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15 décembre 2010

Éric Hazan, éditeur subversif

« Je ne fais pas de la résistance, car la résistance voudrait dire que l’on est en train d’être battus. Or, la bataille n’est pas livrée. Je préfère parler d’autodéfense  »

Éric Hazan, éditeur « subversif » en pleine « guerre civile »

13 septembre 2006

La précarité au cœur du rapport salarial

Via Le portail des copains, un article qui rejoint les thèmes défendus par Hazan :

(en parlant du livre de Serge Paugam, L’exclusion : l’état des savoirs)

La thèse centrale implicite soutenue dans ce dernier ouvrage est que la société française contemporaine, rebaptisée selon le cas « société post-industrielle » ou « société post-moderne » ne serait plus divisée entre un haut et un bas mais entre les in et les out : d’une part, un vaste groupe central de personnes incluses dans l’activité économique et sociale ; et, d’autre part, des populations, dont le nombre va grandissant, d’exclus de l’activité économique et sociale du fait des évolutions des formes d’emploi (la précarité professionnelle), mais aussi des formes de la vie conjugale et familiale (la précarité conjugale et familiale). L’exclusion y est définie comme un état de « rupture du lien social » ou comme un état de « disqualification sociale » (Paugam) ou encore comme un « état de désaffiliation sociale » (Robert Castel). Thèse reprise et déclinée tout le long des années 1990 par des dizaines d’ouvrages, d’articles de revue, d’articles de presse, de discours politiques, etc.

(...)

Cet ensemble de représentations obtiendra sa consécration avec l’adoption en 1998 d’une « loi sur l’exclusion ». L’exclusion n’est plus alors seulement une catégorie de la pensée sociologique mais devient une catégorie de l’action politique et administrative. Toutes les politiques sociales sont depuis lors tournées contre cette nouvelle hydre, mal post-moderne aux têtes multiples : l’exclusion.

(...)

Mon objectif dans cet article est de procéder à une critique de cet ensemble de représentations, à la fois vulgaires et savantes. Autrement dit, je me propose de montrer que chômage, précarité et exclusion ne sont nullement extérieurs au salariat, qu’ils en sont au contraire des dimensions constitutives essentiels ; et que, par conséquent, loin de constituer des phénomènes exceptionnels, marginaux, périphériques, ils sont au contraire des phénomènes structurels dont seuls changent les formes historiques-mondiales sous lesquels ils se manifestent.

Alain Bihr, La précarité au cœur du rapport salarial.

11 septembre 2006

LQR, la propagande au quotidien

Couverture du livre d'Éric Hazan, « LQR, La propagande au quotidien. »

Dans son ouvrage LQR, sous-titré La propagande au quotidien, Éric Hazan examine ce qu'il appelle la Lingua Quintae Respublicae (abrégé en LQR), autrement dit la langue de la Ve République.

Cette expression est un hommage à Victor Klemperer, l'auteur de LTI, la langue du IIIe Reich, carnets d'un philologue.

Bien sûr, une telle comparaison pourrait choquer et l'auteur s'en explique : il ne s'agit pas de soutenir que le régime de la Ve République française est identique au IIIe Reich allemand, mais de dégager les traits communs entre les deux langues.

Je conseille la lecture de cet ouvrage, même s'il souffre de 2 faiblesses :

  • comme l'auteur le reconnaît lui-même, la présentation de ces mots, ces tournures, ces procédés s'est construite principalement par associations d'idées ;
  • la volonté de présenter ces mots, ces tournures, ces procédés en fonction de leur emploi dans la propagande médiatique, politique et économique actuelle, tout en organisant le livre autour de chapitres qui n'ont rien à voir avec cet emploi, me semble nuire à cet objectif.

Ainsi sur l'origine de cette langue : si, comme le soutient l'auteur, elle résulte de l'influence croissante, à partir des années 1960, de deux groupes aujourd'hui omniprésents parmi les décideurs de la constellation libérale, les économistes et les publicitaires, il aurait peut être fallu examiner les emplois d'un même mot dans différents milieux, comme pour le terme sécurité, par exemple.

Quelques citations (les parenthèses renvoient à la pagination).

L'euphémisme

Sa double fonction :

  1. le contournement-évitement (ce que j'appelle plutôt exténuation), comme par exemple, les partenaires sociaux, la privatisation ou la gouvernance :

    Ernest-Antoine Seillière explique que la notion d'entrepreneur - qui désignait naguère un patron du bâtiment - s'est parfaitement enracinée pour essayer de se substituer à celle de chef d'entreprise (hiérarchique) et à celle de patron (qui est peu archaïque quand on l'associe à patronat). Il faut faire attention à la terminologie. Entreprendre, c'est positif, patron, c'est autoritaire, chef d'entreprise, c'est technologique. (p. 31)

  2. le masquage, comme par exemple, les réformes, la crise, la croissance :

    Mener des réformes pour sortir de la crise si, non pas Dieu le veut, mais la croissance le permet, telle est la conduite prônée par les experts, approuvés par les financiers et mise en pratique par les politiciens. (p. 36)

    ou encore les mots préfixés par post- comme post-colonialisme ou post-industrielle :

    Faire disparaître l'industrie a bien des avantages : en renvoyant l'usine et les ouvriers dans le passé, on range du même coup les classes et leurs luttes dans le placard aux archaïsmes, on accrédite le mythe d'une immense classe moyenne solidaire et conviviale dont ceux qui se trouvent exclus ne peuvent être que des paresseux ou des clandestins. (p. 38)

(qui se souvient de ces reportages du journal Le Monde qui redécouvrait, après les élections présidentielles de 2002, l'existence d'ouvriers ?)

L'antiphrase

C'est une figure de rhétorique par laquelle on emploie un mot, un nom propre, une phrase, une locution, avec l'intention d'exprimer le contraire de ce que l'on a dit (voir le TLFI) :

Quand tout concourt à l'isolement, il n'est question que de dialogues, d'échange, de communication et le mot ensemble (...) prolifère sur les murs. (p. 44)

L'essorage sémantique

Basé sur la répétition, il consiste à vider de son sens : République, écologie, utopie, citoyen, cartésien, social, modernité, pays des droits de l'homme

On pourrait comparer ce glissement à celui qui a donné à cartésien le sens de rationaliste borné, faisant du philosophe du doute systématique une sorte de monsieur Homais à jabot de dentelle. (p. 52)

Voilà pour un bref aperçu.

On peut rapprocher ce livre de l'article d'Émmanuel Malherbet, Paix politique ou déni de conflit. Je ne sais pas si une typologie complète des figures de la rhétorique politique contemporaine a été établi, mais si quelqu'un en connaît une, n'hésitez pas.

Source : Éric Hazan, LQR, la propagande au quotidien, Raisons d'agir, 2006.