Varia

18 octobre 2010

La toxicité du travail en France

« Le fond du problème est donc ailleurs. Il réside dans ce qu’on peut appeler la toxicité du travail en France. On dispose désormais sur le sujet aussi bien de faits divers que d’analyses fouillées. Du côté des économistes, Philippe Askenazy posait dès 2004 le problème. Depuis, Thomas Philippon et Éric Maurin (qu’il est encore bien temps de lire et… de chroniquer !) ont apporté des contributions très éclairantes. On pourrait les résumer en disant que le travail est au centre des préoccupations des français, davantage que de celles des habitants de pays comparables. Nous considérons le travail comme une valeur importante et comme une activité particulièrement épanouissante par nature. Dans le même temps, l’organisation de nos entreprises et les relations sociales qui y prévalent, le fonctionnement du marché du travail et du système éducatif produisent une crainte du déclassement qui conduisent à nous accrocher à un emploi, même lorsque celui-ci est particulièrement insatisfaisant. De ce point de vue, la retraite est la libération ultime. La retarder de deux années est une rude perspective. »

Encore une réforme ratée pour le Président Sarkozy

16 octobre 2010

Notae #4

Un seul article cette semaine.

Amartya Sen, Martha Nussbaum et l’idée de justice

« Pour contrecarrer cette conséquence qui n’est pas sans revêtir un aspect sacrificiel vis-à-vis de diverses catégories d’individus et en particulier à l’égard des handicapés ou des personnes fortement dépendantes – le paradoxe est que Rawls présente pourtant sa conception de la justice comme une alternative à l’utilitarisme dont le trait premier, et inacceptable, est précisément d’être de nature sacrificielle – les individus, selon Sen et Nussbaum, doivent être envisagés à partir de leurs « capacités » à mener une existence digne de ce nom ; capacités qui ne sont pas soumises à la condition d’être des sujets actifs et efficients de la coopération sociale.

Ce présupposé revêt une importance décisive dans leur critique de la conception de Rawls (et, en arrière plan, de la vision kantienne de l’homme, comme sujet autonome et rationnel, à laquelle celle-ci se rapporte explicitement). La capacité (capability) ou capabilité, selon l’anglicisme retenu en français (mais non dans les traductions espagnole et italienne), désigne « notre aptitude à réaliser diverses combinaisons de fonctionnements que nous pouvons comparer et juger les unes par rapport aux autres au regard de ce que nous avons des raisons de valoriser ». La capacité doit être distinguée autant de l’utilité que de l’avantage mutuel (i.e l’avantage de chacun en situation d’incertitude et de dépendance). Il convient cependant de noter que sur ce point les choses ne sont pas toujours très claires, car Sen introduit dans le même temps le critère de la comparaison publique des avantages ou des préférences. Un point sans doute technique mais décisif auquel sont consacrées de longues analyses, principalement en vu de surmonter le défi posé par le paradoxe d’Arrow (autrement appelé « l’impossibilité du libéral parétien »). »

De Martha Nussbaum, on ne trouvera que 2 livres traduits en français :

Track of the Week

9 octobre 2010

Notae #3

Peu de liens pour cette semaine 40.

Le réaliste, la naïve et les scientifiques

« C’est là science elle même qui nous dit que les hiérarchisations et inégalités sont inutiles et même dangereuses pour le corps social tout entier. En février 2009 les chercheurs Richard Wilkinson et Kate Pickett ont créé The Equality Trust afin de donner plus de visibilité aux résultats de 30 ans de recherches sur les inégalités sociales. Ces résultats sont que dans les pays riches (comme la France donc), une répartition plus égalitaire des revenus entraînerait l’amélioration de tout un tas d’indicateurs sociaux. Si vous voulez lutter contre les homicides, diminuer l’obésité, vider les prisons etc…, il vous suffit de redistribuer les richesses de manière plus équitable et vous y arriverez. Leurs recherches montrent que la réduction des inégalités est beaucoup plus efficace, par exemple, que la croissance économique. »

This Is Not Allen Ginsberg’s “Howl”

La version numérique de ‘Howl’ de Ginsberg est une vraie merde.

Coding Poetry for Digital Publication

Quel rendu pour Un coup de dés jamais n’abolira le hasard de Mallarmé en epub ?

Track of the Week

2 octobre 2010

Notae #2

Revue de liens pour la semaine 39.

Propositions d’amendement aux statuts de Europe Écologie – Les verts

Alain Lipietz revient sur cette confusion.

« L’organisation proposée pour XXX-Europe-Ecologie-Les Verts est simple : un mouvement composé d’un noyau (le parti, dont les membres sont les adhérents) et d’un halo (le réseau dont les membres sont les coopérateurs/trices, individuels ou organisés) , le parti faisant bien sûr partie du réseau (peut être faudrait –il d’ailleurs le préciser…).

Le choix de distinguer deux niveaux d’appartenance est sans aucun doute nécessaire, comme l’a montré le débat des conventions : certain-e-s veulent s’impliquer en permanence et sur tout, d’autres « refusent énergiquement d’adhérer à un parti » et veulent s’engager de façon intermittente ou sur certaines actions ou élections. »

The Winners of the 3 Quarks Daily 2010 Philosophy Prize

  1. Justin Erik Halldor Smith: More on Non-Western Philosophy (the Very Idea)
  2. Tomkow: The Retributive Theory of Property
  3. Brian Leiter’s Nietzsche Blog: Katsafanas on ‘Nietzsche’s Philosophical Psychology’

Raymond Carver : une leçon d’écriture

« À l’origine, Carver avait entendu son ami G. Wolff dire à un groupe d’étudiants : « Pas de trucs à deux sous ». Carver le réduisit à : « Pas de trucs ». Tout Carver est dans ce détail, cette économie.

Qu’est-ce à dire ? Il détestait « la prose chichiteuse excessivement intelligente ou nigaude » qui le faisait dormir. Chez lui, l’ordinaire règne. Ses personnages ne se prennent pas la tête dans des dilemmes idéologiques mais affrontent l’ordinaire : le chômage, la mort, le divorce. Ils vont pêcher et reviennent saouls. Ils se tapent dessus. Ils mentent. Ils font les mauvais choix. Ce sont des perdants. Ils ne s’analysent pas, mais donnent des détails crus et disparates. Au lecteur d’assembler. Avec Carver, on est loin de la sophistication, du chic, de l’ironie. On est loin de New York et de la côte Est. On est dans l’Amérique des pauvres, des laissés pour compte, des parents nuls et paumés, des alcooliques. »

Capturing the Atom Bomb on Film

« From 1945 to 1962, the United States military detonated hundreds of nuclear bombs in the atmosphere. George Yoshitake, 82, speaks about his experiences documenting the explosions and their destructive effects. »

Ils ont décidé de ne plus travailler

Et ils sont tous célibataires.

La représentation comme fiction

À propos du livre Mimesis as Make-Believe de Kendall Walton.

1 octobre 2010

Sur le lien intergénérationnel

Un entretien dense avec André Masson à propos des liens entre générations.

« La plupart des prises de position sur le lien intergénérationnel se rattachent à une conception spécifique de la famille et de son rôle dans la société. C’est par ce biais qu’elles reposent, presque inexorablement, sur des a priori métaphysiques. Ceci n’est pas critiquable en soi, du moins si l’on souscrit à une vision plus « instrumentaliste » que « réaliste » de la science, selon laquelle les faits seraient toujours chargés de théorie. Poser ainsi que l’État peut se substituer avec bonheur à la famille sans présenter les mêmes inefficacités, iniquités ou effets pervers (obligations, arbitraire, dépendance, etc.) est une hypothèse clef, difficilement réfutable dans sa généralité, de la pensée de l’égalité citoyenne : celle-ci apparaît au départ parfaitement estimable, mais tout dépendra de la manière dont elle sera explicitée ou nuancée, appliquée à des contextes précis et argumentée par l’auteur considéré. »

« Des liens et des transferts entre générations », entretien avec André Masson

←  ⋅  page 6 de 178  ⋅  →