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29 janvier 2010

J. D. Salinger

« Je faisais pas attention. Je pensais à quelque chose. Quelque chose de dingue. J’ai dit « Tu sais ce que je voudrais être ? Tu sais ce que je voudrais être si on me laissait choisir, bordel ? »
- Quoi ? Dis pas de grots mots.
- Tu connais la chanson “Si un cœur attrape un cœur qui vient à travers les seigles” ? Je voudrais…
- C’est “Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles”. C’est un poème de Robert Burns.
- Je le sais bien que c’est un poème de Robert Burns. » Remarquez, elle avait raison, c’est “Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles”. Depuis, j’ai vérifié.

Là j’ai dit : « Je croyais que c’était “Si un cœur attrape un cœur”. Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes - rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l’attrape-cœurs et tout. D’accord, c’est dingue, mais c’est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça. D’accord, c’est dingue. » »

Salinger est mort.

10 août 2006

Une extraordinaire lumière

Il avait des mains énormes : un ballon de basket tenait dans sa paume comme une balle de ping-pong dans la mienne, ce genre de proportion. Et un soir, il me la plaqua sur l'épaule — je crus que le plafond s'écroulait — et il me fit : Salinger ? Tu veux dire Jerome David ? Celui de L'Attrape-Cœurs ? J'acquiesçai. Nous étions assis sur la véranda, guettant un raton laveur, son ombre de géant et la mienne toute petite, la bestiole nous ayant déjà ravagé deux poubelles. Si tu veux, me dit-il, je vais l'appeler. Je vais l'appeler, okay ?

Philippe Djian, J. D. Salinger, une extraordinaire lumière.