Via Le portail des copains, un article qui rejoint les thèmes défendus par Hazan :

(en parlant du livre de Serge Paugam, L’exclusion : l’état des savoirs)

La thèse centrale implicite soutenue dans ce dernier ouvrage est que la société française contemporaine, rebaptisée selon le cas « société post-industrielle » ou « société post-moderne » ne serait plus divisée entre un haut et un bas mais entre les in et les out : d’une part, un vaste groupe central de personnes incluses dans l’activité économique et sociale ; et, d’autre part, des populations, dont le nombre va grandissant, d’exclus de l’activité économique et sociale du fait des évolutions des formes d’emploi (la précarité professionnelle), mais aussi des formes de la vie conjugale et familiale (la précarité conjugale et familiale). L’exclusion y est définie comme un état de « rupture du lien social » ou comme un état de « disqualification sociale » (Paugam) ou encore comme un « état de désaffiliation sociale » (Robert Castel). Thèse reprise et déclinée tout le long des années 1990 par des dizaines d’ouvrages, d’articles de revue, d’articles de presse, de discours politiques, etc.

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Cet ensemble de représentations obtiendra sa consécration avec l’adoption en 1998 d’une « loi sur l’exclusion ». L’exclusion n’est plus alors seulement une catégorie de la pensée sociologique mais devient une catégorie de l’action politique et administrative. Toutes les politiques sociales sont depuis lors tournées contre cette nouvelle hydre, mal post-moderne aux têtes multiples : l’exclusion.

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Mon objectif dans cet article est de procéder à une critique de cet ensemble de représentations, à la fois vulgaires et savantes. Autrement dit, je me propose de montrer que chômage, précarité et exclusion ne sont nullement extérieurs au salariat, qu’ils en sont au contraire des dimensions constitutives essentiels ; et que, par conséquent, loin de constituer des phénomènes exceptionnels, marginaux, périphériques, ils sont au contraire des phénomènes structurels dont seuls changent les formes historiques-mondiales sous lesquels ils se manifestent.

Alain Bihr, La précarité au cœur du rapport salarial.