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11 janvier 2007

La construction de la réalité sociale : introduction

Ce billet et les suivants constituent une lecture suivie de l'ouvrage La construction de la réalité sociale (abrégé en CRS par la suite) du philosophe américain Searle : je vais essayer de passer l'hiver avec cet ouvrage, disons au rythme de deux entrées par semaine. Ces notes seront regroupées sous le mot-clé ontologie sociale.

Pour qui a pu prendre du recul par rapport à ces fêtes de fin d'année, à ces repas, à ces cadeaux, à ces souhaits de bonne année, bref, à tout un ensemble de pratiques, une question obsédante se pose : comment tout ceci fonctionne-t-il ?

Le problème posé par Searle s'énonce plus clairement et plus simplement :

Comment peut-il y avoir un monde objectif d'argent, de propriétés foncières, de mariages, de gouvernements, d'élections, de matches de football, de soirée mondaines, et de cours de justice, dans un monde entièrement constitués de particules physiques dans des champs de force, et dans lequel certaines de ces particules s'organisent en des systèmes qui sont des animaux biologiques conscients, tels que nous ?

  • l'auteur a l'impression que cette question n'a pas été abordé chez les sociologues (Weber, Simmel, Durkheim)
  • il pense qu'ils n'avaient pas les instruments nécessaires que sont une théorie des actes de langage, des performatifs, d'intentionnalités, de l'intentionnalité collective, du comportement régi par des règles, etc.

Le livre est composé de neufs chapitres. Les cinq premiers développent une théorie générale de l'ontologie des faits sociaux et des institutions sociales, le sixième concerne la conception de l'Arrière-plan, le septième et le huitième discutent de la question du réalisme et le dernier défend la théorie correspondantiste de la vérité.

La construction de la réalité socialeLa table des matières détaillée :

  1. Les pierres de construction de la réalité sociale
    • Le fardeau métaphysique de la réalité sociale
    • La structure invisible de la réalité sociale
    • L'ontologie fondamentale
    • L'objectivité et notre conception contemporaine du monde
    • La distinction entre les caractéristiques intrinsèques du monde et les caractéristiques relatives à l'observateur
    • L'assignation de fonction
    • L'intentionnalité collective
    • Les règles constitutives et la distinction entre faits bruts et faits institutionnels
  2. Créer les faits institutionnels
  3. Le langage et la réalité sociale
  4. La théorie générale des faits institutionnels. Première partie : itération, interaction et structure logique
  5. La théorie générale des faits institutionnels. Deuxième partie : création, maintien et hiérarchie
  6. Les aptitudes d'Arrière-plan et l'explication des phénomènes sociaux
  7. Le monde réel existe-t-il ? Première partie : attaques contre le réalisme
  8. Le monde réel existe-t-il ? Deuxième partie : peut-on donner une preuve du réalisme externe ?
  9. Vérité et correspondance

J'aimerai me servir de cette note pour en créer de nouvelle sur d'autres notions gravitant autour de ce thème et je l'étofferai par la suite. Liens sur l'ontologie sociale (à compléter et à lire) :

21 février 2003

Critique sociale et critique culturelle

Introduction

Présentation de la distinction entre la critique sociale qui vise les injustices (déontologie) et la critique culturelle qui les pathologies (axiologie).

Point de départ : les divers discours critiques portent sur le monde social-culturel. Le social est généralement le lieu fourre-tout : culturel, politique, etc.

Critique de la modernité ou des temps présents. Tous ces discours critiquent-ils le même présent ?

Il y a trois éléments dans la critique :

  1. un objet critiqué ;
  2. un critère de la critique ;
  3. un sujet qui articule l'objet et le critère.

(1) concerne l'environnement social et culturel tandis que (2) pose la question : quelles sont les bases normatives du critère ? Critiquer le monde moderne est-ce toujours faire référence à l'injustice et à l'inégalité ? Non, car c'est plutôt de l'ordre du pathologique. Quelle est la vie normale, bonne, saine ? Voir Habermas et la grammaire des formes de vie.

Thèse défendue par l'auteur : il faut distinguer entre les deux modalités.

Pourquoi parler de critique ici, entre société et culture ? La critique culturelle est la Kultur Critik du début du siècle dernier (Nietzsche, Simmel, Luckacks, Freud, Musil, etc.). Quel est le point commun entre eux ? Ce qui est dénoncé, ce sont des maux comme déviance par rapport à une vie normale, c'est-à-dire que c'est un diagnostic qui est porté sur le monde vécu.

La structure des phénomènes critiques

distinctions : quantité (inégalité) versus qualité (mieux, moins bien, pire), extension versus répartition.

L'injustice : gagnant versus perdant. Ce n'est pas le cas dans le pathologique (= conditions de vie nuisible à chacun). Dans cette nuisance, qui est responsable ou coupable ici ? Alors que dans l'injustice, on peut trouver un responsable ou un coupable.

Il y aurait une double situation :

  1. situation relationnelle (l'injustice) : voir le cinquième livre de l'Éthique à Nicomaque d'Aristote.
  2. situation individuelle (la pathologie) : l'individu et la vie personnelle.

Pourquoi parler de pathologie sociale ? [...] Double situation individuelle : victime et médecin. Attention : c'est différent de bénéficiaire-victime dans la critique sociale.

Critique sociale = le juste.

Critique culturelle = le bien (valeur).

On arrive à la distinction éthique (choix de vie à mener, téléogie) et morale (devoir + norme, déontologie).

Critique sociale = éthique (le rapport à soi et à sa réalisation).

Critique culturelle = morale (le rapport à l'autre).

Ce sont deux approches différentes.

L'exemple de Robinson qui peut se donner une morale mais qui ne peut pas la suivre.

La société est le lieu du vivre-ensemble ; la culture est le lieu de la construction subjective.

Critique culturelle : mode de vie possible

Pourquoi les formes de vie sont-elles importantes ? Notre mode de vie détermine notre caractère ou notre personalité. Trois niveaux :

  1. condition de vie (éthos, puissance éthique chez Hegel)
  2. forme de vie
  3. personnalité concrète

Voir le § 145 de Principe de la philosophie du droit de Hegel.

Les caractéristiques sont central dans la Critique culturelle.

Quel est le critère de la critique ?

Il y aurait un certain idéal humain au nom de quoi on pourrait critiquer la vie actuelle.

Pathologie sociale = ce qui entrave le type humain d'un point de vue normal

Conclusion

Distinction analytique : on ne préjuge en rien de leur entrecroisement.

Voir Marx : exploitation (critique sociale) et aliénation (critique culturelle).

Les deux critiques pourraient être développé purement de tout élément de l'une et de l'autre.

Sur la critique sociale, voir Rawls ; sur la critique culturelle, voir Nietzsche.

Une expérience de pensée : une société entièrement juste mais avec des situations qui continueraient à être critiquable (tutélaire : assistanat). La médiocrité, l'uniformité.

Discussion

  • L'Utopie de More aurait règlé la question de la critique sociale.
  • La distinction éthique et morale est trop forte. Même si on peut s'appuyer dessus, il ne faut pourtant pas trop insister sur cette distinction. Voir les problèmes étymologique là-dessus. On retrouve le même problème avec ontologie et métaphysique.
  • La séparation est indispensable : comment concilier les deux par la suite ? Et comment penser le rapport à la politique ?