Varia

29 septembre 2010

L'avenir de l'enseignement de la philosophie

« La forme actuelle des sujets de dissertation — cette forme a beaucoup évolué depuis que le baccalauréat existe — est officiellement celle d’une « question directe, explicite et ouverte ». Cela veut dire, en principe, qu’en évitant le style de la devinette ou de l’énigme, le sujet a la forme d’une question (et non pas d’un problème : c’est-à-dire d’un énoncé comportant des données et une « problématique » ou dispositif théorique déterminant la réponse) s’énonçant en une proposition de forme interrogative, admettant une réponse nette et non induite à l’avance par la question, déterminant donc une discussion et une recherche.

Cette caractérisation semble relever du bon sens. Elle appelle cependant diverses observations : la prescription de formuler directement et explicitement une question interdit en fait de proposer des sujets demandant une définition ou une analyse, la détermination d’une notion par rapport à une autre, ou, plus simplement, relevant de la « question de cours ». Ajoutons que cette forme aboutit souvent, dans un souci de facilité, à donner un tour un peu puéril aux sujets proposés, notamment lorsqu’il est fait usage du pronom personnel je. Enfin, si l’on passe sur le fait qu’une question qui paraît claire à l’examinateur ne l’est pas nécessairement pour le candidat, il faut noter que de ces prescriptions résultent en fait des questions souvent extrêmement indéterminées. Et c’est cela qui égare quelquefois les candidats, ou les effraye : cette forme revient à exclure par principe tout guidage, précisément en excluant toute autre ébauche de consigne ou d’indication sur la manière de comprendre ou d’aborder le sujet, sur l’utilisation possible d’une culture philosophique.

Certes, l’intention de clarté et de simplicité qui conduit à formuler les sujets dans la langue commune est sans doute bonne, mais elle n’exclut pas des effets pervers. L’esprit de l’épreuve est que l’on veut vérifier la capacité du candidat à répondre à une question de philosophie et non l’étendue de sa culture ou sa maîtrise des moyens techniques de cette discipline (raison pour laquelle les sujets sont des questions et non des demandes de définitions, d’analyses, de distinctions, etc.) : s’il n’est pas interdit (et même s’il est recommandé) au candidat de maîtriser ces moyens techniques, de posséder une culture philosophique et d’en faire usage, ce n’est pas là dessus qu’on l’interroge et ce n’est pas cela qui est enseigné, du moins directement. La difficulté est que, sans ces moyens, il reste peu de choses à la plupart des candidats, ce qui explique la pauvreté de bien des copies qui traitent de sujets élevés sans quelquefois disposer des concepts les plus élémentaires. À cet égard, la maîtrise des repères est essentielle, et il faut remarquer que le programme suggère nettement d’en faire usage pour clarifier la formulation des sujets. On peut regretter cependant que l’articulation des sujets proposés et des repères possibles demeure, le plus souvent, implicite. »

État de l’enseignement de la philosophie en 2007-2008

(via Le café pédagogique)

25 septembre 2010

Notae

Revue de liens pour la semaine 38.

La pornographie porte-t-elle atteinte à la dignité des femmes ?

« La pornographie ne fait pas pour autant l’objet d’une acceptation définitive y compris dans les sociétés démocratiques. On reproche à la pornographie de constituer une menace pour l’individu consommateur, pour les enfants qui y seraient exposés, et plus généralement envers la famille et les institutions. Ces arguments en faveur de l’interdiction de la pornographie peuvent être qualifiés de communautariens en ce qu’ils font valoir que la pornographie heurte une conception du bien en matière de sexualité supposée commune ou jugée souhaitable. Ils ont peu de chance d’aboutir dans les sociétés démocratiques où la distinction de la morale et du droit semble consommée et où domine la pluralité des conceptions morales et des sexualités. Seule l’invocation du tort objectif fait à autrui peut rendre légitime la limitation de la liberté d’un individu au nom de la préservation de celle d’un autre. »

Les eaux tièdes du réformisme

« Vu le degré actuel d’asservissement du système capitaliste à la loi du profit maximum et à la logique de la rentabilité immédiate, dans cet univers monétisé où même « le temps, c’est de l’argent », il semble en effet proprement inconcevable qu’il y ait encore de la gratuité et qu’on puisse encore donner ou recevoir « pour rien », quand tout le monde sait bien qu’« on n’a rien pour rien. »

Un fantôme dans la machine (ontologique)

La fantologie ou pourquoi la structure de notre pensée ne reflète pas la structure du monde.

« Si les concepts nous permettent d’accéder à la réalité, – ils en sont le chemin et celui-ci n’est pas barré – ils ne nous disent rien sur les structures ultimes de cette réalité. En ontologie la tâche consiste à rendre compte de la nature et de la structure du monde lui-même. Il s’agit donc d’en finir avec cette croyance que la structure de notre pensée refléterait la structure du monde. »

Dans l’absolue beauté d’un comté des sables

« C’est l’un des plus beaux textes sur la nature que je connaisse. Je l’ai lu une première fois au moment de sa sortie chez Aubier, en 1995, et je le relis à petites goulées, à toutes petites foulées, car je sais qu’il y a la fin au bout. Ce livre fabuleux entre tous, c’est Almanach d’un comté des sables, écrit par un magicien appelé Aldo Leopold. »

How becoming a Stoic can make you happy

Le stoïcisme comme pensée négative.

« I had a harder time buying into the idea that imagining the death of one of my children was good for my mental well being. »

Philosophers’ Carnival 114

La 114e édition du carnaval de philosophie.

Track of the Week

Akabu - Another World (Andre Lodemann Remix)

21 septembre 2010

Revue d’études benthamiennes

La Revue d’études benthamiennes se dote d’un site Web.

« La Revue d’études benthamiennes est une publication biannuelle à comité de lecture, publiée sous la direction du Centre Bentham depuis 2006. Elle publie des articles en français et en anglais, après examen par des experts indépendants. Depuis sa création, la REB accompagne le renouveau des études sur l’utilitarisme en France. Elle traite aussi bien de l’utilitarisme classique (de Bentham à Henry Sidgwick et G.E. Moore) que du courant utilitariste contemporain en économie et en philosophie. La REB entend promouvoir et accompagner la recherche universitaire dans ces domaines et ne se réclame pas d’une lecture ou d’une interprétation particulière. Elle se veut un espace international de débat et de réflexion. Elle est ouverte à toutes les disciplines des sciences humaines et sociales. Les contributions sur ces thèmes sont les bienvenues. »

20 septembre 2010

Entretien avec Paul Ariès

Un entretien avec Paul Ariès :

« Rue89 : Donc vous pouvez avoir une période de cohabitation entre croissance et décroissance ?

Paul Ariès : Bien sûr, l’enjeu c’est de créer des dynamiques de rupture. Bien sûr qu’il faut en finir avec le capitalisme, mais à nos yeux ça ne suffit pas. Parce que le pétrole socialiste n’est pas plus écolo que le pétrole capitaliste, ou le nucléaire socialiste ne serait pas plus autogérable. Nous sommes à la fois anticapitalistes et antiproductivistes.

Il faut penser la transition, ça ne se fera pas d’un coup. Cette politique des petits pas, qui n’oppose pas chaque petit pas avec l’objectif final, est la seule possible. C’est aussi la seule démarche possible pour rendre le projet désirable.

Rue89 : Par où commencez-vous ?

Paul Ariès : Nous avons décidé de nous battre d’ici 2012 sur quatre grands mots d’ordre d’égale importance :

1) la question du ralentissement, car on sait depuis les travaux de Paul Virilio que toute accélération de la société se fait au détriment des plus faibles ;

2) la relocalisation, ce qui peut poser la question d’une fiscalité adaptée, voire la création de monnaies régionales ;

3) la question de la simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance ;

4) la question du partage, c’est-à-dire la question du revenu garanti couplé à nos yeux à un revenu maximal autorisé. »

Le point 4 est en contradiction avec l’affirmation selon laquelle

« Le succès électoral d’Europe écologie repose sur des bases idéologiques pas claires. Si les gens ont voté Cohn-Bendit en pensant sauver la gauche et pour sauver une écologie politique antiproductiviste, ils ont été abusés. »

alors que la mise en place d’un revenu d’existence minimum et d’un revenu maximum fait parti du programme d’Europe-Écologie. Accessoirement, tous le monde n’a pas voté pour Cohn-Bendit : la forme du scrutin, aux Européeenes comme aux Régionales se fait sur liste bloquée.

20 août 2010

Logicomix : des folies et des hommes

« Si Logicomix est une BD intellectuelle, ce n’est pas seulement parce qu’elle traite de l’histoire de la logique moderne et donc raconte l’histoire des logiciens (philosophes et mathématiciens) qui en furent les protagonistes, mais c’est aussi par son caractère auto-réflexif : elle se demande en quoi cette histoire peut faire l’objet d’une BD et en quoi cela peut avoir un intérêt et à quelles conditions. Pour montrer ce caractère auto-réflexif de Logicomix, je vais montrer que son thème (la mise en BD de l’histoire de la logique moderne) se confronte principalement à trois défis que la BD relève consciemment et à mon sens avec succès. »

Logicomix : des folies et des hommes

Logicomix est disponible aux éditions Vuibert.

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