Alors qu'il est difficile ce soir de ne pas se laisser aller aux passions tristes, Alain Lipietz s'essaie à un petit exercice de prospective, dans ce texte daté du 24 mai, dont j'extrais ce paragraphe, qui examine les conséquences de ce vote quelqu'en soit les résultats :
Soyons clairs, la gauche est en miettes et le débat sur le TCE n'est qu'un des chapitres de sa crise profonde. Le débat sur le voile, le débat sur la Turquie, qui ont atteint ou atteindront le même niveau d'hystérie politique (comme dit Emmanuel Terray), traduisent la même crise : la crise du modèle d'hégémonie progressiste issu non pas de la Révolution française, mais de l'affaire Dreyfus. Un certain nombre de présupposés implicites sur ce que c'est qu'être de gauche auront volé en éclats. Le TCE, parce qu'il pose clairement le problème d'un bond vers le fédéralisme européen, a conduit les uns et les autres, soit à accepter ce bond, soit à se crisper sur le modèle républicain de la Troisième république, avec le rôle de sa noblesse d'Etat, de ses barons locaux gérant le rapport de la société civile locale au centre parisien, avec cette laïcité catholique qui fait le charme de nos campagnes, avec cette conscience bien enracinée que le coq gaulois en sait plus long sur le bonheur de l'Humanité que la chouette de Hegel.
Lipietz.net - Si le Oui l'emporte, si le Non l'emporte...
Qu'est-ce que c'est que d'être de gauche aujourd'hui, en 2005, en Phrance ?