Varia

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1 janvier 2005

Au lit avec Spinoza...,

malade, à se répéter cette phrase de l'Éthique :

L'amour n'est autre chose qu'une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure.

Spinoza, Éthique.

Je m'étais trompé il y un an, il faut se laisser aller aux passions joyeuses.

Bonne année 2005.

3 novembre 2003

Grammaire de la multitude

Notes sur l'avant-propos du livre de Paolo Virno, Grammaire de la multitude, sous-titré Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Les expressions grammaire et formes de vies semblent faire référence aux jeux de langage de Wittgenstein.

Je partage la thèse de l'auteur selon laquelle

la catégorie de la multitude [...] aide à comprendre un certain nombre de comportements sociaux contemporains.

thèse que j'admettrais sans avancer des raisons pour la justifier (cela fera l'objet d'une autre entrée). On peut préciser cette thèse :

Toute une gamme de phénomènes importants — jeux de langage, formes de vie, propensions éthiques, caractères saillants de la production matérielle actuelle — s'avère peu compréhensible, voire complètement incompréhensible, si ce n'est à partir de la manière d'être du Nombre.

Il existe toutefois des manières plus simples et surtout plus compréhensibles que de renvoyer à une manière d'être du Nombre (avec une majuscule, excusez du peu).

On retiendra que le concept de multitude est un concept politique qui s'est constitué par rapport à et contre le concept de peuple. On trouvera chez Hobbes et chez Spinoza des analyses concernant cette constitution. Grossièrement, on peut dire que la multitude est une collection d'individus qui ne forme pas — et ne formera jamais — une unité : il s'agit d'un tas ou d'un agrégat d'individus.

Virno examine ensuite rapidement ce concept de la multitude dans la pensée libérale et dans la pensée démocratico-socialiste (il faut que je précise les caractéristiques de ces deux traditions, Virno ne le faisant pas). La première utilise le terme de multitude comme synonyme de privé qu'elle oppose au public :

« Privé », cela ne veut pas dire seulement quelque chose de personnel, qui appartient à l'intériorité d'un tel ou un tel ; privé signifie aussi dépourvu : dépourvu de voix, dépourvu de présence publique. Dans la pensée libérale, la multitude survit comme dimension privée.

La seconde utilise, elle, le couple collectif-individuel, ce dernier étant synonyme de multitude. Pour Virno, ces distinctions sont aujourd'hui brouillées et elles ne conviennent plus : il devient de plus en plus difficile de tracer des frontières entre des expériences publiques (ou collectives) et des expériences privées (ou individuelles). Mais il n'explique pas pourquoi c'est le cas, c'est-à-dire que je ne trouve pas d'arguments sur ce que je pressens de façon si vague. Malgré cela, je ne peux que partager son constat

qu'une réflexion actuelle sur la catégorie de multitude ne souffre ni simplifications effrénées ni raccourcis désinvoltes, mais doit affronter des problèmes ardus : en particulier le problème logique (qui est à reformuler et non à déliter) de la relation Un/Multiple

bien que le passage entre parenthèse n'ait aucun sens : qu'est-ce qu'un problème logique qu'il ne faut pas déliter ? Comprenne qui pourra. C'est dommage parce que l'ouvrage semble tracer un certains nombres de pistes intéressantes, mais elles sont rapidement gommées par ces façons de parler.

L'auteur va développer ses analyses autour de trois thèmes :

  1. la peur et la recherche de la sécurité ;
  2. la tripartition aristotélicienne de l'expérience humaine en travail, politique et pensée, reprise par Arendt ;
  3. la subjectivité de la multitude à travers le principe d'individuation et l'analyse de la vie quotidienne (en passant par Heidegger ! alors que la critique d'une telle vie doit nécessairement tenir compte des analyses de Lefebvre et de Debord).

22 avril 2003

Nouvelles d'un jour normal

En février, j'ai participé au sixième séminaire interacadémique de Paimpont. C'est la première fois où l'on nous considérait comme des producteurs de philosophie et non comme des consommateurs. Trois jours d'exposés (on dormait sur place) autour du thème Normes et expérience.

Bruno Gnassounou a fait un exposé sur La règle et la coutume dans le débat Hart-Dworkin très intéressant. Un autre exposé que j'ai trouvé lumineux est celui d'Aurélien Berlan intitulé Critique sociale et critique culturelle, dans lequel il distingue deux choses :

  1. la critique sociale : elle concerne la justice et entend dénoncer les injustices (gagnant-perdant). Elle traite de mes rapports à l'autre et des restrictions que sa présence implique pour mes actions (point de vue moral).
  2. la critique culturelle : elle concerne le bien et entend dénoncer les pathologies, c'est-à-dire que c'est une dénonciation de maux comme déviance par rapport à une vie normale. Elle porte un diagnostic sur le monde vécu et traite de mes rapports à moi-même et à ma réalisation (point de vue éthique).

Bon, je schématise (il y a 11 pages, j'ai récupéré l'article), on pourrait dire que la distinction éthique - morale est artificielle (mais on a le même problème avec métaphysique et ontologie), ou si cette séparation est indispensable (comment concilier les deux ensuite ?), comment penser le rapport à la politique (entendue au sens large : « comment vivre ensemble ? »), etc.

Mais il me semble que le point le plus important est que les formes de pouvoir jouent sur la confusion de ces deux niveaux pour maintenir la peur, la honte et la culpabilité : je n'ai pas le droit d'être malheureux parce qu'il y a des gens, dans le monde, qui sont plus malheureux que moi, ou, si vous n'êtes pas content, il y a trente personnes qui sont prêtes à prendre votre place, etc. Je suis en train de creuser cela.

J'ai également eu cette année des conférences sur les sentiments et les émotions, et notamment un exposé de Pouivet Pourquoi pleure-t-on au cinéma ? qui m'a soufflé lorsqu'il a posé le problème philosophique : comment peut-on être ému en face de quelque chose qui n'existe pas ? Comment peut-on éprouver un sentiment pour une fiction, alors que nous savons très bien que c'est une fiction ? Je suis en train de creuser cela.

C'est en revenant de Rennes que j'ai pété ma boite de vitesse et perdu l'huile de la boîte sur la route. Le gros panache de fumée blanche, consécutif au suintement de l'huile sur le pot d'échappement, m'a permi d'avoir de nombreuses relations sociales avec mes congénères automobilistes (aux nombreux gestes simulants une cigarette fumée, je répondais par un petit geste amical).

Mon disque dur m'a laché il y a deux semaines : j'ai réussi à récupérer une partie de ce que j'avais écris, mais pas tout. Le mémoire est plutôt mal parti. Je travaille sur la théorie des touts et des parties, c'est-à-dire la méréologie (du grec méros, partie). C'est un truc de Husserl qui a été abandonné par tous les phénoménologues (sauf English), mais qui a été repris par la philosophie analytique.

La méréologie entend répondre à des questions ontologiques essentielles comme : ma jambe droite fait-elle partie de la Phrance ? Suis-je identique à mon histoire ? Du point de vue politique, ce n'est que très récemment que j'ai fait le lien avec la revue Multitudes, qui entend substituer au concept de peuple (Hobbes) celui de multitude (Spinoza) : elle correspond, en fait, à la distinction logique entre classe collective et classe distributive. C'est une revue influencée par la théorie de l'Empire développée par Hart et Négri (encore un vieux situationniste).

Depuis que je lis l'Éthique à Nicomaque, je vais beaucoup mieux.

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