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20 juin 2009

Deux ou trois choses que j'avais à vous dire

« Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des « associations de malfaiteurs », voter des « lois anti-bandes », greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu’individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l’on s’y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n’auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l’impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l’amour et l’amitié. C’est une infirmité constitutive du pouvoir que d’ignorer la joie d’avoir des camarades. Comment un homme dans l’État pourrait-il comprendre qu’il n’y a rien de moins désirable, pour moi, que d’être la femme d’un chef ? »

Yildune Lévy, Deux ou trois choses que j’avais à vous dire

19 juin 2009

Développement durable

« Les grands pollueurs ont tout intérêt à ce que le « développement durable » soit avant tout un problème de responsabilisation du consommateur-citoyen, faisant ainsi de la pollution un problème de manque de civisme et de la consommation une solution : la meilleure façon de protéger la nature, c’est encore de consommer… Et le consommateur n’a plus que l’embarras du choix : entre Leclerc et Carrefour, lequel soutenir de son acte d’achat « écologique » et « éthique » ? Quelle enseigne oligopolistique vouée à la consommation de masse, poussant au productivisme, au dumping social et aux délocalisations, jetant sur les routes un flux exponentiel de camions, est la plus engagée sur la voie du « développement durable » ? »

Benoit Eugène, Le « développement durable »

16 juin 2009

Faisons passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre

« Soyons clairs : je ne cherche pas à éluder la question de la stratégie et des alliances possibles. Je veux d’abord que l’on comprenne que notre succès n’est pas le fruit d’un vote d’humeur, ni même d’un habile agencement de nos convictions écologistes et européennes. Les idées, pas plus que les personnes, n’appartiennent pas à quelqu’un. Elles ont vocation à circuler librement, à se propager et à évoluer aux contacts des autres. Certains, déjà, ne se sont pas gênés de puiser dans nos propositions et ils seront bien plus nombreux encore à le faire dans les mois qui viennent. Qu’ils sachent que nous jugerons de leur sincérité à leurs actes et non à leurs discours. »

Daniel Cohn-Bendit, Faisons passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre

25 mai 2009

La situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage

Un îlot de finesse au milieu d’une époque médiocre et grotesque.

« C’est l’aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d’instruction, des interrogatoires où l’on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L’insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L’insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d’État bolchevique d’octobre 1917, puisqu’il est mentionné dans L’insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s’était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d’un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l’accusation de terrorisme, nous concernant, c’est le soupçon de la coïncidence d’une pensée et d’une vie ; ce qui fait l’association de malfaiteurs, c’est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l’héroïsme individuel, mais serait l’objet d’une attention commune. Négativement, cela signifie que l’on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions ; l’injure est de taille.Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de L’insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J’en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai mieux compris la hargne hystérique que l’on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c’est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s’avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s’avère, sous les dehors d’une “crise économique”, d’un “effondrement de la confiance”, d’un “rejet massif des classes dirigeantes”, c’est bien la fin d’une civilisation, l’implosion d’un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l’ordre politique, la religion ou l’organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n’offrira de remède. »

Entretien de Julien Coupat donné au journal Le Monde

16 avril 2009

Yves Cochet jette le bébé avec l'eau du bain

620 trajets Paris-New York ! Rapporté par Libération, Yves Cochet a réussi à calculer le coût écologique d’un enfant européen comparable à 620 trajets Paris-New York : outre la fantaisie de la mesure, avec une empreinte calculée en trajet d’avion (ça fait combien en Kerviel ?), que l’on puisse envisager un être vivant en terme de « coût écologique » reste effrayant. On apprend plus loin avec les explications embarrassées d’un de ses collaborateurs qu’il s’agit d’un « chiffre valable pour un Européen, de sa naissance à ses 80 ans ». Et c’est ça qu’on appelle des questionnements de fond ?

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