Dans son livre Parts publié en 1987, Peter Simons
se fixe deux objectifs :
- exposer les différentes espèces de méréologie éparpillées dans la
tradition philosophique ;
- exposer les défauts philosophiques de cette tradition et suggérer
quelques solutions à ces défauts.
La théorie formelle des touts et des parties habituelle s'appelle la
méréologie extensionnelle classique (MEC). Historiquement,
elle a pris deux formes :
- le calcul des individus de Leonard et Goodman ;
- la Méréologie de Stanislaw Lesniewski.
On peut porter deux critiques contre la MEC :
- elle soutient l'existence de certains individus appelés sommes
méréologiques pour lesquels l'existence que nous en
avons n'est pas évidente en dehors de la théorie elle-même ;
- la théorie n'est pas applicable à beaucoup d'objet autour de nous,
c'est-à-dire qu'elle a peu d'usage comme reconstruction formelle des
concepts de tout et de partie que nous employons actuellement.
On peut avancer deux raisons à ce caractère inapplicable :
- la logique sous-jacente à la MEC n'a pas les ressources nécessaires pour
traiter les notions de modalité et de temporalité en connection avec la
méréologie, comme les parties temporaires, les
parties temporelles, les parties
essentielles ou les parties permanentes
essentielles.
(Cette raison n'est pas interne à la MEC : on peut envisager de
l'étendre pour s'occuper des concepts temporels et modaux)
- une raison, interne celle-là, appelée extensionnalité
méréologique, c'est-à-dire la thèse selon laquelle les objets qui
ont les mêmes parties sont des objets identiques.
En effet, si l'on accepte l'extensionnalité méréologique, on va se
trouver confronté à deux problèmes :
- certaines choses (comme les êtres humains par exemple) possèdent
différentes parties à différents moments du temps : elles sont
méréologiquement variables. Or, une chose qui possède
différentes parties à différents moments du temps ne peut pas être identique
à la somme de ses parties à n'importe quel moment du temps, sinon elle
serait différente d'elle-même ;
- certaines choses (comme les êtres humains par exemple) peuvent avoir des
parties différentes tout en étant la même chose : elles ne sont pas
modalement rigides dans leurs parties. Si l'on accepte la
thèse selon laquelle des choses qui possèdent les mêmes parties doivent
être identiques, alors une chose ne peut pas avoir d'autres parties que
celles qu'elle possède actuellement : c'est la thèse de
l'essentialisme méréologique, dont le meilleur représentant
est Roderick Chisholm.
Quelle stratégie adopter si l'on veut préserver l'extensionnalité face à
ces deux problèmes ? On peut en énumérer certaines :
- réviser la logique de l'identité ;
- soutenir que les objets ont des parties détachables ;
- ignorer les questions modales ;
- soutenir que les objets sont méréologiquement constants ;
- remplacer les choses (continuants) par des
processus (devenants)
La première partie du livre examine ces questions, la seconde traite de
la méréologie des continuants et la dernière des relations entre modalités
et méréologie à partir de la théorie de Husserl.