En février, j'ai participé au sixième séminaire interacadémique de
Paimpont. C'est la première fois où l'on nous considérait comme des
producteurs de philosophie et non comme des consommateurs. Trois jours
d'exposés (on dormait sur place) autour du thème Normes et
expérience.
Bruno Gnassounou a fait un exposé sur La règle et la coutume dans
le débat Hart-Dworkin très intéressant. Un autre exposé que j'ai
trouvé lumineux est celui d'Aurélien Berlan intitulé Critique sociale
et critique culturelle, dans lequel il distingue deux
choses :
- la critique sociale : elle concerne la justice et entend dénoncer
les injustices (gagnant-perdant). Elle traite de mes rapports à l'autre et
des restrictions que sa présence implique pour mes actions (point de vue
moral).
- la critique culturelle : elle concerne le bien et entend dénoncer
les pathologies, c'est-à-dire que c'est une dénonciation de maux comme
déviance par rapport à une vie normale. Elle porte un diagnostic sur le
monde vécu et traite de mes rapports à moi-même et à ma réalisation (point
de vue éthique).
Bon, je schématise (il y a 11 pages, j'ai récupéré l'article), on
pourrait dire que la distinction éthique - morale est artificielle (mais on
a le même problème avec métaphysique et ontologie), ou si cette séparation
est indispensable (comment concilier les deux ensuite ?), comment penser le
rapport à la politique (entendue au sens large : « comment vivre
ensemble ? »), etc.
Mais il me semble que le point le plus important est que les formes de
pouvoir jouent sur la confusion de ces deux niveaux pour maintenir la peur,
la honte et la culpabilité : je n'ai pas le droit d'être malheureux
parce qu'il y a des gens, dans le monde, qui sont plus malheureux que moi,
ou, si vous n'êtes pas content, il y a trente personnes qui sont prêtes à
prendre votre place, etc. Je suis en train de creuser cela.
J'ai également eu cette année des conférences sur les sentiments et les
émotions, et notamment un exposé de Pouivet Pourquoi pleure-t-on au
cinéma ? qui m'a soufflé lorsqu'il a posé le problème
philosophique : comment peut-on être ému en face de quelque chose qui
n'existe pas ? Comment peut-on éprouver un sentiment pour une fiction,
alors que nous savons très bien que c'est une fiction ? Je suis en
train de creuser cela.
C'est en revenant de Rennes que j'ai pété ma boite de vitesse et perdu
l'huile de la boîte sur la route. Le gros panache de fumée blanche,
consécutif au suintement de l'huile sur le pot d'échappement, m'a permi
d'avoir de nombreuses relations sociales avec mes congénères automobilistes
(aux nombreux gestes simulants une cigarette fumée, je répondais par un
petit geste amical).
Mon disque dur m'a laché il y a deux semaines : j'ai réussi à récupérer
une partie de ce que j'avais écris, mais pas tout. Le mémoire est plutôt mal
parti. Je travaille sur la théorie des touts et des parties, c'est-à-dire la
méréologie (du grec méros, partie). C'est un truc de Husserl qui a été
abandonné par tous les phénoménologues (sauf English), mais qui a été repris
par la philosophie analytique.
La méréologie entend répondre à des questions ontologiques essentielles
comme : ma jambe droite fait-elle partie de la Phrance ? Suis-je
identique à mon histoire ? Du point de vue politique, ce n'est que très
récemment que j'ai fait le lien avec la revue Multitudes,
qui entend substituer au concept de peuple (Hobbes) celui de multitude
(Spinoza) : elle correspond, en fait, à la distinction logique entre
classe collective et classe distributive. C'est une revue influencée par la
théorie de l'Empire développée par Hart et Négri (encore un vieux
situationniste).
Depuis que je lis l'Éthique à Nicomaque, je vais beaucoup
mieux.