Varia

25 janvier 2009

Parrêsia

« Noyau vivant. Foucault le rappelle d’emblée : la parrêsia « est d’abord une notion politique ». C’est le citoyen grec qui, sur l’agora, n’a pas peur de dire ce qu’il pense ; c’est l’ami qui vous dit ce que vous n’aimez pas entendre ; ou encore le conseiller qui se refuse à flatter le roi, au péril parfois de sa vie. Certes, il existe d’autres manières de « dire le vrai », comme la sagesse, la prophétie ou l’enseignement. Mais ce qui fait le propre de la parrêsia, c’est le danger qu’elle fait courir. C’est « le courage de la vérité », qu’on retrouvera dans diverses figures (le fou du roi, par exemple), mais qui, en tant que tel, en tant que parrêsia, a disparu. Foucault s’emploie à l’exhumer, en écouter palpiter le noyau vivant.

Noyau vivant car l’idée de « vie » est le fil rouge de tout le cours. Parce qu’elle est un acte, la parrêsia va provoquer des effets à la fois sur ceux à qui elle s’adresse et sur celui qui la pratique. Elle fâche, oui, mais elle est accès de chacun à sa propre vérité, donc à soi-même. Elle est « souci de soi ». Ce que Foucault montre ici, notamment par sa lecture de l’Apologie de Socrate, c’est que le souci de soi et le souci des autres sont l’avers et le revers d’une même exigence, qui est de conduire chacun à sa propre vérité, à lui-même. Pourquoi Socrate a-t-il dit le vrai aux Athéniens, au point de risquer la mort ? « Pour les inciter à s’occuper, non de leur fortune, non de leur réputation, non de leurs honneurs et de leurs charges, mais d’eux-mêmes, c’est-à-dire : de leur raison, de la vérité et de leur âme. Ils doivent s’occuper d’eux-mêmes. Cette définition est capitale. » »

Heurt de vérité

21 janvier 2009

Philosophie expérimentale : un wiki

Lancement d’un wiki dédié à la philosophie expérimentale :

The main goal of the wiki is to have a central place where people involved with Experimental Philosophy can have access to X-Phi papers and keep track of a field which is growing very rapidly. The hope is to eventually include every paper in experimental philosophy (like a more complete version of Joshua Knobe’s current experimental philosophy page). The wiki will also allow for papers to be categorized and discussed.

The Experimental Philosophy Wiki

19 janvier 2009

Par les soirs bleus d'été

Carton

Enfin arrivés à bon port, enfin.

4 janvier 2009

RÉPHA : appel à contribution

Je lis, je lie, je relaie :

« Chers étudiant(e)s en philosophie analytique, vous pourriez publier !

La Revue Étudiante de Philosophie Analytique (RÉPHA) est conçue pour être un espace d’études de la philosophie analytique telle qu’elle se manifeste dans le monde francophone.

RÉPHA a pour but de favoriser la diffusion de la philosophie analytique en produisant un espace d’études mêlant des articles écrits par des étudiants et par des professionnels, et destinés aussi bien aux universitaires qu’aux amateurs de philosophie.

La revue sera une sorte de laboratoire d’écriture, qui devrait permettre aux étudiants avancés, au seuil de futures publications professionnelles, de s’exercer à l’écrit, et dans certains cas, de produire leurs premiers articles. Les étudiants contributeurs pourront également parfaire leur pensée personnelle dans un cadre que nous espérerons stimulant. Cet espace d’études a également pour objectif de permettre aux étudiants de se confronter à l’exercice d’écriture et de faire l’expérience d’une première publication. Afin d’en assurer la rigueur, les articles seront sélectionnés par un comité de lecture compétent. Ils devront traiter de l’un des domaines suivants :

- Philosophie du langage
- Philosophie des sciences
- Philosophie de la connaissance
- Philosophie de la logique
- Philosophie de l’esprit
- Sciences cognitives
- Philosophie morale

En outre, ils devront être introductifs, clairs, concis et pertinents (nous souhaiterions particulièrement qu’ils traitent de la situation actuelle relative à chaque domaine). Les articles attendus ne doivent pas dépasser 14000 signes, soit environ 4-5 pages dans une configuration habituelle (A4, police 12). Les articles seront présentés de façon anonyme à un comité de lecture. Le rythme prévu est biannuel mais il dépendra également de l’afflux des envois. Les étudiants intéressés sont invités à envoyer leurs articles (libres de droits) avant le 1er février sous la forme électronique à l’adresse mail : postmaster at repha.fr »

Le site de la revue : RÉPHA.

Autoréduction

Commençons l’année avec de la décroissance en enrichissant notre vocabulaire. Aujourd’hui, autoréduction :

L’autoréduction consiste pour un groupe d’usagers à imposer au fournisseur une baisse du prix d’un produit ou d’un service. Il peut s’agir d’une diminution du prix d’un service, par refus notamment d’intégrer une augmentation jugée indue (par exemple comme ce fut souvent le cas lors de la grève des loyers à la Sonacotra), mais l’autoréduction peut aller jusqu’à la gratuité (détournement, piratage, vol etc.) voire prendre la forme de véritables pillages de supermarchés.

Autoréduction

Travaux pratiques :

Scène surréaliste, mercredi après-midi au magasin Monoprix de la rue du Faubourg Saint-Antoine : à l’heure des dernières emplettes pour le réveillon, une cinquantaine de personnes bloquent les caisses.

Leurs chariots sont plein à craquer de victuailles : saumons, foie gras, mais aussi pâtes, huile et pommes de terre. Ils refusent de payer (…)

Autoréduction au Monoprix: pour redistribuer, partir sans payer

Le tract distribué à cette occasion :

« Nous ne paierons pas

C’est la crise. Médias et professionnels de l’économie ne cessent de nous répéter qu’elle va s’amplifier. Et nous devrions la subir chacun de notre côté, regarder silencieusement les loyers et le prix de la bouffe continuer d’augmenter.

Pourtant, en cette période de Noël et de passage à un nouvel an, la richesse matérielle de l’Occident s’expose partout face à la misère du monde ; elle déborde dans les rues à côté des sans-logis, elle scintille dans les publicités pour nous enjoindre à consommer. S’auréolant d’un espoir de croissance et de regain du CAC 40, elle se veut promesse d’avenir radieux par ces temps frigorifiés par l’individualisation et la concurrence.

Et cette richesse est bien gardée, vigilée, il faut être respectable pour y accéder, travailler plus pour gagner plus ou moins, être raisonnable et accepter n’importe quel emploi gracieusement offert, se mobiliser pour un quart de SMIC ou pour un RMI mini mini sous contrôle condamné à devenir RSA, et ça le fera pas, parce que RSA va pas du tout.

Vive la crise

Cette crise montre (si c’était encore nécessaire) la débilité d’un système où certains misent la vie des autres au casino. Et quand ils perdent c’est encore à nous de renflouer leurs bourses. D ‘assister les entreprises.

Pour fêter le nouvel an, nous serions censés dépenser des miettes de salaires ou une maigre prime de Noël dans les supermarchés. Qu’est ce qu’ils croient ? Ce soir nous ne jouerons pas cette fable. Nous ne paierons pas.

Pour la première fois depuis longtemps, cette crise rend palpable que le capitalisme comme période de l’histoire humaine peut arriver à sa fin.

Ici et maintenant, dans ce supermarché, nous arrêtons le flux de marchandises un temps, afin que nous soient concédées les victuailles nécessaires pour fêter cette bonne nouvelle.

D’autres ont d’ailleurs eu la même idée et se sont organisés pour se réapproprier des richesses, à Rennes la semaine dernière, à Grenoble il y a quatre jours, ou encore presque chaque jour en Grèce, où des assemblées en révolte organisent des autoréductions dans les supermarchés pour nourrir le mouvement.

L’autoréduction est une tradition de lutte des mouvements de chômeurs et de précaires que nous appelons à développer maintenant, en cette année qui s’annonce riche en révoltes joyeuses.

Étendons ces pratiques, organisons nous !

À plus.

Soldes de 100% avant fermeture définitive du capitalisme

Les empêcheurs d’encaisser en rond - collectif À bientôt »

D’autres actions ont eu lieu aux Galerie Lafayette de Rennes et celles de Grenoble :

« Ensemble et pas sans rien ! Tout est à nous ! Nous réquisitionnons et nous redistribuons

Avec ou sans emploi, avec ou sans papiers, nous voulons vivre

On entend claironner ici et là que la crise, qui s’annonce grave voire gravissime, n’affectera heureusement pas les fêtes de fin d’année. Certes on se serrera un petit peu la ceinture, mais le budget qui est ordinairement consacré à ces fêtes (600 euros par foyer) ne variera guère. Et l’on voit fleurir sur les postes de télévision les sourires éclatants des gérants de la grande distribution, qui vont réaliser en cette période une grande partie de leur chiffre d’affaires annuel (de l’ordre des 15%). Ouf. On respire. Il en a fallu de peu que ces instants magiques de détente, de bonne humeur ne soient gâchés par la sombre réalité sociale et économique… Rassurez-vous, ces 600 euros iront bien enrichir gérants et actionnaires.

Pourtant, nombre d’entre nous continuent à être excluEs des festivités : allocatairEs des minima sociaux, bénéficiairEs de la maigre prime de noël grâce à laquelle certaines factures en souffrance pourront être réglées ; intérimairEs, en CDD de trois mois, en CDI payé au SMIC, voire à temps très partiel, dont les salaires ne permettent pas de vivre ; chômeurs et chômeuses, intermittentEs du spectacle, saisonniers et saisonnières dont les droits ont été réduits ; personnes sans papiers sans suivi social ni hébergement ; sans logis et mal logéEs qui font plus que jamais les frais de la spéculation à l’origine d’une crise du logement qui explose ; salariéEs de la grande distribution corvéables à merci car dans la nécessité de tout faire pour garder leur emploi et compléter un salaire insuffisant par des heures supp, payées aux abords du SMIC horaire par des entreprises ultra bénéficiaires ; bref, précairEs, salariéEs et autres exploitéEs de tout poil qu’on plume.

Notre sort, bien entendu, ne va pas aller en s’améliorant…

La convention UNEDIC, qui fixe les règles d’indemnisation du chômage, sera renouvelée début 2009. Elle prévoit de réduire les durées d’indemnisation. L’ANPE et les Assedic fusionneront dans le Pôle emploi avec pour seul objectif celui de la rentabilité : plus de radiations, chantage à l’emploi précaire… L’ANPE appliquera en effet la réglementation sur l’Offre Raisonnable d’Emploi (nouveau système de contrôle et de sanctions). Au total, une diminution des dépenses du régime d’assurance chômage de 2,5% en moyenne par an sur la période 2010-2012. ORE et RSA vont développer en outre encore plus d’emplois précaires, dont les patrons dans cette période de crise, se régaleront.

Un autre partage des richesses produites par toutes et tous devient vital.

Voilà pourquoi, ensemble et solidaires, nous réquisitionnons et nous partageons !

Cette action n’est pas isolée… elle s’inscrit dans une lutte globale contre ce monde qui nous étouffe…

À Rennes le 20 décembre. À Grenoble aujourd’hui.

Étendons ces pratiques, organisons nous ! »

Maître Eolas livre une analyse juridique de la situation :

« La rédaction de Rue89 m’a contacté pour me demander l’avis du juriste sur ces opérations. Le bon sens voudrait qu’elles fussent illégales, mais la police, qui a assisté à ces faits, n’est pas intervenue. Et la rhétorique des personnes concernées utilise des termes comme réduction, réquisition, affublés toutefois du préfixe auto-, qui veulent exclure toute illégalité.

Voici une excellente occasion de faire du droit sous a forme la plus pure : l’essence du travail de juriste consiste à qualifier, c’est à dire prendre un fait, une situation, et l’analyser sous l’angle juridique pour trouver la qualification adéquate.

Ensuite, il ne reste plus qu’à y appliquer les règles de droit en vigueur. N’oubliez pas : le vide juridique n’existe pas. Le droit est partout. Vous êtes cerné. Toute résistance est inutile. »

Ni vol, ni escroquerie, l’autoréduction est très probablement une extorsion

←  ⋅  page 30 de 178  ⋅  →