Varia

Mot-clé -

Fil des billets

3 mars 2007

Guy Carcassonne, La constitution

Couverture du livre de Guy Carcassonne, « La Constitution »

Ce régime est le dix-septième. Cette République est la Cinquième. Après avoir multiplié les essais, la France semble enfin avoir trouvé les institutions politiques politiques qu'elle cherchait, à la fois légitimes et efficaces.

Si nul n'est censé ignorer la loi, chacun doit connaître à plus forte raison la loi fondamentale, la Constitution.

Elle est ici située, dans l'histoire et la géographie, et surtout analysée article par article, de manière simple, claire et accessible à tous.

Loin des idées reçues, ce texte montre une Constitution plein de ressort, de ressources, de surprises. Une Constitution pleine de vie. Mais une démocratie qui gagnera à ce que tous les citoyens en connaissent les rouages.

Guy Carcassonne, La Constitution, Le Seuil.

Bertrand Russell, Éloge de l'oisiveté

Bertrand Russell, « Éloge de l'oisiveté ».

Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l’aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment

Bertrand Russell, Éloge de l'oisiveté, éditions Allia.

 

 

 

13 janvier 2007

Joëlle Proust, La nature de la volonté

Joëlle Proust, « La nature de la volonté ».

La volonté est une des notions les plus classiques de la philosophie. C'est désormais l'une des plus bouleversées.

Du fait des acquis des neurosciences, de la psychologie du développement et de la philosophie de l'esprit, les présupposés philosophiques ordinaires ne sont plus de mise – notamment que l'action humaine se distinguerait du comportement de l'animal parce qu'elle serait volontaire et qu'elle procéderait d'une intention libre, dégagée des déterminations naturelles.

Il n'est plus possible, aujourd'hui, de penser dans les termes du vieux dualisme : le corps ou l'esprit, l'état physiologique ou l'idée, l'explication causale ou l'intelligibilité rationnelle. La philosophie traditionnelle de la volonté choisissait l'esprit, aux dépens de l'approche objective. La physiologie de la vieille école choisissait le cerveau, en faisant de l'esprit une chambre d'enregistrement des mécanismes neurophysiologiques.

Comment concilier les données objectives de plus en plus fines sur les mécanismes de l'action et le savoir naturel de l'action qu'ont les agents ? Grâce à la notion de volition. La volition est l'événement par lequel l'agent « se met en mesure d'agir » en vue d'un résultat, interne ou externe. L'action complète, qui inclut ce changement du monde formant le but de l'action, est l'expansion causale de la volition.

Joëlle Proust, La nature de la volonté, Gallimard.

Jaegwon Kim, L'esprit dans un monde physique

Jaegwon Kim, L'esprit dans un monde physique

Comment, dans un monde fondamentalement physique, peut-il y avoir une place pour l’esprit ? Est-il possible que ces choses matérielles que sont nos cerveaux produisent nos pensées, qui semblent n’avoir ni masse, ni volume, bref aucun des attributs habituels de la matière ? Et nos pensées, elles-mêmes, comment peuvent-elles causer les mouvements de nos membres ?

Ces questions ont été posées par Descartes à l’aube de l’âge moderne, et aucun philosophe d’importance n’a pu se dispenser de les affronter. Or, elles n’ont jusqu’à présent reçu aucune réponse pleinement satisfaisante. Elles concernent pourtant des aspects tout à fait élémentaires de notre rapport au monde et à nous-mêmes. Le problème des relations entre le corps et l’esprit reste, encore aujourd’hui, profondément énigmatique.

Jaegwon Kim, L'esprit dans un monde physique, Syllepse.

En complément :

11 septembre 2006

LQR, la propagande au quotidien

Couverture du livre d'Éric Hazan, « LQR, La propagande au quotidien. »

Dans son ouvrage LQR, sous-titré La propagande au quotidien, Éric Hazan examine ce qu'il appelle la Lingua Quintae Respublicae (abrégé en LQR), autrement dit la langue de la Ve République.

Cette expression est un hommage à Victor Klemperer, l'auteur de LTI, la langue du IIIe Reich, carnets d'un philologue.

Bien sûr, une telle comparaison pourrait choquer et l'auteur s'en explique : il ne s'agit pas de soutenir que le régime de la Ve République française est identique au IIIe Reich allemand, mais de dégager les traits communs entre les deux langues.

Je conseille la lecture de cet ouvrage, même s'il souffre de 2 faiblesses :

  • comme l'auteur le reconnaît lui-même, la présentation de ces mots, ces tournures, ces procédés s'est construite principalement par associations d'idées ;
  • la volonté de présenter ces mots, ces tournures, ces procédés en fonction de leur emploi dans la propagande médiatique, politique et économique actuelle, tout en organisant le livre autour de chapitres qui n'ont rien à voir avec cet emploi, me semble nuire à cet objectif.

Ainsi sur l'origine de cette langue : si, comme le soutient l'auteur, elle résulte de l'influence croissante, à partir des années 1960, de deux groupes aujourd'hui omniprésents parmi les décideurs de la constellation libérale, les économistes et les publicitaires, il aurait peut être fallu examiner les emplois d'un même mot dans différents milieux, comme pour le terme sécurité, par exemple.

Quelques citations (les parenthèses renvoient à la pagination).

L'euphémisme

Sa double fonction :

  1. le contournement-évitement (ce que j'appelle plutôt exténuation), comme par exemple, les partenaires sociaux, la privatisation ou la gouvernance :

    Ernest-Antoine Seillière explique que la notion d'entrepreneur - qui désignait naguère un patron du bâtiment - s'est parfaitement enracinée pour essayer de se substituer à celle de chef d'entreprise (hiérarchique) et à celle de patron (qui est peu archaïque quand on l'associe à patronat). Il faut faire attention à la terminologie. Entreprendre, c'est positif, patron, c'est autoritaire, chef d'entreprise, c'est technologique. (p. 31)

  2. le masquage, comme par exemple, les réformes, la crise, la croissance :

    Mener des réformes pour sortir de la crise si, non pas Dieu le veut, mais la croissance le permet, telle est la conduite prônée par les experts, approuvés par les financiers et mise en pratique par les politiciens. (p. 36)

    ou encore les mots préfixés par post- comme post-colonialisme ou post-industrielle :

    Faire disparaître l'industrie a bien des avantages : en renvoyant l'usine et les ouvriers dans le passé, on range du même coup les classes et leurs luttes dans le placard aux archaïsmes, on accrédite le mythe d'une immense classe moyenne solidaire et conviviale dont ceux qui se trouvent exclus ne peuvent être que des paresseux ou des clandestins. (p. 38)

(qui se souvient de ces reportages du journal Le Monde qui redécouvrait, après les élections présidentielles de 2002, l'existence d'ouvriers ?)

L'antiphrase

C'est une figure de rhétorique par laquelle on emploie un mot, un nom propre, une phrase, une locution, avec l'intention d'exprimer le contraire de ce que l'on a dit (voir le TLFI) :

Quand tout concourt à l'isolement, il n'est question que de dialogues, d'échange, de communication et le mot ensemble (...) prolifère sur les murs. (p. 44)

L'essorage sémantique

Basé sur la répétition, il consiste à vider de son sens : République, écologie, utopie, citoyen, cartésien, social, modernité, pays des droits de l'homme

On pourrait comparer ce glissement à celui qui a donné à cartésien le sens de rationaliste borné, faisant du philosophe du doute systématique une sorte de monsieur Homais à jabot de dentelle. (p. 52)

Voilà pour un bref aperçu.

On peut rapprocher ce livre de l'article d'Émmanuel Malherbet, Paix politique ou déni de conflit. Je ne sais pas si une typologie complète des figures de la rhétorique politique contemporaine a été établi, mais si quelqu'un en connaît une, n'hésitez pas.

Source : Éric Hazan, LQR, la propagande au quotidien, Raisons d'agir, 2006.

- page 5 de 8 -