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2 novembre 2009

Apolitisme

« Il y a dans cette urgence à réévaluer le problème social une façon pour Musil de rendre publique une prise de conscience personnelle : l’apolitisme est le luxe des élites sociales et le désintérêt pour le politique est motivé par l’aversion à l’égard de l’homme ordinaire et du commun. Or, Musil ne souhaite pas assumer un tel élitisme, mais bien faire comprendre l’apolitisme comme un pis-aller transitoire, comme une position de circonstances fondée sur l’aversion envers la société réelle et les institutions qui la gouvernent. Dans le même temps, Musil élabore une éthique axée sur la réalisation de soi, l’authenticité, la fidélité et l’accord avec soi-même, la conversion désintéressée du regard, l’amour et la réalisation d’un moi meilleur. Cette éthique, que l’on peut désigner comme le perfectionnisme moral de Musil, suppose un certain individualisme, matérialisé dans le roman par la fuite d’Ulrich hors du monde ordinaire, le retranchement à l’écart de la société. »

Robert Musil, un apolitisme de l’aversion

Qui n’a toujours pas lu Musil ?

3 décembre 2007

Dix livres de philosophie qui m'ont marqué

Une réponse au sondage de Florian.

L'auteur qui m'a le plus marqué est Husserl (eh oui ! Quelle surprise ! Vous êtes tombés sur le carnet Web d'un phénoménologue tendance canal historique).

Voici les dix livres de philosophie qui m'ont le plus marqué et qui possèdent encore aujourd'hui, pour moi, une grande importance :

  1. Arendt, Conditions de l'homme moderne
  2. Aristote, L'éthique à Nicomaque
  3. Debord, La société du spectacle
  4. Descartes, Méditations métaphysiques
  5. Frege, Recherches Logiques
  6. Husserl, La philosophie comme science rigoureuse
  7. La Boétie, Discours de la servitude volontaire
  8. Marx, Le capital (livre 1)
  9. Musil, L'homme sans qualités
  10. Russell, Problèmes de philosophie

Parmi les livres de philosophie qui m'ont laissé une très mauvaise impression, il y en a tellement qu'en faire une liste serait rapidement fastidieux. Un seul me vient en tête ce soir : il s'agit de Acheminement vers la parole de Heidegger.

24 avril 2006

Note

C'est intéressant = cela occupe.

Musil, Journaux, Tome 1.

31 janvier 2005

33

Pour moi-même, de l'un des plus beaux livres qu'il m'ait été donné de lire :

Alors, Ulrich se souhaita d'être un homme sans qualités. Mais les choses ne sont pas tellement différentes chez les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sache encore, dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver à ce qu'ils sont, à leurs distractions, leur conception du monde, leur femme, leur caractère, leur profession et leurs succès : mais ils ont le sentiment de n'y plus pouvoir changer grand chose. On pourrait même prétendre qu'ils ont été trompés, car on n'arrive jamais à trouver une raison suffisante pour que les choses aient tourné comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi bien pu tourner autrement ; les événements n'ont été que rarement l'émanation des hommes, la plupart du temps ils ont dépendu de toutes sortes de circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes, ils leur sont simplement tombés dessus à un moment donné. […]

Le plus étrange est encore que la plupart des hommes ne s'en aperçoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est venu à eux, dont la vie s'est acclimatée en eux, les événements de sa vie leur semblent désormais l'expression de leurs qualités, son destin est leur mérite ou leur malchance. Il leur est arrivé ce qui arrive aux mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est accroché à eux, ici agrippant un poil, là entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillottés jusqu'à ce qu'ils soient ensevelis dans une housse épaisse qui ne correspond plus que de très loin à leur forme primitive.

Musil, L'homme sans qualités.

6 octobre 2004

Séminaire sur la vie quotidienne

Un savoir sur la vie quotidienne est-il possible ? Un élément de réponse est fourni par le séminaire dirigé par Pierre Macherey intitulé La philosophie au sens large. La première conférence datée du 29 septembre, Le quotidien, objet philosophique ?, a été mis en ligne. Si je passe sur les choses fausses comme la fin de la métaphysique ou de l'histoire ou de la philosophie (il faut vraiment être français —ou lillois — pour y croire encore) et les références obligées mais convenues (Heidegger et sa vie quotidienne passionnante sous le Troisième Reich) ou surprenantes mais agréable (Lefebvre et Debord), je retiens cette référence au livre d'un auteur que je ne connais pas, Guillaume Le Blanc qui a publié Les maladies de l'homme normal dont Macherey parle en ces termes :

Par maladies (au pluriel) de l'homme normal, Guillaume Le Blanc entend, non les ratés ou les accidents de la normalité, qui viennent abruptement en rompre le cours usuel, mais l'ensemble des frustrations qui, sur fond de mauvaise conscience, conditionnent en permanence une existence d'homme normal, c'est-à-dire la masse des possibles qui ont dû être sacrifiés pour que cette fin soit atteinte : devenir normal au sens d'une existence socialement acceptée et reconnue ; car l'absence de ces possibles hante de façon obsédante, quoique sous forme diffuse, la constitution psychique de tout homme réputé normal, qui du reste pourrait à tout moment cesser de l'être et ne peut manquer d'être d'une manière ou d'une autre hanté par cette inévacuable éventualité.

Ce rapprochement avec Musil me frappe énormément. Je me retrouve entièrement dans cette description de quelqu'un hanté par la masse des possibles sacrifiés. Il va falloir que je me penche sur le cas de ce Le Blanc.

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