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11 décembre 2009

Le grand écart de l'écologie politique

« L’écologie politique est en train de bouleverser l’ensemble des représentations de ce qui est bien, beau et juste dans nos sociétés européennes et probablement américaines. Après 25 ans d’hégémonie du libéralisme productiviste, qui succédaient eux-mêmes à 25 ans d’hégémonie du fordisme (productivisme social), l’écologie politique séduit maintenant dans un arc de cercle immense, allant du centre-droit à l’extrême gauche. Mais, aux deux extrêmes, les difficultés sont grandes. »

Alain Lipietz, Le grand écart d’Europe Écologie

Qu’est-ce qui fait changer les mentalités collectives ?

4 août 2009

Rien ne sera plus comme avant

« Toute crise est un moment de rupture, où l’on ne peut plus continuer comme avant. Cette fois, elle nous dit que l’on ne peut pousser plus avant l’économie globalisée, sur le mode libéral et ultra-productiviste qui s’est imposé depuis vingt ans. La crise actuelle me semble relever de deux crises que nous avons déjà connues. Une crise écologique, où la rareté des ressources énergétiques et alimentaires devient criante, comme en 1848. Et une crise à la 1930 liée à un partage salaires/profits très déséquilibré, et surtout une distribution trop concentrée au profit des plus hauts salaires comme des plus gros bénéfices. Insidieusement, nous sommes revenus à une économie de la rente. Et ceci est vrai, tant au niveau local qu’à l’échelle mondiale. C’est bien cette double crise qui a conduit les travailleurs pauvres à s’endetter pour se loger, puis, quand les prix du pétrole et de la nourriture se sont envolés, à arbitrer contre leurs remboursements, provoquant la crise des subprimes. Le monde d’après sera, sans doute, moins productiviste et moins libéral. Sera-t-il plus ou moins social, plus ou moins démocratique ? Je ne sais. L’histoire a montré que les lendemains de crise pouvaient prendre des voies multiples. »

Entretien avec Alain Lipietz

10 février 2008

Écologie politique et mondialisation

À ce nationalisme exportateur, pour qui l’État n’est plus que l’auxiliaire d’entreprises conquérantes, et l’infirmerie des dégâts de la guerre économique, s’oppose dès cette époque, mais seulement en pointillés, une autre réponse. Elle est elle-même le point de convergence de deux courants théoriques bien distincts.
Il y a tout d’abord ce que l’on pourrait appeler la « social-démocratie étendue » : reprendre en l’amplifiant le raisonnement du mouvement ouvrier depuis le XIXe siècle. Puisque les conquêtes ouvrières sont réabsorbées par la concurrence venue d’ailleurs, il faut les consolider par un espace politique au moins aussi large que l’espace économique où s’exerce cette concurrence. De même qu’on est passé des conventions départementales aux conventions collectives et aux législations nationales, il faut passer à des conventions collectives et à des législations transnationales. Or, la réalité de l’internationalisation s’exerce quand même à l’échelle de continents plutôt que directement à l’échelle du globe. Si l’on considère par exemple l’Europe comme un tout, elle n’a pas cessé de s’autocentrer, produisant de plus en plus ce qu’elle consomme, et consommant de plus en plus ce qu’elle produit. Une législation sociale et fiscale qui serait la même pour toute l’Europe aurait, à l’intérieur de l’Europe, les mêmes effets bénéfiques que l’État protecteur national.
Malheureusement, si Jacques Delors, devenu Président de la Commission européenne, accélère avec l’Acte unique l’unification économique de l’Europe, en espérant construire l’espace politique régulateur coiffant cet ensemble, il doit assez tôt déchanter. Les gouvernements, trop heureux de pouvoir reporter sur « l’Europe » l’explication de leurs difficultés, et peu soucieux d’abandonner leurs prérogatives au profit d’une superstructure européenne, créent, avec le traité de Maastricht, la Constitution la plus libérale que le monde ait connue. La monnaie y est gérée par un consensus de banquiers, les marchandises et les capitaux circulent sans entrave… mais le pouvoir politique et régulateur, et donc les règles sociales et fiscales, restent dispersés entre une quinzaine de pays qui bientôt deviendront 27.
Les traités d’Amsterdam et de Nice aggravent encore la situation. Quand une Convention d’élus produit enfin un projet de Traité constitutionnel assurant un peu plus de contrôle démocratique supranational sur cet ensemble, il est rejeté aussi bien par les libéraux des Pays Bas et le Financial Times que par la vieille gauche nationaliste française, alliée à la vieille droite pour la circonstance, cela au nom du caractère anti-social… des traités qu’il s’agissait de remplacer !

Alain Lipietz, Écologie politique et mondialisation

29 mai 2005

Europe et prospective

Alors qu'il est difficile ce soir de ne pas se laisser aller aux passions tristes, Alain Lipietz s'essaie à un petit exercice de prospective, dans ce texte daté du 24 mai, dont j'extrais ce paragraphe, qui examine les conséquences de ce vote quelqu'en soit les résultats :

Soyons clairs, la gauche est en miettes et le débat sur le TCE n'est qu'un des chapitres de sa crise profonde. Le débat sur le voile, le débat sur la Turquie, qui ont atteint ou atteindront le même niveau d'hystérie politique (comme dit Emmanuel Terray), traduisent la même crise : la crise du modèle d'hégémonie progressiste issu non pas de la Révolution française, mais de l'affaire Dreyfus. Un certain nombre de présupposés implicites sur ce que c'est qu'être de gauche auront volé en éclats. Le TCE, parce qu'il pose clairement le problème d'un bond vers le fédéralisme européen, a conduit les uns et les autres, soit à accepter ce bond, soit à se crisper sur le modèle républicain de la Troisième république, avec le rôle de sa noblesse d'Etat, de ses barons locaux gérant le rapport de la société civile locale au centre parisien, avec cette laïcité catholique qui fait le charme de nos campagnes, avec cette conscience bien enracinée que le coq gaulois en sait plus long sur le bonheur de l'Humanité que la chouette de Hegel.

Lipietz.net - Si le Oui l'emporte, si le Non l'emporte...

Qu'est-ce que c'est que d'être de gauche aujourd'hui, en 2005, en Phrance ?