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4 décembre 2009

Subobligation et surérogation

« L’extension quasi-infinie de la vie morale vers l’indifférent appelle dans une sorte de symétrie une extension du même type vers des actes moralement bons, ni moralement obligatoires, ni même forcément recommandables. Nous serions cette fois dans la seconde catégorie subvertissant l’obligation du devoir moral « normal », celle de la surérogation, qui excède, elle, cette de l’obligation dite normale. Cette catégorie correspond aux actes auto-sacrificiels, ceux des héros et des saints. En gros, donc, obtenir une amande cacaotée supplémentaire dans une brasserie par le biais d’un petit stratagème douteux est vraisemblablement une faute vénielle, alors que sacrifier notre vie pour sauver un inconnu de la noyade est, par définition, un acte d’héroïsme moral. Tout le problème est que ces deux catégories reposent sur l’idée commune qu’il existe un devoir normal dont la formule et le mode d’application nous seraient clairs.

Or la subobligation et la surérogation finissent par dissoudre la clarté du devoir dit normal. C’est ce que nous venons de constater en examinant l’univers complexe du véniel et de l’infravétatoire. C’est ce qui peut également transparaître de l’examen de la surérogation. »

Jean-Cassien Billier, Subobligation et surérogation : la logique morale en question

5 mai 2006

Le concept de surérogation

J'ai retrouvé le titre et l'auteur de l'article : Les précurseurs autrichiens de la théorie de la surérogation par Michael Konrad. Il est issue d'un colloque tenu en 1997 à Cerisy, Cent ans de Philosophie Autrichienne, colloque dont les actes sont disponibles dans

C'est dans ce dernier que se trouve l'article de Konrad. D'après lui, la philosophie morale autrichienne aurait les caractéristiques suivantes :

  1. elle s'est développée en dehors des morales dominantes du XIXème siècle, à savoir le kantisme (déontologisme) et l'utilitarisme (conséquentialisme) ;
  2. elle n'a pas proposé d'alternative à ces morales ;
  3. elle s'est attachée à l'analyse détaillée de concepts moraux comme valeur ou norme.

Parmi ceux-ci, le concept de surérogation semble avoir été accepté comme une donnée de base. Le TLFI nous indique à l'entrée surérogation :

Ce qui est accompli en bien au-delà de ce qui est de commandement, d'obligation, notamment en matière de dévotion.

Un acte surérogatoire est un acte qu'il est bon de faire mais qui n'est pas obligatoire. Konrad prend l'exemple de Saint François d'Assise qui embrassait les lépreux. Ce concept trouble la classifications traditionnelle des actions en

  1. acte obligatoire
  2. acte permis
  3. acte interdit

Il fût redécouvert au sein de la tradition analytique par J. O. Urmson, dans l'article Saints and Heroes, paru en 1958.

Voir aussi l'entrée Supererogation sur la SEP.