Chapitre 64
mardi, janvier 26 2016 | Cirederf Nomis
Un nouveau plan pour s’en sortir…
LXIV
Une fois congédié, tel un vulgaire laquais que je ne serais pourtant jamais, et ce qui est donc encore une fois la preuve que je ne suis pas reconnu à ma juste valeur dans cette galaxie, je décide de rentrer à bord de la Kass’rol.
Tout ne peut pas être perdu. Tant que je suis en vie, je trouverai une solution !
– ZiZi, tu es là ? que je fais en baissant la tête vers mon Ipadphone, que je tiens à la main.
L’éphèbe que je croise à ce moment me regarde d’un drôle d’air. Bah, je renonce à savoir ce qui se passe dans la tête de ces courtisans du 7ème âge (oui, on pourrait s’y croire tellement mémé est ridée).
– Oui, Cirederf ? répond ZiZi.
– Tu as entendu ce qui s’est passé dans la salle du trône ?
– Oui. Et je ne vois qu’une seule explication à ce qui t’arrive.
– Ah oui ? Laquelle ?
– Tu as été marabouté.
– N’importe quoi.
– Ou alors maudit par une divinité supérieure.
– Quand tu auras fini tes délires, tu m’écouteras. Je sais ce qu’on va faire pour s’en sortir.
– Je t’écoute.
– La Kass’rol étant hors d’état de voler, on va donc voler un autre vaisseau et hop, à nous la poudre d’escampette !
– Très bonne idée, Cirederf, sauf que…
– Quoi, encore ?
– J’ai vérifié. Il n’y a en tout et pour tout que deux vaisseaux sur cette planète : celui de ta mémé et la Kass’rol.
– Ah… Donc il faut qu’on s’empare de celui de mémé.
– Pas question.
– Et pourquoi pas ?
– Parce qu’on n’abandonne pas la Kass’rol, il y a mes circuits principaux dessus. C’est comme si je te demandais de fuir en laissant ton cerveau derrière toi… même si dans ton cas ça ne changerait pas grand-chose !
– Ça suffit comme ça, les insultes ! Si tu veux rester ici alors que tout va péter de tous les côtés, libre à toi. Moi, je me casse.
– Tu ne peux pas faire ça.
– Ah non ? Je ne vois pas du tout ce qui pourrait m’en empêcher.
– Voyons voir… Je me connecte aux systèmes de sécurité de la planète et je lance une alerte générale dès que je te vois t’approcher du vaisseau de ta mémé ?
– Peu importe, j’aurais sûrement le temps de crocheter la serrure pour entrer. J’ai vu Furious & Fast 132 et le mec il lui suffit d’un trombone pour fracturer la porte. Or j’en ai un sur moi, et toc !
– Déjà, il ouvrait un landspeeder, et qui datait d’il y a des milliers d’années, vu que c’était une pièce de collection valant des millions, d’où l’obsolescence du verrou. Un vaisseau, ça n’a rien à voir avec ça, c’est beaucoup plus compliqué. Et avec ta dextérité habituelle, il te faudrait six mois pour ouvrir la porte. Et encore, sans manger, ni boire, ni dormir et sans faire tes besoins. Et pour finir, tu as des goûts de chiottes : Furious & Fast 127 était le meilleur, notamment la course-poursuite entre la répulso-limousine et la répulso-balayette municipale tunée à mort.
Je marmonne quelque chose d’indistinct, pour faire croire que je rumine encore des arguments. Ceci dit, j’avoue que je sèche. Alors je contre-attaque :
– Tu proposes quoi ? que je demande sur un ton abrupt.
– On se cache pendant la guerre qui se prépare et dès que la Kass’rol est réparée, on file. À moins que tous les biens de ta mémé soient saisis, auquel cas on peut s’attendre à ce que la Kass’rol le soit aussi.
– Je pense que tu n’as pas beaucoup d’inquiétude à avoir à ce niveau-là, que je fais. Qui irait s’emparer d’un vaisseau aussi pourri ?
– Toi, par exemple, qu’il me rétorque. Vu que tu l’as déjà fait et que tu comptes recommencer.
Il m’énerve à faire mouche avec ses arguments, celui-là. Mais pas question de le reconnaître, ça non, jamais !
– J’ai une idée ! que je dis soudain.
– Aïe. Je t’écoute…
– On sabote le vaisseau de mémé, comme ça elle est coincée et paf, elle se fait choper dans deux jours par l’Empire. Malin, hein ?
J’ai le plaisir d’écouter le silence de ZiZi en guise de réponse. Enfin j’ai réussi à le moucher ! Il finit par lâcher, sur un ton guilleret :
– Très très très bonne idée, on va faire ça. On sabote le vaisseau de ta mémé. Je suis en train d’étudier ses circuits pour être sûr de réussir, et je vais concocter un protocole pour que même toi tu seras capable de fuir. Oui, nul doute qu’on va réussir. C’est excellent, ça, Cirederf, bravo !
Je ne peux m’empêcher d’être inquiet face à l’enthousiasme de ZiZi : jamais je ne l’ai connu comme ça jusqu’ici, ça me semble louche. Mais finalement, je ne continue pas plus dans cette voie, me disant qu’il est également possible voire extrêmement probable que cette stupide machine se rende enfin compte de ma supériorité naturelle d’être humain sur les autres êtres, humains, non-humains, droïds, ordinateurs et autres grille-pains sophistiqués.
– Allons-y tout de suite, qu’il poursuit, ce serait dommage que ta mémé quitte les lieux pendant qu’on discute. De plus, d’après la base de données à laquelle j’ai accès, il y a tous les outils qu’il faut pour le sabotage dans le hangar du vaisseau.
– Tu vois que quand tu y mets du tien, les choses sont tout de suite plus faciles, que je réponds.
Non mais c’est vrai, quoi. Pourquoi est-ce qu’une chose, une seule, je ne demande pas la lune, quand même, ne se passerait pas de la manière la plus simple possible, pour une fois ?
Aucun doute, ma chance est en train de tourner. Et je suis persuadé que ça ne fait que commencer !