« Puis, au fil du temps, après m’être familiarisé avec la littérature philosophique, il m’est apparu de plus en plus clairement qu’il était impossible de sortir de l’hégélianisme ; pour reprendre la formule de Marx, Hegel ne pouvait être considéré comme « un chien crevé »… Bon nombre des arguments éthiques que Kierkegaard avait dirigés contre Hegel me semblaient en quelque sorte « inhérents » à son système. Par la suite, l’enseignement du philosophe allemand Hans Georg Gadamer, ainsi que de l’herméneutique d’origine heideggerienne, a eu une influence décisive sur ma relation à Hegel : dire que l’expérience de la vérité est toujours une « interprétation », c’est-à-dire la lecture du fait à la lumière d’un horizon historique, cela signifie que l’on reconnaît la vérité de l’historicité hégélienne ; et cela même si l’on ne suit pas Hegel jusque dans sa doctrine du « savoir absolu ». En d’autres termes, Hegel a raison, sauf lorsqu’il théorise qu’il existe une ligne d’arrivée définitive du savoir. »
Entretien avec Gianni Vattimo
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1 mai 2008
On ne peut pas sortir de l'hégélianisme
21 février 2003
Critique sociale et critique culturelle
Introduction
Présentation de la distinction entre la critique sociale qui vise les injustices (déontologie) et la critique culturelle qui les pathologies (axiologie).
Point de départ : les divers discours critiques portent sur le monde social-culturel. Le social est généralement le lieu fourre-tout : culturel, politique, etc.
Critique de la modernité ou des temps présents. Tous ces discours critiquent-ils le même présent ?
Il y a trois éléments dans la critique :
- un objet critiqué ;
- un critère de la critique ;
- un sujet qui articule l'objet et le critère.
(1) concerne l'environnement social et culturel tandis que (2) pose la question : quelles sont les bases normatives du critère ? Critiquer le monde moderne est-ce toujours faire référence à l'injustice et à l'inégalité ? Non, car c'est plutôt de l'ordre du pathologique. Quelle est la vie normale, bonne, saine ? Voir Habermas et la grammaire des formes de vie.
Thèse défendue par l'auteur : il faut distinguer entre les deux modalités.
Pourquoi parler de critique ici, entre société et culture ? La critique culturelle est la Kultur Critik du début du siècle dernier (Nietzsche, Simmel, Luckacks, Freud, Musil, etc.). Quel est le point commun entre eux ? Ce qui est dénoncé, ce sont des maux comme déviance par rapport à une vie normale, c'est-à-dire que c'est un diagnostic qui est porté sur le monde vécu.
La structure des phénomènes critiques
distinctions : quantité (inégalité) versus qualité (mieux, moins bien, pire), extension versus répartition.
L'injustice : gagnant versus perdant. Ce n'est pas le cas dans le pathologique (= conditions de vie nuisible à chacun). Dans cette nuisance, qui est responsable ou coupable ici ? Alors que dans l'injustice, on peut trouver un responsable ou un coupable.
Il y aurait une double situation :
- situation relationnelle (l'injustice) : voir le cinquième livre de l'Éthique à Nicomaque d'Aristote.
- situation individuelle (la pathologie) : l'individu et la vie personnelle.
Pourquoi parler de pathologie sociale ? [...] Double situation individuelle : victime et médecin. Attention : c'est différent de bénéficiaire-victime dans la critique sociale.
Critique sociale = le juste.
Critique culturelle = le bien (valeur).
On arrive à la distinction éthique (choix de vie à mener, téléogie) et morale (devoir + norme, déontologie).
Critique sociale = éthique (le rapport à soi et à sa réalisation).
Critique culturelle = morale (le rapport à l'autre).
Ce sont deux approches différentes.
L'exemple de Robinson qui peut se donner une morale mais qui ne peut pas la suivre.
La société est le lieu du vivre-ensemble ; la culture est le lieu de la construction subjective.
Critique culturelle : mode de vie possible
Pourquoi les formes de vie sont-elles importantes ? Notre mode de vie détermine notre caractère ou notre personalité. Trois niveaux :
- condition de vie (éthos, puissance éthique chez Hegel)
- forme de vie
- personnalité concrète
Voir le § 145 de Principe de la philosophie du droit de Hegel.
Les caractéristiques sont central dans la Critique culturelle.
Quel est le critère de la critique ?
Il y aurait un certain idéal humain au nom de quoi on pourrait critiquer la vie actuelle.
Pathologie sociale = ce qui entrave le type humain d'un point de vue normal
Conclusion
Distinction analytique : on ne préjuge en rien de leur entrecroisement.
Voir Marx : exploitation (critique sociale) et aliénation (critique culturelle).
Les deux critiques pourraient être développé purement de tout élément de l'une et de l'autre.
Sur la critique sociale, voir Rawls ; sur la critique culturelle, voir Nietzsche.
Une expérience de pensée : une société entièrement juste mais avec des situations qui continueraient à être critiquable (tutélaire : assistanat). La médiocrité, l'uniformité.
Discussion
- L'Utopie de More aurait règlé la question de la critique sociale.
- La distinction éthique et morale est trop forte. Même si on peut s'appuyer dessus, il ne faut pourtant pas trop insister sur cette distinction. Voir les problèmes étymologique là-dessus. On retrouve le même problème avec ontologie et métaphysique.
- La séparation est indispensable : comment concilier les deux par la suite ? Et comment penser le rapport à la politique ?
18 février 2003
Absence
Je m'absente trois jours pour suivre le sixième séminaire interacadémique de Paimpont intitulé Normes et expériences dont voici le programme :
- mercredi 19 février 2003
- André Clair, Impératif moral et éthique existentielle chez Kierkegaard
- Jean-Michel Vienne, Expérience, sens, raison : où l'empirisme anglais cherche-t-il ses normes ?
- Bruno Gnassonou, La règle et la coutume dans le débat Hart-Dworkin
- jeudi 20 février 2003
- Catherine Colliot-Thélène, Sociologie juridique et théorie du droit chez Max Weber : la règle et la norme
- Aurélien Berlan, Critique sociale et critique culturelle
- Philippe Robert, Désécularisation et légitimation
- Dominique Berlioz, Lectures de Hume : la norme entre raison et sentiment
- Laura Duprey, Les monstres et la norme biologique au dix-huitième siècle
- vendredi 21 février 2003
- André Stanguennec, Empirisme et théorie du droit naturel dans l'article de Hegel sur le droit naturel (1802)
- Franck Lihoreau, Preuve de Moore et circularité
