Je reviens brièvement sur le rêve avant de retourner au travail.

Se souvenir d'un rêve à son réveil est une chose banale dont tous le monde a déjà fait l'expérience. Croire que ce même rêve puisse signifier quelque chose est une conception courante mais, finalement, assez étonnante : comme le remarque Wittgenstein :

Il est caractéristique des rêves que souvent le rêveur a l'impression qu'ils demandent à être interprétés. On n'est pratiquement jamais enclin à prendre note d'un rêve éveillé, ou à le raconter à autrui ou à se demander « Qu'est-ce qu'il signifie ? ». Mais les vrais rêves semblent avoir en eux quelque chose de troublant et d'un intérêt spécial — de sorte que nous voulons en avoir l'interprétation (on les a souvent regardés comme des messages).

Sans vouloir préjuger des raisons ma croyance, je peux adopter deux positions :

  1. les rêves n'ont pas de signification
  2. les rêves ont une signification

Si je soutiens que les rêves ont une signification et qu'il est possible d'en donner une interprétation, je croiserais forcément, à un moment ou à un autre, les analyses de Freud. Malheureusement (ou heureusement), je n'ai jamais été réellement convaincu par les descriptions freudiennes des rêves. L'une de mes principales réticences concerne les associations d'idées : je ne comprends pas comment le fait de rêver, par exemple, à un chapeau haut-de-forme renvoie nécessairement au phallus. Tout ceci me semble complètement arbitraire : quand savons-nous que l'interprétation est correcte ? Wittgenstein l'a écrit mieux que moi :

La théorie des rêves de Freud : quelque élément qui survienne dans un rêve, on trouvera qu'il est lié à un désir que l'analyse peut mettre en lumière — voilà ce qu'il entend montrer. Mais ce processus d'association libre, et ainsi de suite, est louche ; en effet Freud ne montre jamais comment il sait où s'arrêter, il ne montre jamais comment il sait où est la solution correcte.

Le second point concerne l'interprétation elle-même : si je suis capable d'associer à chaque symbole du rêve un désir, je devrais être capable de faire l'inverse. Or, cela n'est jamais le cas :

Supposez que vous considérez le rêve comme un type de langage. Une façon de dire ou de symboliser quelque chose. Ce symbolisme pourrait être régulier, sinon nécessairement alphabétique ; il pourrait être comme le chinois. Alors nous pourrions trouver un moyen de transposer ce symbolisme dans le langage que nous parlons ou que nous pensons communément. Mais la transposition devrait pouvoir se faire dans les deux sens. Il devrait être possible, en employant la même technique, de transposer des pensées ordinaires dans le langage du rêve. Freud le reconnaît, cela ne s'est jamais fait et ne se peut faire. De telle sorte que nous pourrions douter si le rêve est une façon de penser quelque chose, s'il est même un langage.

C'est l'impossibilité de cette traduction qui me semble le plus sérieux argument contre l'interprétation des rêves par la psychanalyse.

C'est écrit bien vite mais cela pourrait constituer un point de départ pour un cours sur l'interprétation. Il faudrait examiner plus précisément au moins ces deux questions :

  1. Pourquoi croire que les rêves soient l'expression de désirs ?
  2. Pourquoi croire que les rêves doivent être interprétés ?