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17 juillet 2011

La force des idées

À propos de l’élection qui vient :

« La campagne électorale impose, si on veut l’emporter, d’être pragmatique. Le but, c’est de gagner l’élection, c’est la priorité absolue, qui conditionne la possibilité d’imposer ses idées et son programme. Il ne faut pas attendre un quelconque "débat de fond", le moment n’est pas propice, puisque le but fondamental de l’élection est de sélectionner une personne, pas un programme. La question qui est immédiatement posée, c’est « mais alors, il a lieu quand le débat de fond ? ». Il a lieu, mais dans d’autres sphères, selon d’autres modalités. Il faut juste savoir où regarder (et pour cela, il ne faut pas compter sur les médias).

Les débats de fond sont un processus en général lent, éclaté, collectif et médiatiquement peu visibles. Cela se déroule par le biais de colloques, d’articles confidentiels dans des revues spécialisées, de rencontres informelles et de discussions de couloirs. Cela concerne un nombre finalement assez réduit de personnes, mais souvent, sur des thèmes et des questions assez précises. Quand un sujet est technique, il faut déjà savoir de quoi on parle, ce qui constitue parfois une barrière à l’entrée, même s’il y a plusieurs cercles. On peut avoir ceux qui maitrisent parfaitement, sont reconnus dans le milieu concerné et ont réfléchi au sujet. Ils sont au coeur du processus, comme éléments moteurs, mais pas forcement comme décideurs. Il y a ensuite ceux qui comprennent ce qui se dit, sans pour autant avoir une maitrise technique complète. Ce qu’ils comprennent, ce sont les enjeux, et c’est dans cette catégorie que l’on retrouve, entre autres, les politiques (qui sont rarement des experts pointus, même si ça arrive). »

Débat de fond et présidentielle

20 novembre 2010

L'ordre du politique

« La sociologie de Marx, au moins sous sa forme prophétique, suppose la réduction de l’ordre politique à l’ordre économique, c’est-à-dire le dépérissement de l’État à partir du moment où s’imposent la propriété collective des instruments de production et la planification. Mais l’ordre de la politique est essentiellement irréductible à l’ordre de l’économie. Quel que soit le régime économique et social, le problème politique subsistera, parce qu’il consiste à déterminer qui gouverne, comment sont recrutés les gouvernants, comment est exercé le pouvoir, quelle est la relation de consentement ou de révolte entre les gouvernants et les gouvernés. L’ordre du politique est aussi essentiel et autonome que l’ordre de l’économie. Ces deux ordres sont en relations réciproques. La manière dont sont organisées la production et la répartition des ressources collectives influence la manière dont est résolu le problème de l’autorité, et inversement la manière dont est résolu le problème de l’autorité influence la manière dont est résolu le problème de la production et de la répartition des ressources. Ce qui est faux, c’est de penser qu’une certaine organisation de la production et de la répartition des ressources résolve automatiquement en le supprimant le problème du commandement. »

Raymond Aron, Karl Marx.

1 novembre 2010

Martha Nussbaum : émotions privées, espace public

La revue Raison Publique consacre son numéro 13 à Martha Nussbaum.

« Choisir d’aborder le travail de Martha Nussbaum par la question de l’articulation du public, du privé et des émotions est d’abord une manière de mettre en lumière l’originalité d’une œuvre qui s’inscrit à l’articulation de la philosophie politique et de la philosophie morale.

Les deux champs sont souvent abordés de manière distincte. Et il y a à cela une justification à la fois historique et philosophique : la philosophie politique s’est constituée, à partir des guerres de religion et de la naissance de la philosophie politique libérale, en réaction au fait du pluralisme des conceptions du bien. Pour maintenir un espace commun pacifié, l’effort s’est porté sur la constitution d’un consensus sur les principes politiques en dépit de la diversité des conceptions morales. D’un côté, on aurait donc le citoyen et une raison publique et politique, de l’autre, l’individu dont les convictions relèveraient du domaine privé et dépendraient de conceptions morales substantielles. Or, s’il y a effectivement de bonnes raisons de penser cette distinction entre l’homme et le citoyen, il est également problématique de considérer la distinction entre philosophie politique et philosophie morale de manière trop rigide. Si elle est conçue de manière trop stricte, cette distinction a pour effet de mettre hors champ des problèmes pourtant cruciaux. Comment mettre en place, par exemple, une critique sociale et un examen attentif des conditions de vie permises par une société, si l’on ne dispose pas d’une conception minimale de la vie bonne : autrement dit, si on ne laisse pas une place à une discussion de type moral ? Pour que les exigences politiques de justice aient du sens et une portée, il faut bien permettre que s’engage une discussion ayant pour objet de déterminer ce que sont l’aliénation ou l’épanouissement humains, une vie bonne et les conditions de sa possibilité. Le travail de Martha Nussbaum, notamment à travers la mise en place du concept de « capabilité », travaille précisément à comprendre quelle conception de l’homme et de la vie bonne doit appuyer la réflexion politique sur la justice. »

8 février 2009

« Mise au point » du Comité Invisible

Il est désormais de notoriété publique que les situations de crise sont autant d’occasions offertes à la domination de se restructurer. Ainsi Sarkozy peut-il, sans trop avoir l’air de mentir, annoncer que la crise financière correspond à « la fin d’un monde », et que l’année 2009 verra la France entrer dans une nouvelle ère. Cette fumisterie de crise économique serait en somme une nouveauté. L’occasion d’une belle épopée qui nous verrait, tous ensemble, combattre les inégalités en même temps que le réchauffement climatique. Ce qui pour notre génération, qui est justement née dans la crise et qui n’a connu que cela – crise économique, financière, sociale, écologique – est, vous l’avouerez, relativement difficile à admettre. On ne nous refera pas le coup de la crise, du « on va repartir à zéro » et « il suffira de se serrer la ceinture pendant quelques temps ». À vrai dire l’annonce des chiffres désastreux du chômage ne provoque chez nous aucun sentiment. La crise est une manière de gouverner. Quand ce monde ne semble plus tenir que par l’infinie gestion de sa propre déroute.

On voudrait nous voir derrière l’État, mobilisés, solidaires d’un improbable rafistolage de la société. Sauf que nous répugnons tellement à la rejoindre, cette mobilisation, qu’il se pourrait bien que l’on se décide, plutôt, à abattre définitivement le capitalisme.

Mise au point du Comité Invisible.

25 janvier 2009

Tumulti e ordini

Tumulti e ordini est un blog de philosophie politique destiné à présenter l’enseignement et les activités de recherche de Thierry Ménissier, maître de conférences à l’Université de Grenoble 2.

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