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20 septembre 2010

Entretien avec Paul Ariès

Un entretien avec Paul Ariès :

« Rue89 : Donc vous pouvez avoir une période de cohabitation entre croissance et décroissance ?

Paul Ariès : Bien sûr, l’enjeu c’est de créer des dynamiques de rupture. Bien sûr qu’il faut en finir avec le capitalisme, mais à nos yeux ça ne suffit pas. Parce que le pétrole socialiste n’est pas plus écolo que le pétrole capitaliste, ou le nucléaire socialiste ne serait pas plus autogérable. Nous sommes à la fois anticapitalistes et antiproductivistes.

Il faut penser la transition, ça ne se fera pas d’un coup. Cette politique des petits pas, qui n’oppose pas chaque petit pas avec l’objectif final, est la seule possible. C’est aussi la seule démarche possible pour rendre le projet désirable.

Rue89 : Par où commencez-vous ?

Paul Ariès : Nous avons décidé de nous battre d’ici 2012 sur quatre grands mots d’ordre d’égale importance :

1) la question du ralentissement, car on sait depuis les travaux de Paul Virilio que toute accélération de la société se fait au détriment des plus faibles ;

2) la relocalisation, ce qui peut poser la question d’une fiscalité adaptée, voire la création de monnaies régionales ;

3) la question de la simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance ;

4) la question du partage, c’est-à-dire la question du revenu garanti couplé à nos yeux à un revenu maximal autorisé. »

Le point 4 est en contradiction avec l’affirmation selon laquelle

« Le succès électoral d’Europe écologie repose sur des bases idéologiques pas claires. Si les gens ont voté Cohn-Bendit en pensant sauver la gauche et pour sauver une écologie politique antiproductiviste, ils ont été abusés. »

alors que la mise en place d’un revenu d’existence minimum et d’un revenu maximum fait parti du programme d’Europe-Écologie. Accessoirement, tous le monde n’a pas voté pour Cohn-Bendit : la forme du scrutin, aux Européeenes comme aux Régionales se fait sur liste bloquée.

10 décembre 2009

Écologie populaire

« Il y une seconde stratégie, invraissemblable, qui est celle de la décroissance. (…) Quand j’entends nos écologistes parfois dire qu’ils vont faire campagne sur le thème de la décroissance, est-ce qu’ils savent qu’il y a du chômage ? Est-ce qu’ils savent qu’il y a de la misère dans le monde ? Est-ce qu’ils savent qu’il y a près d’un milliard de gens qui ne mangent pas à leur faim et que la décroissance, ça veut dire plus de misère pour tous ces gens-là ? Plus de chômage et plus de pauvreté ? »

Nicolas Sarkozy, Conseil National de l’UMP, Aubervilliers, 28 novembre 2009.

Ça y est je suis infecté.

17 octobre 2009

La décroissance toujours

Quelques questions intéressantes dans cet article sur la décroissance malheureusement pollué par des questions linguistiques (le mot est ambigu et les gens ne le comprennent pas) et politiques (être décroissant, c’est être de droite ou de gauche ?) :

« Les décroissantistes ne disent pas comment on peut, dans une société démocratique, faire prévaloir la décroissance. La « simplicité volontaire » ou la « frugalité », voire le retour à la traction animale (Le Monde diplomatique d’août 2009) ou la disparition de la télévision (évoquée dans des textes de V. Cheney), comment les traduisons-nous en acte ? Comment surtout en gérer les conséquences : la disparition du transport aérien (évoquée par V. Cheney et S. Latouche), la fin de l’automobile (et donc entre autres de l’industrie du pneumatique), comment va-t-on en gérer les effets ? On dira sans doute qu’il s’agit là d’objectifs lointains, mais les contradictions apparaissent dès aujourd’hui : quand certains partis de gauche (le PCF notamment) défendent l’industrie et voient dans la tertiarisation de l’économie une menace, comment articule-t-on cela avec le projet de la décroissance ? Quand on lutte pour la défense de l’emploi dans l’automobile, l’industrie électrique, l’industrie chimique, etc., quel lien fait-on avec la décroissance ? Quand on propose une « relocalisation générale » de la production agricole et quand on ironise sur le coût énergétique des bananes antillaises, va-t-on interdire la consommation des bananes en dehors de leur territoire de production ? Et que diront les producteurs de bananes privés de débouchés et leurs salariés privés d’emploi ? »

Alain Beitone et Marion Navarro, « Décroissance : le poids des mots, le choc des idées (1) », Revue du MAUSS permanente, 8 octobre 2009.

3 septembre 2009

Des films pour la décroissance

« UTOPIMAGES est une association qui réalise des films pour la Décroissance, parce que… sur une planète finie, croissance infinie et « développement durable » sont impossibles, et, parce que la faiblesse de son audience est inversement proportionnelle à l’enjeu qu’elle représente. »

(via @Monolecte)

4 juillet 2009

La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire

Un argument courant contre la décroissance, trouvé sur un site trotskyste (via @recriweb).

« Et en quoi la « croissance », c’est-à-dire le fait que les richesses produites par la société humaine s’accroissent, pose-t-elle un problème ? Ce constat devrait au contraire être plutôt réjouissant : plus la quantité de richesses produites augmente, plus se rapproche la possibilité pour l’humanité d’offrir « à chacun selon ses besoins ». Et plutôt que de chercher à réduire la quantité de richesses produites par un retour à l’artisanat de village, il serait peut-être nécessaire de se demander comme faire profiter l’ensemble de l’humanité de cette abondance de richesses.

À cela, les décroissants répondent que c’est de toute façon impossible et utopique, puisque la terre ne peut produire assez de richesses pour satisfaire tout le monde. La théorie récente de « l’empreinte écologique », souvent brandie par les décroissants, va dans ce sens : si tous les humains vivaient avec le standard de vie des classes moyennes américaines, « il faudrait quatre planètes pour pouvoir y faire face ».

Poser la question de cette manière revient, au fond, à dire aux habitants des pays sous-développés qu’ils doivent rester dans la misère. Car il évident que l’ensemble de la population des États-Unis, d’Europe et du Japon ne va pas revenir à la charrette à cheval et à la bougie – et tant mieux. Mais au-delà, c’est le raisonnement lui-même qui est absurde. Exactement comme les malthusiens qui prévoyaient « l’extinction de la race humaine » au-delà d’un milliard d’habitants sur la terre, les partisans de ces théories ne tiennent aucun compte des possibilités que le progrès scientifique et technique pourra offrir à l’humanité. Malthus pensait que l’humanité s’éteindrait au-delà d’un milliard d’individus parce qu’il ne pouvait pas imaginer ce que serait un jour l’agriculture intensive et la productivité de l’industrie actuelle. Au moins avait-il quelque excuse, en 1780. Les décroissants d’aujourd’hui, qui sont témoins de ce que la technologie est capable de réaliser et des espoirs qu’elle offre, n’en ont, eux, aucune. Essayer d’imaginer ce que seront les capacités productives de la société dans cinquante ans est impossible. Le raisonnement des malthusiens sur ce sujet est aussi absurde que le dialogue d’une plaisanterie célèbre : deux hommes de Cro-Magnon bavardent en revenant de la chasse aux mammouths. L’un dit : « Tu sais, je crois qu’il y aura six milliards d’être humains dans 40 000 ans. » – « Tu es fou, répond l’autre. Il n’y aura jamais assez de mammouths. Il faudrait au moins 6 000 planètes ! ». »

La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire

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