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4 août 2007

La construction de la réalité sociale (2)

Le fardeau métaphysique de la réalité sociale

Searle part d'un constat (je graisse) :

il y des portions du monde réel, des faits objectifs dans le monde, qui ne sont des faits que par l'accord des hommes. En un sens, il y a des choses qui n'existent que parce que nous le croyons.

Quelques exemples de ce type de faits : l'argent, les propriétés foncières, les gouvernements, les mariages, les matchs de football, les contrats de travail, etc.

D'un autre côté,

bien des faits relatifs à ces choses sont des faits objectifs, au sens où ils n'ont rien à voir avec vos ou mes préférences, évalutations ou attitudes morales

Citons comme exemples, le fait d'être citoyen français, le fait que ce bout de papier coloré dans ma poche est un billet de 5 euros, le fait d'être propriétaire d'une maison, le fait d'être salarié, etc.

Cette première distinction en introduit une autre à l'intérieur des faits dits objectifs, comme le fait que le mont Everest possède de la neige et de la glace près de son sommet, que l'atome d'hydrogène se compose d'un électron et d'un proton, etc. Ce sont des faits qui sont indépendants de toute opinion humaine.

Par la suite, Searle emploiera ces expressions dans le sens suivant :

faits institutionnels =df faits qui dépendent de l'accord des hommes, faits qui ont impérativement besoin d'institutions humaines pour exister

et

faits non institutionnels ou faits bruts =df faits qui n'ont pas besoin d'institution humaine pour exister.

Sa recherche va s'articuler autour de ces 2 questions :

  1. Comment les faits institutionnels sont-ils possibles ?
  2. Quelle est exactement la structure de ce genre de faits ?

Pour pouvoir répondre et développer ainsi une théorie générale de l'ontologie des faits sociaux et des institutions sociales, Searle va suivre la stratégie suivante :

  • il veut montrer
    • comment une réalité sociale construite est possible ;
    • quelle est la structure des faits institutionnels ;
  • il veut défendre
    • l'idée selon laquelle il existe bien une réalité totalement indépendante de nous ;
    • une version de la théorie de la vérité-correspondance.

Searle illustre la complexité de la réalité sociale à partir d'une situation aussi banale que boire une bière à la terrasse d'un café : je m'installe sur cette chaise au soleil, le serveur me demande ce que je veux boire, je lui réponds, il me l'apporte, je bois ma bière en savourant la lumière, laisse l'argent et quitte cette terrasse (ceux qui ne boivent pas de bières aux terrasses ensoleillées de Bretagne peuvent prendre comme exemple le fait de faire ses courses dans un supermarché). Nous ne pouvons pas décrire ces situations dans le langage de la physique et de la chimie, même si ce sont des phénomènes physiques. Il faut s'imaginer ces milliers de règles et de règlements qui structurent notre activité quotidienne :

  • l'autorisation municipale pour utiliser cette place comme terrasse ;
  • l'autorisation municipale pour cet endroit de servir de l'alcool ;
  • la bière n'appartient pas au serveur, qui pourtant me l'apporte ;
  • l'échange de petits cercles métalliques ou de rectangles colorés ;
  • il est là par contrat qui le lie au propriétaire
  • etc.

Ce qui pourrait apparaître comme un véritable fardeau ne l'est pas, ou du moins est supportable, car la plupart du temps, nous n'y pensons même pas : nous sommes pris dans une vaste ontologie invisible.

26 février 2005

Multitude, peuple, masses et classe ouvrière

Brèves définitions, entre deux cartons de déménagement, tiré de l'ouvrage Multitude.

La multitude est une multiplicité non réductible à une unité ou une identité singulière, c'est-à-dire qu'elle est une multiplicité de différences singulières. En ce sens, la multitude s'oppose au peuple, compris comme une population réduite à une unité singulière, et à la masse, qui, si elle non plus ne peut se réduire à une unité, se caractérise par son indifférence. Le concept de classe ouvrière est utilisé

  • dans un sens étroit, pour qualifier les ouvriers de l'industrie par opposition aux travailleurs de l'agriculture, des services, etc.
  • dans un sens large, pour qualifier tous les travailleurs salariés par opposition aux travailleurs pauvres et non rénumérés de la sphère domestique et à tous ceux qui ne perçoivent pas de salaire.

Contrairement à la classe ouvrière, la multitude ne se compose plus des seules figures de la production économique (production de bien matériels) mais aussi, et surtout, des figures de la production sociale (production de communication, de relations et de formes de vie).

8 janvier 2005

Les concepts élémentaires de la méréologie (3)

Produit binaire

Deux individus superposés ont par définition au moins une partie en commun. On appellera cette partie commune le produit de deux individus x et y. On écrira ce produit

x · y

Somme binaire

La somme binaire ou somme méréologique de deux individus x et y est un individu z tel que cet individu se compose exactement de x et de y :

x + y

Par exemple, mon bureau est la somme méréologique de cette planche de bois et de ces deux trétaux. Ce concept de somme binaire pose un certain nombre de problèmes parce qu'il suppose que deux ou plusieurs individus quelconques possèdent une somme. C'est le problème de l'existence de sommes arbitraires (je fusionne rarement avec l'écran de mon ordinateur).

Différence

Si x et y sont deux individus, leur différence méréologique est le plus grand individu contenu dans x qui n'a aucune partie commune avec y :

x - y

Produit et somme générale

Pour couvrir les cas où chaque classe d'individus a une somme et les cas où chaque classe d'individus qui possèdent une partie commune a un produit, on va introduire une nouvelle notation pour la somme ou la fusion :

Σx (Fx)

et pour le produit général ou noyau de tous les objets satisfaisant un prédicat F ξ :

Πx (Fx)

L'Univers

L'Univers est l'individu unique qui est la somme de tous les individus. Il n'est pas un conteneur dans lequel se trouve des individus, mais il est le tout de ces individus. En ce sens, il n'y a pas d'Univers vide, on pourra soutenir tout au plus qu'il n'existe pas d'univers. On le note :

U

Le complément

Si la différence et l'Univers existe, alors pour chaque individu il existe un individu unique qui comprend le reste de l'Univers en dehors de lui. Si z est cet individu, son complément noté

U - z

noté ¸, existe et est unique.

L'atome méréologique

Un atome est un individu qui n'a pas de partie propre. Il est insécable, comme son étymologie l'indique (à ne pas confondre avec l'atome des théories physiques). On exprime x est un atome par

At x

25 décembre 2004

Les concepts élémentaires de la méréologie (2)

Superposition

Deux individus sont méréologiquement superposés si et seulement si ils possèdent une partie en commun. La superposition méréologique inclue le cas où un individu est une partie d'un autre et le cas de l'identité. On exprimera la relation x recouvre y de la façon suivante :

x o y

J'ai traduit le terme overlapping par superposition mais la traduction ne rend pas bien compte de ce dont il est question ici. J'ai hésité avec d'autres termes comme recouvrir ou chevaucher, mais ils ne m'ont pas non plus paru satisfaisant. En général, dire que deux individus sont superposés, c'est dire qu'aucun des deux n'est une partie de l'autre. Deux routes qui se croisent forment un carrefour, mais aucune des deux n'est une partie de l'autre. De la même façon, les eaux territoriales de deux nations comme la France et l'Angleterre se superposent pour former les eaux internationales, qui, comme l'expression l'indique, n'appartiennent ni à l'une ni à l'autre. On est toujours dans le même cas si l'on prend l'exemple d'une femme enceinte et de son f½tus, même si cette exemple semble moins intuitif.

Disjonction

Des individus sont disjoints si et seulement si ils ne sont pas superposés, c'est-à-dire si et et seulement si ils n'ont pas de partie en commun. On notera l'expression x est disjoint de y :

x | y

Ce concept est suffisament compréhensible et ne semble pas poser de problème. Ainsi par exemple, les être humains sont habituellement disjoints, même les soirs de réveillon.

11 décembre 2004

Les concepts élémentaires de la méréologie

Partie propre

Le concept le plus élémentaire et le plus intuitif de la méréologie est celui de la relation de partie à tout. Les exemples ne manquent pas : on parlera d'un livre et de son premier chapitre, d'un homme et de sa main, d'un match et de sa seconde mi-temps, etc. Une autre façon de réécrire ces exemples en français pourrait être la suivante : le premier chapitre du livre, la main de cet homme, la seconde mi-temps du match, etc. On verra par la suite l'importance que peut avoir une telle réécriture.

On peut paraphraser ces exemples en écrivant que l'objet x est (une) partie de l'objet y. J'emploie ici le terme d'objet en un sens très large, comme synonyme de quelque chose quelconque. D'autres déterminations seraient nécessaires à propos de ce terme, mais elles viendront en temps voulu. Pour exprimer cette relation, on peut utiliser la notation suivante :

x << y

Mais d'autres notations sont possibles. Casati et Varzi utilisent par exemple la notation suivante

PPxy

en laissant de côté les quantificateurs universels (∀x et ∀y), par souci de lisibilité.

Les symboles x et y désignent des variables singulières et ces variables dénotent des individus. Cela signifie que les termes de la relation tout-partie sont les types logiques les plus bas (par rapport à des entités d'ordre supérieur comme les classes, les fonctions ou les attributs) et qu'ils s'appliquent à des entités individuelles, quelque soit leur types.

Les symboles << et PP désignent un prédicat à deux places ou relation binaire. Une fonction à n places (avec n supérieur à 1) s'appelle une relation. J'y reviendrai aussi.

On peut maintenant poser les propriétés formelles élémentaires de la relation partie-tout (l'irréflexivité, l'asymétrie et la transitivité) vraies pour tout individus :

IRRÉF :
Un objet n'est pas une partie propre de lui-même.
ASYMÉ :
Si une chose est une partie propre d'une autre, alors la seconde n'est pas une partie propre de la première.
TRANS :
Si une chose est une partie propre d'une autre, et si la seconde est une partie propre d'une autre, alors la première est une partie propre de la troisième.

On voit à partir de ces propriétés que la relation de partie propre à tout est un ordre partiel strict.

Partie propre ou impropre

Dans les théories d'ordre partiel en général et dans la méréologie en particulier, il est plus avantageux de prendre comme primitive du système formel la relation moins stricte de partie-de-ou-égal-à (noté < ou P). Pour le dire rapidement, dans la méréologie extensionnelle classique (MEC), égal-à signifie identique-à. On notera x est une partie propre ou impropre de y de la façon suivante :

x < y

ou

Pxy

L'un des problèmes intéressant à soulever est de savoir si la relation partie-tout est antérieure ou postérieure à la relation d'identité. On laissera ce point de côté : disons que l'un des avantages à partir de la relation d'identité, c'est qu'il est possible de définir partie (impropre) et partie propre.

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