Intitulée Simplicissimus (du nom d'un personnage d'un classique de la littérature allemande), cette première partie s'attache à décrire la transformation contemporaine de la guerre. Selon les auteurs, nous assistons aujourd'hui à une modification de la nature de la guerre et de la violence politique, modification liée à cette nouvelle forme de souveraineté que représente l'Empire. Cette modification prend la forme de guerres civiles impériales :

Tandis que la conception traditionnelle du droit international fait de la guerre un conflit armé entre des entités politiques souveraines, la guerre civile est un conflit armé entre des combattants souverains ou non au sein d'un territoire soumis à une même autorité souveraine.

En ce sens, On ne peut se soustraire à l'état de guerre au sein de l'Empire, pas plus qu'il ne semble devoir toucher à sa fin et la violence meurtrière demeure une possibilité constante, toujours et partout prête à exploser.

Tout comme la « défenestration de Prague » le 23 mai 1618 inaugurait une nouvelle période de guerre, les attaques du 11 septembre 2001 rendent manifeste ce nouvel état global de guerre généralisée : l'état d'exception est devenu aujourd'hui permanent et généralisé.

Cette modification de la nature de la guerre peut s'appréhender à travers la notion d'exception, dans sa conception germanique et sa conception américaine.

  1. Dans la tradition juridique germanique, l'état d'exception désigne

    la suspension temporaire de la Constitution et de l'État de droit.

    On trouve l'origine de cette conception dans le mythe de Cincinnatus (voir ainsi Tite-Live, Histoire Romaine, Livre III).

    Elle repose sur un paradoxe : il existe certains cas dans lesquels la Constitution peut être suspendue pour être sauvegardée. (Voir l'article 16 de la Constitution française par exemple).

  2. Dans la tradition américaine, l'expression possède deux significations incompatibles entre elles :
    1. elle a tout d'abord un sens éthique, où la souveraineté étatsunienne est exempte de corruption : la vertu civique, le rôle des Etats-Unis dans la promotion de la démocratie et de la liberté, etc. (doctrine de l'exceptionnalisme) ;
    2. elle a ensuite un sens juridique, apparu plus récemment, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une exception par rapport au droit (traités internationaux non signés, etc.).

    La capacité des Etats-Unis à dominer l'ordre global fonde l'état d'exception actuel et cette domination est justifiée, dans le discours politique, en se servant de l'une pour l'autre.

L'intersection de ces deux conceptions de traditions différentes offre un premier aperçu des transformation contemporaines de la guerre.