formes juridiques, c'est-à-dire qu'elle crée son propre ordre juridique.
  • l'exemple de la fabrique de nations (nation building) (on pourra consulter là-dessus le bilan des États-Unis Lessons from the Past: The American Record on Nation-Building).
  • Ce programme politique présuppose que :
    • la nation est quelque chose de purement contignent ou d'accidentel
    • la nation est nécessaire comme éléments de l'ordre global et de la sécurité
  • Quelle différence avec le pouvoir constituant des guerres révolutionnaires ? La fabrique de nations n'est qu'une pâle imitation des processus des révolutions qui ont, eux, leurs racines dans la société : elle vient de l'extérieur et constitue seulement un changement de régime. Ce programme rapelle la division du globe par des puissances coloniales.

16 novembre 2005

L’empire, la guerre et la sécurité

Un entretien de Toni Negri sur le site de la revue Le Passant Ordinaire :

Le thème de la sécurité intérieure est présent dans presque tous les pays de l’Occident avancé ; il est le meilleur alibi, le prétexte le plus évident et le plus efficace du chantage que les élites dirigeantes ont instauré dans la crise qui les entoure. La soi-disant sécurité de la majorité est une sorte de fétiche qui masque en toute sécurité la corruption de quelques-uns.

5 octobre 2005

Multitudes N°22

Le numéro 22 de la revue Multitudes est disponible en librairie :

Pour sa 22ème livraison, la revue Multitudes trace une diagonale entre les mouvements de fond qui travaillent nos gestes et nos devenirs politiques en ce début de troisième millénaire. Ce numéro entre ainsi en dialogue avec les auteurs, les pensées et les concepts qui contribuent le mieux à définir notre présent : Foucault, Spinoza, Rancière, Negri, Althusser, Peter Weibel, la French Theory, le pragmatisme de l’expérimentation, la démocratie radicale, la résistance à la logique de guerre de la croisade anti-terroriste, la créolisation de nos êtres et de nos expériences.

Multitudes 22, Automne 2005

28 septembre 2005

Guerre

Intitulée Simplicissimus (du nom d'un personnage d'un classique de la littérature allemande), cette première partie s'attache à décrire la transformation contemporaine de la guerre. Selon les auteurs, nous assistons aujourd'hui à une modification de la nature de la guerre et de la violence politique, modification liée à cette nouvelle forme de souveraineté que représente l'Empire. Cette modification prend la forme de guerres civiles impériales :

Tandis que la conception traditionnelle du droit international fait de la guerre un conflit armé entre des entités politiques souveraines, la guerre civile est un conflit armé entre des combattants souverains ou non au sein d'un territoire soumis à une même autorité souveraine.

En ce sens, On ne peut se soustraire à l'état de guerre au sein de l'Empire, pas plus qu'il ne semble devoir toucher à sa fin et la violence meurtrière demeure une possibilité constante, toujours et partout prête à exploser.

Tout comme la « défenestration de Prague » le 23 mai 1618 inaugurait une nouvelle période de guerre, les attaques du 11 septembre 2001 rendent manifeste ce nouvel état global de guerre généralisée : l'état d'exception est devenu aujourd'hui permanent et généralisé.

Cette modification de la nature de la guerre peut s'appréhender à travers la notion d'exception, dans sa conception germanique et sa conception américaine.

  1. Dans la tradition juridique germanique, l'état d'exception désigne

    la suspension temporaire de la Constitution et de l'État de droit.

    On trouve l'origine de cette conception dans le mythe de Cincinnatus (voir ainsi Tite-Live, Histoire Romaine, Livre III).

    Elle repose sur un paradoxe : il existe certains cas dans lesquels la Constitution peut être suspendue pour être sauvegardée. (Voir l'article 16 de la Constitution française par exemple).

  2. Dans la tradition américaine, l'expression possède deux significations incompatibles entre elles :
    1. elle a tout d'abord un sens éthique, où la souveraineté étatsunienne est exempte de corruption : la vertu civique, le rôle des Etats-Unis dans la promotion de la démocratie et de la liberté, etc. (doctrine de l'exceptionnalisme) ;
    2. elle a ensuite un sens juridique, apparu plus récemment, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une exception par rapport au droit (traités internationaux non signés, etc.).

    La capacité des Etats-Unis à dominer l'ordre global fonde l'état d'exception actuel et cette domination est justifiée, dans le discours politique, en se servant de l'une pour l'autre.

L'intersection de ces deux conceptions de traditions différentes offre un premier aperçu des transformation contemporaines de la guerre.

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