Dans son article The Unreality of Time publié par Mind en 1908, John Ellis McTaggart a soutenu la thèse suivant laquelle le temps est irréel (comme le remarque malicieusement Lowe, si cette thèse est exacte, alors McTaggart n'a jamais écrit un tel article en 1908). McTaggart procède en deux temps : il n'y a pas de temps sans la série A et la série A est contradictoire. Les notes qui suivent s'appuient sur l'article déjà cité et sur le livre de S. Bourgeois-Gironde, McTaggart : temps, éternité, immortalité, publié aux éditions de l'éclat.

La distinction entre série A et série B

L'article s'ouvre sur une distinction qui a eu un bel avenir dans la philosophie, distinction qui recouvre nos façons de parler du temps :

  1. être passé, être présent, être futur
  2. être avant, être simultané, être après

La seconde série, appelée série temporelle B, est permanente, contrairement à la première série, appelée série temporelle A. Si les attentats du 11 septembre ont lieu avant la seconde guerre d'Irak, ils ont toujours eu lieu avant. Mais un événement qui est présent maintenant, comme la seconde guerre d'Irak, était futur et sera passé. Du fait de cette permanence, la série B semble plus objective et plus essentielle à la nature du temps que la série A. McTaggart pense le contraire :

I believe, however, that this would be a mistake, and that the distinction of past, present and future is as essential to time as the distinction of earlier and later, while in a certain sense, as we shall see, it may be regarded as more fundamental than the distinction of earlier and later. And it is because the distinctions of past, present and future seem to me to be essential for time, that I regard time as unreal.

Est-il essentiel à la réalité du temps que les événements doivent former une série A et une série B ?

Il semble que notre observation du temps nous montre qu'il forme aussi bien une série A qu'une série B. Ainsi, nous percevons directement les événements présents, tandis que nous percevons indirectement d'autres événements comme passés ou comme futurs. On peut dire également que les événements avant le présent sont passés et que ceux qui sont après le présent sont futurs.

L'une des objections que l'on pourrait faire à cette façon de voir est qu'il est possible que tout ceci soit subjectif et que la série A est une illusion de notre esprit et que seule la série B constitue la nature réelle du temps, parce qu'elle est permanente. Dans ce cas, nous ne percevons pas le temps tel qu'il est réellement mais tel que nous pensons qu'il est réellement. McTaggart s'oppose à cette objection, car si elle est vraie, alors la série A n'est pas essentielle au temps.

McTaggart attaque l'objection à partir d'une présupposition acceptée par tous : le temps implique le changement. Une chose particulière peut rester inchangée à travers le temps : nous voulons dire par là qu'elle reste la même pendant que les autres choses changent. Un univers dans lequel rien ne changerait (même les pensées des êtres conscients) serait un univers atemporel. Si seule la série B peut constituer le temps, le changement doit être possible sans la série A. Supposons que la distinction être présent, être passé, être futur ne s'applique pas à la réalité, est-ce qu'alors le changement peut s'appliquer à la réalité ? En quoi consisterait ce changement ?

  • on pourrait dire que le changement consiste dans le fait qu'un événement cesse d'être un événement, tandis qu'un autre événement devienne un événement.
  • Problème : si un événement N arrive avant un événement O et après un événement M, il sera toujours et a toujours été avant O et après M, puisque la relation antérieur-postérieure est permanente. Et comme, par hypothèse, le temps est constitué par la seule série B, N aura toujours une position dans cette série et en a toujours eu une. L'événement sera toujours et a toujours été un événement et ne peut pas commencer ou cesser d'être un événement.

  • on pourrait dire que le changement consiste dans le fait qu'un événement M fusionne avec un événement N, c'est-à-dire que M et N ont une partie commune, de telle sorte que l'on puisse dire, non pas que M a cessé d'exister et que N a commencé à exister, mais que M est devenu N.
  • Problème : même si M et N ont une partie commune, ils ne sont pas pour autant le même événement ou alors il n'y aurait pas de changement. Si à un certain moment t, M devient N, alors M a cessé d'être M et N a commencé à être N au moment t. Mais aucun événement ne peut cesser d'être ou devenir, parce qu'il a une place dans la série B. Un événement ne peut donc se changer en un autre événement.

Il reste alors pour McTaggart une seule alternative : les changements qui affectent l'événement laisse l'événement intact. D'où cette question : quelles sont les caractéristiques d'un événement qui peuvent changer, tout en laissant l'événement lui-même inchangé ? Si l'on définit « caractérisque » comme un terme général englobant à la fois les qualités possédées par un événement et les relations dont il constitue le terme, il n'existe qu'une seule classe de ces caractéristiques pour McTaggart : la détermination de l'événement dans les termes de la série A.