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2 août 2006

Biopouvoir et biopolitique

C'est en 1976, dans le dernier chapitre de La volonté de savoir que Foucault introduit la notion de biopouvoir et de biopolitique. Le titre dudit chapitre, Droit de mort et pouvoir sur la vie, dit bien à quoi ces deux notions sont reliées : le droit de vie et de mort détenu par le pouvoir souverain, et plus précisément, le droit de faire mourir ou de laisser vivre. À partir du XVIIème siècle s'opère en Occident une transformation qui substitue à ce droit, le droit de faire vivre ou de rejeter dans la mort.

Ce nouveau pouvoir sur la vie se développe en prenant 2 formes :

  1. une forme centrée sur le corps comme machine au moyen de displines (qui comprennent aussi bien des institutions comme l'armée, l'école que des réflexions sur la tactique, l'apprentissage, l'éducation, l'ordre des sociétés, etc.)
  2. le pouvoir sur le corps-espèce au moyen de contrôles régulateurs (comme la régulations des populations, la démographie, le niveau de santé, la durée de la vie, la longévité,etc.), bref une bio-politique de la population.

Avec cette transformation s'ouvre l'ère d'un bio-pouvoir :

L'homme occidental apprend peu à peu ce que c'est que d'être une espèce vivante dans un monde vivant, d'avoir un corps, des conditions d'existence, des probabilités de vie, une santé individuelle et collective, des forces qu'on peut modifier et un espace où on peut les répartir de façon optimale. Pour la première fois sans doute dans l'histoire, le biologique se réfléchit dans le politique : le fait de vivre n'est plus ce soubassement inaccessible qui n'émerge que de temps en temps, dans le hasard de la mort et sa fatalité ; il passe pour une part dans le champ de contrôle du savoir et d'intervention du pouvoir.

Le biopolitique désignerait ainsi

ce qui fait entrer la vie et ses mécanismes dans le domaine des calculs explicites et fait du pouvoir-savoir un agent de transformation de la vie humaine.

1 août 2006

Biopouvoir et sécurité

(Tous les 6 mois, retrouvez sur ce carnet des notes de lectures sur Multitudes, de Hart et Negri).

Après avoir décrit les nouvelles formes de guerre, les auteurs poursuivent leurs analyses sur l'Indiscernabilité de la guerre et de la politique.

  • la guerre est devenue un absolu avec le développement technologique d'armes de destruction de masse et/ou de destruction totale : avec Auschwitz et Hiroshima, nous atteignons les limites de la guerre, la pure production de la mort.
  • Lorsque le génocide et l'arme nucléaire mettent en jeu la vie même, la guerre devient ontologique au sens le plus rigoureux du terme. (p. 34)

    (L'expression guerre ontologique ne veux rien dire : sans doute faut-il comprendre ici l'adjectif ontologique comme synonyme d'absolu ou de fondamental)

  • la guerre semble évoluer dans 2 directions :
    1. elle se réduit à l'action policière
    2. les technologie de destruction la portent à niveau absolu

      Ces 2 directions ne sont pas contradictoires entre elles : le fait que la guerre se réduise au travail de police n'annule pas mais, au contraire, confirme sa dimension ontologique (p.35)

  • Le biopouvoir détient le pouvoir sur la destruction massive de la vie, mais il peut prend aussi la forme de la violence individualisée :

    "Comment un homme s'assure-t-il de son pouvoir sur un autre, Winston ?" Winston réfléchit. "En le faisant souffir", répondit-il. "Exactement. En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas".

    Orwell, 1984.

  • La torture comme technique de contrôle.
  • pourtant, ni l'une ni l'autre ne doivent aboutir à la mort : Le pouvoir souverain ne vit lui-même qu'en préservant la vie de ses sujets, ou tout au moins leur capacité de produire et de consommer (p. 36)
  • passage d'une rhétorique de la défense à la sécurité : cette dernière brouille la distinction entre intérieur et extérieur, entre police et armée.
  • inversion de l'agencement traditionnel du pouvoir :
    1. le pouvoir de faire la guerre
    2. le pouvoir de contrôle politique
    3. le pouvoir administratif et disciplinaire
  • La guerre comme élément premier : La souveraineté impériale produit de l'ordre non pas en mettant un terme à la guerre de tous contre tous mais en proposant un régime d'administration disciplinaire et de contrôle politique directement fondé sur une action guerrière continue.
  • Paradoxe : la guerre en devenant fondement du politique doit toutefois produire de nouvelles formes juridiques, c'est-à-dire qu'elle crée son propre ordre juridique.
  • l'exemple de la fabrique de nations (nation building) (on pourra consulter là-dessus le bilan des États-Unis Lessons from the Past: The American Record on Nation-Building).
  • Ce programme politique présuppose que :
    • la nation est quelque chose de purement contignent ou d'accidentel
    • la nation est nécessaire comme éléments de l'ordre global et de la sécurité
  • Quelle différence avec le pouvoir constituant des guerres révolutionnaires ? La fabrique de nations n'est qu'une pâle imitation des processus des révolutions qui ont, eux, leurs racines dans la société : elle vient de l'extérieur et constitue seulement un changement de régime. Ce programme rapelle la division du globe par des puissances coloniales.

20 août 2005

Biopouvoir et biopolitique

Un article extrait du numéro 3 de la revue Arches, Biopouvoir et identité. Stratégies de déconstruction du sujet à partir de Michel Foucault. Même si le titre peut faire craindre le pire, il s'agit en fait d'une bonne introduction aux notions de biopouvoir et de biopolitique chez Foucault :

Cela ne veut pas dire que l’impératif du se connaître soi-même serait faux ou dépourvu d’importance, mais qu’il doit être replacé dans un contexte plus vaste qui s’entame autour de la question: que faire de soi-même ? Comment se gouverner soi-même, en exerçant des actions où l’on est soi-même l’objet (l’objectif) de ces actions et par lesquelles on devient sujet, individu, identité ?

Ciprian Mihali, Biopouvoir et identité. Stratégies de déconstruction du sujet à partir de Michel Foucault