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18 novembre 2008

Conséquences économiques du piratage sur l'édition : une falsification

Via pcinpact, une curieuse étude publiée par Tera Consultants et Equancy&Co, intitulée « Impact économique de la copie illégale des biens numérisés en France » et sobrement sous-titré « Quand le chaos économique s’immisce dans la révolution technologique » prétend chiffrer les pertes économiques et sociales du téléchargement en mélangeant allègrement rétrospective et prospective.

Il y a en effet une contradiction entre l’introduction qui indique que (je graisse)

Quatre domaines ont été étudiés : la musique, le cinéma, la télévision, le livre. Il ressort que la copie illégale a un impact direct négatif de l’ordre de 1,2 milliard d’euros au cours de la seule dernière année (2007) sur l’activité des quatre domaines d’activité couverts, cela a induit une destruction nette de 5000 emplois directs.

et la section 6 consacrée à l’édition :

Le but de cette section n’est pas de chiffrer les effets actuels de la copie illégale dans ce domaine, mais de faire l’exercice prospectif dans la perspective d’émergence d’un phénomène de masse, à l’image de celui observé dans le domaine de la musique et de la vidéo.

De fait, les chiffres avancés ne concernent que trois domaines, ceux de l’édition étant que prospectifs.

Comment calculer ce chiffre pour l’édition ? Très simplement :

Le chiffrage de la copie illégale du livre nécessite en premier lieu l’estimation du nombre de livres numériques téléchargés illégalement et se substituant à l’achat (de livre numérique)

La conjonction est importante ici. Calculons ensemble :

  1. chaque français a acheté 7,29 livres en moyenne en 2006 ;
  2. hypothèse 1 : chaque téléchargeur potentiel de livre achètera lui aussi 7,29 livres numériques ;
  3. nombre d’internautes français : 31,57 millions ;
  4. nombre d’internautes français utilisant un réseau pair à pair : 30%, soit 9,5 millions (alors que 31,57 / 3 = 10,5) ;
  5. hypothèse 2 : 50% des internautes français utilisant un réseau pair à pair sont des téléchargeurs potentiels de livres, soit un peu moins de 5 millions. On remarquera la précision du pourcentage avancé ici qui ne repose sur aucune justification (pourquoi 50% ? Pourquoi pas 49% ou 51% ?) ;
  6. nombre de livres numériques achetés France : 5 millions de téléchargeurs potentiels de livres que multiplie une moyenne de 7,29 livres, nous donne 34,5 millions de livres
  7. hypothèse 3 : le taux de substitution est 50% (remarquons encore une fois la précision du chiffre !), ce qui veut dire que 50% de ces téléchargements se substitueront à l’achat d’un livre numérique ;
  8. Conclusion : une perte potentielle de vente de 17,25 millions exemplaires !

Pour calculer le chiffre d’affaire, il suffit de fixer le prix moyen d’un fichier numérique, en s’appuyant sur Amazon et le marché nord-américain (puisque ce marché est balbutiant en France), soit $9,99 par fichier numérique, -15% ce qui nous fait un prix moyen de 8,5 euros en France. Perte total : 17,25 millions d’exemplaires x 8,50 euros = 147 millions d’euros.

Consultant, un beau métier.

Mise à jour du 30.XI.2008 :

Voir aussi :

27 août 2008

Amazon, Kindle et le prix des fichiers numériques

Francis Pisani est estomaqué par la politique tarifaire pratiquée par Amazon pour remplir sa liseuse Kindle : l’exemplaire numérique est vendu plus cher que l’exemplaire physique (en fait, le taux de remise appliqué par Amazon n’est pas le même dans les deux cas). Econoclaste nous explique pourquoi il n’y a pas lieu de s’indigner dans un billet consacré à la discrimination tarifaire.

29 mars 2008

Ventes de PDF : un exemple

À partir de ventes réalisées sur le site oreilly.fr pendant un an, nous avons pu établir des statistiques de ventes qui donnent une idée du potentiel commercial de l’édition électronique, lorsqu’on le compare à celui de l’édition papier.

Les PDF, ça se vend !

3 février 2008

La société Amazon est menacée de disparition

Les poursuites de ce syndicat ne sont ni plus ni moins qu'une tentative cynique d'éliminer la concurrence d'Amazon.fr. L'argumentation juridique du syndicat s'appuie sur la loi Lang, qui limite les réductions de prix sur les livres proposées par les détaillants. L'ironie de cette tactique est que la loi Lang a pour but de préserver la diversité de la création culturelle et de donner aux libraires les moyens de proposer une large sélection de livres, et pas seulement les best-sellers.

J'en ai les larmes aux yeux.

Saluons toutefois l'ouverture d'un forum de discussions consacré à cette question.

30 janvier 2008

Des contrevérités sur la librairie

Une réponse d'Antoine Gallimard au brouet de Thierry Wolton :

Comment peut-on en outre dénoncer comme un abus et un déshonneur le principe de faire payer le juste prix au consommateur ? De même que le livre s'écrit, se conçoit, se fabrique ou se promeut, il se transporte. Et cet acheminement a un coût, directement pris en charge par l'acheteur qui a choisi de l'acquérir en ligne et de le recevoir chez lui. Où est l'abus ? En quoi la liberté du lecteur est-elle mise à mal par cette juste rémunération d'un service rendu ?

Que la stratégie et la puissance commerciale d'Amazon incitent le portail américain à gommer ses frais de port au profit de ses clients peut, économiquement, parfaitement se comprendre ; il se donne ainsi à l'évidence un avantage concurrentiel décisif. Mais, en l'état, cette pratique est reconnue comme illégale et constitue de fait un risque pour toute la chaîne. Ne pas vouloir se faire imposer cela par un acteur du marché ne signifie pas que l'on se ferme à toute discussion. Il y a peut-être une voie à trouver, qui saurait un jour profiter à l'ensemble des acteurs de la vente de livres en France. Privilégions sur ces sujets l'esprit de concertation.

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